Entre le Gaz, les sanctions et l’hypocrisie stratégique occidentale, la RDC découvre le vrai visage des puissances. (Par Danny Matad, journaliste indépendant)

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Il y a des moments où la géopolitique cesse de parler le langage poli des chancelleries pour montrer son vrai visage. L’affaire des dérogations rapportées en faveur de TotalEnergies et ExxonMobil, afin de continuer à bénéficier de la protection des forces rwandaises au Mozambique, en est une illustration brutale.

D’un côté, la Rwanda Defence Force est sanctionnée pour son rôle présumé dans la déstabilisation de l’Est de la RDC. De l’autre, cette même armée redevient fréquentable lorsqu’il s’agit de sécuriser les mégaprojets gaziers de Cabo Delgado. Autrement dit, lorsqu’il s’agit des morts congolais, on condamne.

Lorsqu’il s’agit du gaz, on aménage.

C’est l’hypocrisie stratégique dans toute sa froideur. La RDC ne doit pas tomber dans l’indignation naïve et émotionnelle. Elle doit comprendre la règle du jeu. Les grandes puissances ne défendent pas seulement des principes ; elles défendent d’abord leurs intérêts.

La démocratie, la souveraineté, les droits humains et la stabilité régionale sont invoqués avec force lorsqu’ils ne contrarient pas les grandes affaires. Mais dès que l’énergie, les minerais, les corridors ou les investissements stratégiques entrent en scène, la morale devient flexible.

Le Mozambique a naturellement le droit de lutter contre le terrorisme. Cabo Delgado ne doit pas être abandonné aux groupes armés. Mais la lutte contre le terrorisme dans un pays ne peut pas devenir le permis de déstabiliser un autre. Une armée ne peut pas être sanctionnée pour ses agissements en RDC le matin et tolérée au Mozambique le soir, simplement parce qu’elle protège des intérêts énergétiques occidentaux.

C’est ici que Kinshasa doit hausser le ton.

Si une exemption est accordée à la Rwanda Defence Force, elle doit être strictement limitée, traçable et vérifiable. Aucun financement, aucun équipement, aucun appui logistique, aucun avantage opérationnel obtenu au Mozambique ne doit servir, directement ou indirectement, aux activités militaires liées à l’Est congolais.

Car le danger est réel. Une dérogation mal encadrée peut devenir une respiration stratégique pour un appareil militaire déjà mis en cause dans la tragédie congolaise. Dans ce cas, les sanctions ne seraient plus qu’un théâtre diplomatique : sévères dans les communiqués, mais contournables dès que les intérêts économiques l’exigent.

La RDC doit sortir du rôle confortable mais inefficace de victime permanente. Elle doit devenir un État qui impose le coût de son instabilité à ceux qui prétendent être ses partenaires. Vous voulez nos minerais critiques ? Vous voulez nos corridors ? Vous voulez notre marché ? Vous voulez notre position centrale en Afrique ? Alors vous devez aussi respecter notre souveraineté et cesser de traiter notre sécurité comme une variable secondaire.

Le vrai scandale n’est pas que les grandes puissances aient des intérêts. Tous les États sérieux en ont. Le scandale, c’est de demander à la RDC de croire aux principes pendant que d’autres négocient des exceptions.

Il est temps pour Kinshasa de transformer cette contradiction en doctrine diplomatique. La sécurité énergétique du Mozambique ne peut pas valoir plus que la sécurité territoriale de la RDC. Le gaz de Cabo Delgado ne peut pas peser plus lourd que les vies congolaises de Goma, Rutshuru, Masisi ou Bunagana.

La position congolaise doit donc être ferme, simple et non négociable. La lutte contre le terrorisme dans un pays ne peut servir de couverture à la déstabilisation d’un autre. Toute exemption accordée à la Rwanda Defence Force doit être strictement limitée, contrôlée et assortie de garanties empêchant tout transfert financier, logistique ou opérationnel vers ses activités dans l’Est de la RDC.

Mais la RDC ne doit pas seulement protester. Elle doit se renforcer. Elle doit mieux équiper ses soldats, mieux encadrer ses forces, mieux sécuriser ses frontières et assumer pleinement la défense de son territoire par ses propres moyens, dans le respect de sa souveraineté et du droit international.

Dans le monde réel, il ne suffit pas d’avoir raison. Il faut savoir rendre sa souveraineté incontournable.

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