Et si la Constitution empêchait aussi l’économie de décoller ?

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Ces derniers temps, parler de Constitution suffit à réveiller les passions. Les soupçons surgissent, les camps se ferment et le débat devient immédiatement politique. Pourtant, la vraie question mérite d’être posée avec calme. La Constitution actuelle permet-elle encore à la RDC de devenir un État moderne, stable, souverain et économiquement puissant ?

Il ne s’agit pas de changer la Constitution pour servir un homme, un parti ou une circonstance. Ce serait une faute historique. Mais il serait tout aussi dangereux de refuser toute réflexion, alors que certaines dispositions produisent, dans la pratique, lenteur administrative, conflits de compétences, instabilité gouvernementale et discontinuité de l’action publique.

Ce pays-continent possède des minerais critiques, de l’eau, des terres arables, une jeunesse immense et une position géographique stratégique. Mais ces richesses ne suffisent pas. Un pays ne devient pas une puissance parce qu’il possède des ressources. Il le devient lorsqu’il dispose d’institutions capables de transformer ces ressources en infrastructures, en industrie, en emplois et en souveraineté.

Or, le grand mal congolais reste la discontinuité. Chaque gouvernement arrive avec ses priorités. Chaque remaniement ralentit les dossiers. Chaque coalition redéfinit les équilibres. Chaque cycle politique oblige l’État à recommencer. Pendant ce temps, les routes restent inachevées, les chemins de fer attendent, l’agriculture demeure fragile, l’industrie tarde à naître et les minerais continuent de sortir sans transformation suffisante.

C’est pourquoi certaines dispositions méritent une réflexion apaisée. La décentralisation, par exemple, devait rapprocher le développement des populations. Mais lorsqu’elle crée des provinces sans base économique solide, des charges institutionnelles lourdes et des conflits de compétences avec Kinshasa, elle cesse d’être un moteur de croissance. Elle devient une architecture coûteuse sans puissance productive suffisante.

La répartition des recettes publiques doit aussi être repensée. Donner des moyens aux provinces est nécessaire. Mais disperser les ressources sans vision nationale peut affaiblir la capacité de l’État central à financer les grands projets structurants. Routes, énergie, sécurité, corridors, industrialisation, transformation minière et souveraineté alimentaire exigent une puissance publique organisée. Il faudrait donc dépasser la logique mécanique pour aller vers une formule plus stratégique, fondée sur les besoins réels, la performance, l’impact économique et la capacité d’exécution.

La Caisse nationale de péréquation, elle aussi, doit sortir de la logique administrative. Elle devrait devenir un véritable fonds national d’investissement territorial, capable de financer des projets productifs, vérifiables, audités et créateurs d’emplois. La péréquation ne doit pas seulement corriger les inégalités. Elle doit fabriquer de nouveaux pôles de croissance.

La stabilité gouvernementale doit également être abordée avec courage. Actuellement, l’Assemblée nationale peut mettre en cause la responsabilité du Gouvernement ou d’un membre du Gouvernement par motion de censure ou de défiance. C’est démocratique. Mais dans un contexte de coalitions fragiles, ces mécanismes peuvent devenir des instruments de pression permanente et affaiblir la conduite des réformes. Pourquoi ne pas réfléchir à une motion de censure constructive ? Renverser un gouvernement ne devrait pas seulement signifier bloquer. Cela devrait signifier proposer immédiatement une alternative crédible, une majorité cohérente et un programme clair.

Mais l’enjeu central reste la continuité. La Constitution devrait consacrer un Plan national de développement à long terme, sur vingt ans, opposable à tous les gouvernements. Les barrages, les chemins de fer, les routes nationales, les zones industrielles, les projets agricoles, numériques et énergétiques doivent survivre aux remaniements et aux changements de majorité.

La Constitution devrait aussi introduire une véritable clause de souveraineté économique sur les ressources stratégiques. Le cuivre, le cobalt, le coltan, le lithium, l’or, l’eau et les terres arables ne sont pas de simples marchandises. Ce sont des instruments de puissance. Leur exploitation doit être liée à la transformation locale, au contenu national, à l’emploi congolais et à la protection des générations futures.

La RDC n’a plus besoin d’une Constitution taillée pour un individu ni héritée d’un contexte de guerre, prisonnière des peurs anciennes, des équilibres de transition et des rapports de force extérieurs. Elle a besoin d’une Constitution pensée pour un pays-continent, un géant exposé aux rivalités mondiales et aux exigences de modernisation.

Les textes fondamentaux ne devraient plus seulement organiser la conquête du pouvoir. Ils devraient aussi garantir la continuité de l’État, protéger les ambitions nationales et donner au pays les moyens de construire son avenir.

Voilà pourquoi le débat mérite d’être ouvert. Calmement. Profondément. Patriotiquement. Car le véritable enjeu n’est pas de protéger un pouvoir. Il est de mieux protéger l’avenir.

Nico Minga

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