Pandémies : l’OMS et le Brésil appellent à finaliser l’accord censé éviter un nouveau chaos mondial
Six ans après le choc du COVID-19, l’accord international adopté en 2025 pour mieux préparer le monde aux prochaines pandémies demeure inachevé.
Dans une lettre commune publiée lundi, le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva et le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, appellent les dirigeants mondiaux à lever les derniers obstacles qui empêchent encore l’entrée en vigueur de l’accord.
L’enjeu est considérable. Selon leurs estimations, la pandémie de coronavirus »>COVID-19 a causé jusqu’à 20 millions de morts et amputé l’économie mondiale de 13 000 milliards de dollars. Une catastrophe sanitaire et économique qui avait conduit les États à promettre qu’ils ne seraient plus jamais pris au dépourvu face à une nouvelle menace de cette ampleur.
Cette promesse avait semblé se concrétiser le 20 mai 2025, avec l’adoption de l’accord international de l’OMS sur la prévention et la lutte contre les pandémies, fruit de trois années de négociations entre les États membres de l’organisation.
« Dans un monde divisé, un tel résultat n’avait rien d’acquis », rappellent MM. Lula et Tedros. « Il constituait un acte d’espoir et un acte de confiance mutuelle. Si nous vous écrivons aujourd’hui, c’est parce que cet espoir n’est pas encore pleinement réalisé et qu’il vous appartient de contribuer à le concrétiser ».
Une annexe devenue le principal obstacle
Le blocage se concentre désormais sur un point précis : la rédaction de l’annexe relative à l’accès aux agents pathogènes et au partage des avantages qui en découlent, connue sous l’acronyme PABS.
Ce futur mécanisme est censé garantir que les pays qui détectent et partagent rapidement des informations sur des virus ou autres agents pathogènes dangereux puissent bénéficier, en retour, de vaccins, traitements ou outils de diagnostic développés grâce à ces données.
L’absence de consensus sur ce dispositif empêche toutefois l’adoption de l’annexe par l’OMS, condition nécessaire pour que l’accord soit ouvert à signature et ratification par les États. Au total, 60 ratifications sont nécessaires pour que l’accord entre en vigueur.
Les négociations concernant l’annexe PABS achoppent principalement sur la question de la répartition équitable des bénéfices et sur les mécanismes chargés d’en garantir l’application. Des débats qui rappellent ceux apparus pendant la pandémie de COVID-19, lorsque les inégalités d’accès aux vaccins avaient profondément marqué les relations entre pays riches et pays en développement.
Une question de confiance
Dans leur appel, les deux responsables demandent d’abord aux gouvernements de faire preuve d’une volonté politique suffisante pour permettre aux négociateurs de parvenir à un compromis.
Ils cherchent également à répondre aux critiques formulées dans certains pays en soulignant que l’accord ne remet pas en cause la souveraineté nationale. Selon eux, il ne confère à l’OMS aucun pouvoir d’imposer des confinements, des campagnes de vaccination obligatoires ou d’autres mesures sanitaires. Ces décisions continuent de relever exclusivement des autorités nationales.
Le deuxième pilier de leur argumentation repose sur l’équité. Pour fonctionner, expliquent-ils, le système suppose que les États acceptent de partager rapidement des informations sensibles sur les agents pathogènes émergents. En échange, ils doivent pouvoir compter sur un accès réel aux produits médicaux qui seront développés grâce à ces données.
Pour MM. Lula et Tedros, il ne s’agit pas d’un geste de solidarité, mais d’une nécessité stratégique. Une détection précoce et une réponse rapide permettent de contenir les foyers épidémiques avant qu’ils ne se transforment en crise mondiale.
La crainte de la prochaine pandémie
Les auteurs invoquent enfin l’urgence. Selon les estimations citées dans la lettre, le risque de voir émerger une nouvelle pandémie au cours de la prochaine décennie approche les 25 %.
Les bouleversements environnementaux, les transformations sociales et les progrès rapides des biotechnologies créent, selon eux, de nouvelles vulnérabilités, qu’il s’agisse d’émergences naturelles ou de disséminations accidentelles d’agents pathogènes.
Les négociateurs doivent se retrouver du 6 au 17 juillet pour tenter de conclure les discussions. MM. Lula et Tedros demandent que cette échéance soit considérée comme une date butoir.
Les flambées épidémiques en cours, notamment d’Ebola en Afrique, rappellent selon eux que le risque n’a jamais disparu.
Face au coût humain et économique du COVID-19, les investissements nécessaires pour renforcer les systèmes mondiaux de surveillance et de réponse aux épidémies restent modestes. Et, soulignent-ils, l’histoire montre que la coopération internationale a déjà permis d’éradiquer la variole, de rapprocher la poliomyélite de l’éradication et de faire reculer plusieurs grandes maladies infectieuses.
« Achever cet accord ne constitue pas une rupture avec cet héritage », conclut la lettre. « Il en est la suite naturelle, et cet objectif est à portée de main ».
