Référendum ou présidentielle en temps de guerre: Germain Kambinga tranche sur le débat constitutionnel

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Alors que la République démocratique du Congo reste confrontée à une guerre durable et à l’occupation d’une partie de son territoire par des groupes armés soutenus de l’étranger, une question fondamentale refait surface dans les cercles politiques et académiques : faut-il organiser une élection présidentielle dans un pays en guerre, ou lui préférer un référendum constitutionnel destiné à renforcer la cohésion nationale L’ancien cadre politique Germain Kambinga apporte une réponse claire, nourrie d’une analyse stratégique rare.

Dans une réflexion désormais discutée au sein de plusieurs chancelleries et think tanks de Kinshasa, Kambinga pose une distinction essentielle. Selon lui, il existe une différence fondamentale entre l’organisation d’une présidentielle dans un contexte d’occupation partielle du territoire et celle d’un référendum constitutionnel. La première relève d’une logique de compétition directe pour le pouvoir suprême ; la seconde, d’une logique de consolidation institutionnelle en situation de crise existentielle.

Pour Germain Kambinga, le diagnostic est sans appel. « Une campagne présidentielle, par nature, polarise le débat public et oppose des camps politiques concurrents autour de la conquête du pouvoir », écrit-il. En période de guerre, cette dynamique peut aggraver les fragilités existantes. L’unité nationale, déjà mise à rude épreuve par l’avancée ennemie et les déplacements massifs de populations, risquerait d’être fracturée davantage par des luttes partisanes.

Mais le point le plus sensible, et sans doute le plus lucide, concerne l’armée. Kambinga rappelle un fait constitutionnel souvent relégué au second plan dans les débats : le Président de la République est également le Commandant suprême des Forces armées. « La compétition politique autour de cette fonction stratégique peut alors créer des tensions institutionnelles et sécuritaires dans un contexte déjà instable », avertit-il.

Autrement dit, mettre en compétition directe le poste de commandant suprême alors que les troupes sont engagées sur plusieurs fronts reviendrait à introduire une variable d’incertitude politique dans le cœur même de la machine de guerre. Les armées loyalistes pourraient voir leur cohésion fragilisée par des allégeances politiques divergentes, une hypothèse qu’aucun État responsable ne devrait écarter d’un revers de main.

À l’inverse, Germain Kambinga voit dans le référendum constitutionnel une alternative non seulement viable, mais stratégiquement supérieure. « Un référendum constitutionnel peut être présenté comme une démarche centrée sur les institutions et l’organisation de l’État », explique-t-il. L’objectif ne serait pas de désigner un homme ou un camp, mais de doter le pays d’outils institutionnels renforcés pour faire face aux conséquences de la guerre et de l’occupation.

Que pourrait contenir une telle révision constitutionnelle ? Kambinga ne précise pas dans le texte que nous avons pu analyser, mais ses proches évoquent des mécanismes de gouvernance d’exception, des dispositions sur la continuité de l’État en territoire occupé, ou encore des réformes renforçant la coordination civile et militaire en temps de conflit prolongé.

L’avantage politique du référendum est double. D’une part, il ne désigne pas de vainqueur ni de perdant au sommet de l’État, évitant ainsi la tentation des règlements de comptes politiques en pleine guerre. D’autre part, il peut fédérer autour d’un « oui » national — un geste symbolique puissant en direction des zones occupées et des forces armées qui se battent loin de Kinshasa.

La position de Kambinga s’inscrit dans une réflexion internationale plus large. De nombreux États en situation de conflit armé ont déjà choisi de reporter des élections présidentielles ou de les remplacer par des consultations constitutionnelles. L’histoire récente de pays comme la Colombie avant les accords de paix, ou encore certains États d’Afrique de l’Ouest confrontés à des crises sécuritaires aiguës, montre que la tenue d’une présidentielle en pleine guerre n’est jamais neutre : elle peut soit servir de catalyseur pour une sortie de crise, soit aggraver dangereusement la fragmentation nationale.

Pour la RDC, le choix est d’autant plus crucial que l’occupation d’une partie du territoire (notamment à l’Est, où les groupes armés contrôlent toujours des zones stratégiques) pose la question de la représentativité même d’un scrutin présidentiel. Des millions de citoyens vivent sous occupation, parfois privés de carte d’identité, de bureau de vote ou de sécurité minimale pour se déplacer. Organiser une présidentielle dans ces conditions expose le régime issu du scrutin à un défi permanent de légitimité.

Loin d’être un exercice théorique, la réflexion de Germain Kambinga résonne comme un appel à la maturité politique. Dans un pays régulièrement traversé par des débats sur l’organisation du calendrier électoral, sa voix rappelle qu’il n’y a pas de solution unique applicable à toutes les situations. La guerre change la nature du jeu politique. Ce qui vaut en temps de paix peut se révéler dangereux, voire catastrophique, en temps de conflit.

« L’urgence n’est pas de savoir qui gouvernera demain, mais comment l’État ne s’effondre pas aujourd’hui », résume un proche de sa pensée. Le référendum constitutionnel offrirait précisément cette respiration : un moment de rassemblement institutionnel, non de rivalité personnelle.

Reste à savoir si les forces politiques congolaises, souvent tentées par la logique de confrontation électorale à tout prix, seront capables d’entendre ce message de prudence stratégique. Et si la communauté internationale, qui finance une grande partie des processus électoraux, acceptera de regarder au-delà des calendriers standardisés pour comprendre les spécificités d’un pays dont une partie respire sous le joug de l’occupation

En attendant, la contribution de Germain Kambinga a au moins le mérite de remettre au centre du débat une question trop souvent évacuée : la guerre change-t-elle la nature de ce que nous appelons « la volonté du peuple » ? Et si oui, quels instruments présidentielle ou référendum servent réellement cette volonté sans la trahir ? La réponse, dit-il, ne se trouve pas dans les manuels, mais dans l’écoute lucide des réalités du terrain.

 

Corinne Ontande

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