Zoom Afrique : la flambée d’Ebola en RDC et en Ouganda suscite une inquiétude généralisée
La dernière épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) et en Ouganda suscite une inquiétude croissante à l’échelle régionale et internationale.
La dernière épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) et en Ouganda suscite une inquiétude croissante à l’échelle régionale et internationale, alors que les autorités sanitaires font face à une hausse rapide des cas suspects, à des contaminations transfrontalières, aux risques grandissants liés à l’insécurité et aux déplacements massifs de population, ainsi qu’à l’absence de vaccin spécifique contre la souche en circulation.
Lors d’un point de presse mardi à Kinshasa, le ministre congolais de la Santé publique, Roger Kamba, a indiqué que 543 cas suspects avaient été recensés, dont 32 cas confirmés, tandis que le bilan des décès suspects s’élevait à 136.
Selon lui, ces décès sont considérés comme des cas probables suspectés d’être liés à Ebola, des investigations étant toujours en cours afin de déterminer ceux qui sont directement attribuables au virus.
Le même jour, le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a noté que 30 cas avaient été confirmés dans la province congolaise de l’Ituri (est).
Photo d’archives montre qu’un travailleur de la santé administre une dose de vaccin contre Ebola à une femme dans la province du Nord-Kivu, en République démocratique du Congo, le 21 mars 2021. (Xinhua/Alain Uaykani)
Une propagation internationale a déjà été documentée, avec deux cas confirmés signalés à Kampala, en Ouganda, dont un décès parmi deux personnes ayant voyagé depuis la RDC.
Cette nouvelle épidémie d’Ebola s’est déclarée le 15 mai dans l’Ituri, soit la 17e que connaît la RDC depuis 1976. Des cas ont également été confirmés dans la province voisine du Nord-Kivu, ainsi qu’en Ouganda voisin.
Une souche moins fréquente, une urgence de portée internationale
L’épidémie est causée par la souche Bundibugyo, jugée moins fréquente et identifiée pour la première fois en Ouganda en 2007, et contre laquelle il n’existe actuellement aucun vaccin ni traitement approuvé.
En RDC, l’alerte a tardé à être donnée au niveau communautaire, en raison de croyances attribuant la maladie à une origine mystique, selon M. Kamba. « L’alerte a traîné dans la communauté parce qu’il y a une croyance selon laquelle il s’agissait d’une maladie mystique et cela a occasionné l’expansion de la maladie ».
L’OMS a déclaré dimanche dernier que l’épidémie d’Ebola en RDC et en Ouganda constituait une « urgence de santé publique de portée internationale » (USPPI). C’est la première fois que l’agence onusienne décrète une USPPI avant de convoquer un comité d’urgence.
Photo prise le 21 mai 2023 montrant le logo de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) avec le bâtiment de son siège à l’arrière-plan à Genève, en Suisse. (Xinhua/Lian Yi)
« Je ne l’ai pas fait à la légère », a assuré mardi M. Tedros, notant que cette décision avait été prise en vertu de l’article 12 du Règlement sanitaire international après des consultations avec les ministres de la Santé des deux pays. « Je suis profondément préoccupé par l’ampleur et la rapidité de l’épidémie », a-t-il dit.
Un ressortissant américain a été testé positif et transféré en Allemagne, a poursuivi le chef de l’OMS, notant que son organisation travaillait en étroite collaboration avec la RDC, l’Ouganda et les Etats-Unis.
Il a énuméré plusieurs facteurs qui incitent à craindre une propagation, notamment des cas signalés dans des centres urbains, à Kampala (Ouganda) et à Goma (RDC), les décès parmi le personnel de santé indiquent une transmission associée aux soins, l’intensification du conflit et les déplacements massifs de population dans l’Ituri, où le conflit s’est intensifié au cours des deux derniers mois et plus de 100.000 personnes ont été nouvellement déplacées.
« La situation dans l’Ituri est très instable », a noté M. Tedros, soulignant que les déplacements de population et d’intenses mouvements de population liés à l’activité minière augmentaient le risque de propagation.
Il a toutefois ajouté qu’en l’absence de vaccin et de contre-mesures médicales, les pays peuvent prendre de nombreuses autres mesures pour enrayer la propagation du virus et sauver des vies, notamment par la communication sur les risques et la mobilisation communautaire.
Une réaction au niveau continental et régional
Lundi, le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique) a déclaré que cette nouvelle épidémie d’Ebola constituait une urgence de santé publique de portée continentale, précisant que cette déclaration permettrait de renforcer la coordination régionale, de mobiliser les ressources d’urgence et d’accélérer les efforts de préparation dans les pays voisins exposés au risque de transmission.
« La confirmation de la présence de la souche Bundibugyo du virus Ebola dans des pays interconnectés nous rappelle une fois de plus que la sécurité sanitaire de l’Afrique est indivisible. Nous devons agir rapidement, agir ensemble et agir en nous appuyant sur la science », a souligné Jean Kaseya, directeur général du CDC Afrique.
Les pays voisins, dont le Rwanda, le Burundi et la Tanzanie, ont renforcé la surveillance, le contrôle sanitaire aux frontières et les mesures de préparation aux situations d’urgence.
Photo prise le 17 mai 2026 montrant le poste-frontière de Goma, en République démocratique du Congo (RDC), menant à Gisenyi, au Rwanda. (Xinhua/Str)
Selon des sources locales, le Rwanda a suspendu depuis dimanche les mouvements à travers les principaux postes-frontières reliant Goma à la ville rwandaise de Gisenyi, n’autorisant que les ressortissants congolais et rwandais à retourner dans leurs pays respectifs.
Malgré l’absence de vaccin et de traitement spécifiques contre la souche Bundibugyo, les autorités de la RDC ont souligné que leur pays disposait d’une longue expérience dans la lutte contre Ebola.
M. Kamba a indiqué que les mesures d’intervention étaient renforcées dans les zones touchées, notamment avec la construction de sites de traitement supplémentaires.
La RDC a connu plusieurs flambées d’Ebola depuis l’identification du virus près de la rivière Ebola en 1976. La plus grave, causée par la souche Zaïre, a frappé l’est du pays entre 2018 et 2020, faisant plus de 2.200 morts.
