Monitoring du sit-in de la C64 : Mgr Nshole appelé à revoir sa copie
Mgr Donatien Nshole marque son retour dans l’arène politique congolaise. Le «sit-in» de la C64 ce 12 juin au Palais du Peuple en protestation de la loi référendaire, finalement adoptée, lui a servi ainsi d’alibi. Secrétaire général de la CENCO dont il se réserve désormais d’abuser depuis la raclette de Mgr Edouard Kasanda, évêque de Mbuji-Mayi, il a enfourché à l’occasion une structure dénommée «Commission Justice et Paix», auteur d’un rapport de monitoring, déséquilibré, imprécis, truffé des affirmations et accusations gratuites pour noyer intentionnellement le pouvoir à travers le comportement de la police et d’une certaine branche de la jeunesse de l’UDPS. De même qu’il passe sous silence les atrocités du Rwanda et de l’AFC-M23 à l’est du pays, pas un mot sur l’attitude des meneurs de la C64 et de leurs militants, le chaos préparé, la manière dont ils ont été blessés et par quoi, des machettes, détenues par les manifestants.
C’est un rapport de monitoring vraisemblablement à sens unique, délibérément à charge du pouvoir dont se prévaut avec hargne Mgr Donatien Nshole relativement au sit-in de la C64 au Palais du Peuple ce 12 juin. Faute de se servir du label de la CENCO depuis la dénonciation tonitruante de Mgr Edouard Kasanda, évêque de Mbuji-Mayi, interpellant de la sorte certains de ses collègues pour usurpation du pouvoir et non-respect des textes qui les régissent, le chapelain de sa sainteté le pape Léon XVI, a enfourché cette fois-ci la «Commission Justice et paix» (CJP), une structure de l’Eglise, pour récolter des données sur ladite manifestation. A cet effet, quinze observateurs ont été déployés dans la ville de Kinshasa à raison de cinq autour du Palais du Peuple et dix dans des carrefours et sur des artères non autrement nommés.
Actifs depuis la veille, soit le 11 juin, ces observateurs avaient constaté une mobilisation des jeunes de la Force de progrès tout au long de la journée sur la 10ème Rue à Limete, au siège du parti présidentiel. D’orès et déjà, on parlait des affrontements entre ces derniers et les manifestants de la C64 qui, eux aussi, affirmaient s’être préparés à cette menace. Si par absurde la CJP avait infiltré la soit-disant branche de la jeunesse de l’UDPS, elle n’indique pas comment et par quels moyens ses éléments ont su que les partisans de la C64 se préparaient de parer à toute éventualité. Y a-t-il eu aussi une réunion à cet effet, quand et où s’est-elle tenue ? Qui leur a donné cette nouvelle ? Le rapport de monitoring est muet à ce sujet.
Le jour «J», soit le 12 juin, les limiers de Mgr Nshole ont observé le déploiement du dispositif sécuritaire, constitué de policiers et de militaires, aux abords du Palais du Peuple et aussi bien dans des carrefours que sur certaines grandes artères de la capitale sans les nommer. Des petits regroupements des personnes identifiées comme éléments de la Force du progrès, du reste reconnus en tant que membres de cette branche de la jeunesse de l’UDPS, gravitaient autour de ces hommes en uniforme. Ensemble avec les forces de l’ordre, ils ont procédé à l’identification des passants. Entre-temps, quelques badauds ont été interpellés et transportés dans de véhicules de transport militaire vers une destination qui n’a pas été indiquée.
Généralement, une telle opération crée de la panique parmi la population qui n’hésite pas un seul instant pour se sauver, ce qui a des répercussions même sur les moyens de transport dans la capitale. Jusqu’à preuve du contraire, aucune vidéo sur pareille entreprise n’a été balancée sur la toile. Même les organisateurs de la manifestation n’en ont pas fait écho. Les moniteurs de la CJP en détiendraient sans doute des preuves palpables qu’ils produiraient le moment venu. Ils produiraient aussi à l’occasion les identités des jeunes reconnus comme membres de la Force du progrès, ainsi que leurs images en pleine action. L’enquête initiée par le ministre de la Justice tombe donc à point nommé.
C’est à la descente au Palais du Peuple des leaders de la C64, accompagnés de leurs partisans, scandant des chants et des slogans hostiles au pouvoir en place, rapporte la CJP, que des affrontements ont éclate entre, d’une part, les forces de l’ordre et la Force du progrès, et d’autre part les manifestants. Ces échauffourées ont été d’une violence telle qu’un manifestant a succombé, tué par balle? De dizaines de blessés ont été enregistrés. A quel niveau exactement ?
Le rapport de monitoring, signé de la main de Mgr Donatien Nshole, note que la police a fait un usage disproportionné de la force, alors que la Force du progrès a échangé de jets de pierres et autres objets avec les manifestants. Cependant, les moniteurs n’indiquent rien sur l’attitude affichée par les meneurs de la C64 et leurs partisans envers les policiers dans leur progression vers le siège du Parlement. Ils n’ont vu que les projectiles lancés par la Force du progrès et non de machettes détenues par les manifestants. Ils n’en font aucunement mention dans leur rapport. C’est qu’ils appellent «autres objets» ? Pourquoi donc cette pudeur ? Ils ne disent pas non plus comment la police en est arrivée à l’usage de la «force disproportionnée. Fallait-il laisser les manifestants, repoussés à plusieurs reprises, gagner l’enceinte du Palais du Peuple considéré comme lieu inviolable ?
Comment tous les leaders de la C64 ont-ils été blessés ? Par balles, éclats des bombes lacrymogènes ou projectiles échangés entre policiers, voire Force du progrès, et manifestants ? Là non plus, le rapport de monitoring est muet.
Est-ce à dire que le Secrétaire général de la CENCO, incapable de monitorer les atrocités du Rwanda et de l’AFC-M23 à l’est alors que la CJP opère sur toute l’étendue du Congo avait, de concert avec la C64, besoin des incidents pour faire le buzz et alarmer la communauté internationale sur la violation des droits de l’homme par le régime de Kinshasa ? Neutre dans la tragédie qui a coûté dix millions de vie dans la partie orientale du pays, autant de déplacés et de réfugiés, non sans compter la crise humanitaire indicible qui sévit dans cette partie de la République, pourquoi Mgr Nshole s’est empressé à ne pas être au milieu du village à Kinshasa ? A l’instar de son mea-culpa sur la discrimination des Swahiliphones, va-t-il aussi prétendre qu’il a été induit en erreur par ses moniteurs qui étaient tellement daltoniens et myopes au point de voir ne que la police et la Force du progrès ?
Une question demeure cependant, c’est celle de savoir qu’est-ce que l’Eglise catholique pense, à l’instar de l’ECC, de la question de la révision ou du changement de la Constitution. Le rapport de monitoring de la CJP n’est qu’un alibi, une brèche, pour descendre dans l’arène. Il ne reste qu’à savoir ce qui aura changé, entre-temps, pour que la CENCO soutienne la Constitution qu’elle avait combattu lors du référendum de décembre 2005 comme l’avait soutenu Joseph Kabila.
Moïse Musangana (A partir de Fès)
