Politique monétaire, devises et or: La BCC trace sa feuille de route pour 2026
Réuni le 9 avril 2026 à Kinshasa sous la présidence de son gouverneur André Wameso Nkualoloki, le Comité de Politique Monétaire de la Banque Centrale du Congo (BCC) a livré une lecture nuancée de la conjoncture économique et annoncé une série de décisions structurantes. Entre signaux encourageants sur le plan interne et incertitudes persistantes à l’international, l’institution monétaire tente de trouver un équilibre entre soutien à la croissance, stabilité des prix et renforcement de la souveraineté financière.
Une économie résiliente dans un monde sous tension
Le diagnostic posé par le Comité de Politique Monétaire (CPM) est clair : l’environnement mondial reste fragilisé par les répercussions du conflit au Moyen-Orient. Hausse des prix du pétrole, perturbations logistiques et regain de tensions commerciales alimentent une inflation globale et assombrissent les perspectives économiques internationales.

Dans ce contexte peu favorable, la République démocratique du Congo tire néanmoins son épingle du jeu. L’économie nationale affiche une résilience notable, avec une croissance projetée à 6,2 % en 2026, contre 5,8 % l’année précédente. Cette dynamique repose sur deux piliers : la vitalité du secteur extractif, toujours moteur, et la progression des activités hors mines, signe d’une diversification encore fragile mais réelle.
Inflation maîtrisée, mais vigilance maintenue
Autre motif de satisfaction : la nette décrue de l’inflation. À fin mars 2026, celle-ci s’établit à 2,2 % en glissement annuel, contre plus de 10 % un an plus tôt. Une performance qui traduit les effets des politiques monétaires restrictives menées ces derniers mois, notamment en matière de contrôle de la liquidité bancaire.
Mais la Banque Centrale reste prudente. Certaines pressions persistent, liées aux anticipations des agents économiques, à la hausse des prix alimentaires dans certaines régions du pays et à des facteurs saisonniers. À cela s’ajoutent les risques importés, notamment via les prix de l’énergie.
Un franc congolais sous tension
Le marché des changes illustre ces équilibres fragiles. Depuis le début de l’année, le franc congolais a évolué de manière contrastée : légère appréciation sur le marché parallèle, mais dépréciation sur le marché officiel. En toile de fond, une demande accrue de devises, notamment après les fêtes de fin d’année, et un environnement international incertain.
Ces tensions pourraient s’accentuer à mesure que les pressions extérieures se renforcent. La hausse du pétrole, le ralentissement du commerce mondial et la montée du protectionnisme constituent autant de facteurs susceptibles d’affecter les réserves de change du pays et ses équilibres macroéconomiques.
Un assouplissement monétaire mesuré
Face à ces enjeux, la BCC a opté pour une approche pragmatique. Elle a décidé d’abaisser son taux directeur de 1,5 point, le faisant passer de 15 % à 13,5 %. Objectif : soutenir le financement de l’économie tout en maintenant un taux d’intérêt réel largement positif.
Cette décision s’accompagne d’un ajustement du taux des facilités de prêt marginal, désormais fixé à 17,5 %. En revanche, les coefficients de réserve obligatoire restent inchangés, signe que l’institution entend conserver des garde-fous dans la gestion de la liquidité.

Autre innovation : l’introduction d’une maturité de 6 mois pour les Bons BCC, qui devrait permettre d’affiner les instruments de régulation monétaire et d’améliorer la gestion des flux financiers.
Devises : vers un contrôle accru et une traçabilité renforcée
Au-delà des instruments classiques de politique monétaire, la Banque Centrale engage des réformes de fond dans la gestion des devises. La plus marquante concerne l’exclusivité qu’elle s’octroie dans l’importation physique des monnaies étrangères. À partir d’avril 2027, les banques commerciales ne pourront plus assurer elles-mêmes cette fonction.
Dans le même temps, les autorités monétaires annoncent la fin des transactions en espèces en devises étrangères. Toutes les opérations devront désormais passer par le circuit bancaire. Une décision ambitieuse, qui vise à lutter contre le blanchiment de capitaux, à améliorer la traçabilité des flux financiers et à renforcer la formalisation de l’économie.
Ces mesures traduisent une volonté claire : reprendre le contrôle sur les circuits de devises et renforcer la souveraineté monétaire dans un contexte où le dollar conserve une place prépondérante dans l’économie congolaise.
L’or, nouveau pilier stratégique
Autre axe majeur de la stratégie de la BCC : la diversification des réserves internationales. En partenariat avec DRC Gold Trading, la Banque Centrale a entamé l’accumulation d’or brut issu de l’exploitation artisanale, avec pour objectif de le transformer en or monétaire.
Cette initiative répond à plusieurs objectifs : réduire la dépendance aux devises étrangères, renforcer la crédibilité de la politique monétaire et constituer un matelas de sécurité face aux chocs externes. Dans un environnement mondial incertain, l’or apparaît comme une valeur refuge susceptible de stabiliser les réserves du pays.
Une feuille de route entre prudence et ambition
Au final, les décisions prises par la Banque Centrale du Congo traduisent une stratégie à plusieurs niveaux. À court terme, il s’agit de consolider les acquis en matière de stabilité des prix et de soutenir la croissance. À moyen et long terme, l’objectif est plus ambitieux : transformer en profondeur le système financier, renforcer la souveraineté monétaire et améliorer la résilience de l’économie face aux chocs externes.
Reste à savoir comment ces réformes seront mises en œuvre et perçues par les acteurs économiques, notamment les banques commerciales et les opérateurs du secteur informel. Car au-delà des annonces, c’est bien dans leur application concrète que se jouera la crédibilité de cette nouvelle feuille de route.
Dans un monde incertain, la BCC avance donc sur une ligne de crête, entre prudence et volontarisme, avec en toile de fond un défi majeur : faire de la stabilité macroéconomique un levier durable de développement.
Le Quotidien
