SMIG en RDC : Justice sociale ou chaos économique annoncé ?

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Le relèvement du Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti (SMIG) traduit une volonté politique d’améliorer les conditions de vie des travailleurs. Mais pour la Fédération des Entreprises du Congo (FEC), une application brutale de cette mesure, combinée à une tension salariale généralisée et à une hausse des taxes, risque de fragiliser durablement l’économie nationale, d’accélérer le basculement vers l’informel et de compromettre la création d’emplois.

Un choc salarial inédit

Le passage du SMIG de 7.075 CDF à 14.500 CDF en 2025 a déjà doublé la masse salariale des entreprises. Avec la tension salariale, toutes les grilles de rémunération ont été multipliées. Un cadre de collaboration de niveau C4, qui percevait 70.500 CDF par jour, est passé à 145.000 CDF par jour, soit près de 1.700 USD par mois (hors avantages). En ajoutant transport et logement, ce revenu dépasse 2.000 USD, un niveau comparable aux salaires européens.

Si le deuxième palier de 21.500 CDF est appliqué sans correction, ce même cadre atteindra plus de 2.500 USD par mois, un niveau insoutenable pour l’économie congolaise. La FEC alerte : la RDC ne peut supporter un SMIG équivalent à celui de la Belgique sans mettre en péril la compétitivité et l’emploi.

Le secteur agropastoral et forestier en danger

Appliquer le SMIG uniformément à tous les secteurs reviendrait à condamner l’agriculture et la foresterie, déjà sinistrées. La FEC plaide pour un Salaire Minimum Agricole (SMAG), adapté aux réalités du secteur.

Les exemples sont frappants :

– Le maïs consommé au Katanga provient de Zambie.

– Les tomates de Kinshasa viennent d’Angola.

– Même les bananes et oignons, produits localement, sont de plus en plus importés.

La RDC, qui possède un potentiel agricole comparable au Brésil, doit revenir à un modèle de production locale. La politique salariale est un élément déterminant pour relancer ce secteur et éviter une dépendance accrue aux importations.

Le poids de l’informel

Le secteur formel, qui applique le SMIG et paie ses taxes, ne représente que 20 % de l’économie nationale. Les 80 % restants relèvent de l’informel, sans règles ni obligations fiscales.

Dans ce contexte, l’augmentation des salaires ne concernera que le secteur formel, qui verra ses charges exploser, tandis que l’informel continuera à prospérer. Exemple : lors de la grève de 2025, plus de 1.800 camions circulaient sur la route du Kongo Central sans aucun document officiel. Avec la hausse des salaires, les transporteurs formels devront augmenter leurs prix, mais les informels continueront à pratiquer des tarifs bas, accentuant le déséquilibre.

La FEC insiste : il faut formaliser l’économie pour donner à l’État les moyens de construire des routes, des hôpitaux et améliorer les conditions de vie. Une politique salariale qui fragilise le secteur formel va à l’encontre de cet objectif.

Des taxes en hausse

Lors du 36ᵉ Conseil national du travail, la taxe INPP a doublé :

– De 1 % à 2 % pour les grandes entreprises.

– De 3 % à 3,5 % pour les PME de moins de 50 employés.

Cette hausse, combinée à l’augmentation des salaires, risque de pousser de nombreuses PME vers l’informel, réduisant encore la base fiscale et les recettes de l’État.

La ZLECAF et la compétitivité régionale

Avec la mise en oeuvre de la ZLECAF, des produits vont entrer en RDC en payant moins de taxes. Dans ce contexte, appliquer un SMIG trop élevé fragilise la compétitivité nationale.

Comparaison régionale :

– Angola : 109 USD

– Zambie : 100 USD

– Congo-Brazzaville : 158 USD

– RDC (21.500 CDF) : 254 USD hors charges, plus de 400 USD avec logement et transport.

Un tel niveau salarial, largement supérieur à celui des pays voisins, risque de décourager les investisseurs et de compromettre l’attractivité de la RDC.

Vers des conventions sectorielles

La FEC rappelle qu’une compagnie minière ne peut être soumise aux mêmes conditions qu’une petite exploitation agricole. Elle plaide pour un système de conventions sectorielles, tenant compte des réalités et des moyens propres à chaque secteur. Cette différenciation est indispensable pour préserver les secteurs vulnérables et maintenir la compétitivité des secteurs stratégiques.

Conclusion : la voie de la progressivité

La FEC propose une mise en œuvre graduelle du SMIG :

– 16.500 CDF dès janvier 2026

– 19.500 CDF en juillet 2026

– 21.500 CDF en janvier 2027, après évaluation.

Cette progressivité, combinée à une formalisation de l’économie et à des conventions sectorielles, est la seule voie pour concilier justice sociale et soutenabilité économique, relancer la production locale et créer des millions d’emplois.

John Mwenda, Coordinateur des délégués de la FEC au Conseil National du Travail

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