Énième consacrée au Dialogue national, la livraison de ce jour fait suite à l’initiative du Président du Burundi Evariste Ndayishimiye d’échanger avec l’Opposition et la Société civile congolaises autour des questions d’actualité…
La caution de Kinshasa
Depuis le dimanche 5 juillet 2026, il est observé dans le chef des proxys du Pouvoir l’intention délibérée de passer C64 et le binôme CENCO-ECC pour parties demanderesses de l’échange avec le Président burundais pendant que c’est l’inverse qui s’est produite. Aucun esprit lucide de peut comprendre que Ndayishimiye n’ait pas obtenu au préalable la caution de son allié Tshisekedi pour inviter les leaders politiques et religieux congolais. Autrement, Patrick Muyaya pour le compte du Gouvernement, André Mbata pour celui de l’USN ou Augustin Kabuya pour le compte de l’UDPS aurait dénoncé et désavoué cette initiative. Leur silence incite à l’admettre : le déplacement de Bujumbura a reçu la caution de Kinshasa, pour ne pas insinuer que c’est à la demande des autorités congolaises.
Reste maintenant à l’identifier ou à les identifier
La question de fond revient : pourquoi un énième Dialogue national après une bonne dizaine ou trentaine de fora du genre depuis 1960 ?
La réponse raisonnable est dans la tradition négro-africaine pour ne pas dire congolaise ou, si on le veut, Kongo.
Chez les Ne Kongo, ça s’appelle « fuku ». Un aparté ou un conciliabule qui s’applique généralement lors des cérémonies comme l’investiture d’une Autorité coutumière ou d’un chef de famille, l’ouverture d’une saison agricole, de chasse ou de pêche, la contractation d’un mariage, la procédure de divorce, la naissance des jumeaux, l’avènement d’un décès.
Les « Mbuta » (Sages) n’arrêtent d’aller en aparté ou en conciliabule que lorsque le dossier est clos, le litige ou le contentieux vidé.
S’il s’avère que le dossier refait surface pour une raison ou une autre, les apartés ou conciliabules reprennent jusqu’à ce que le problème soit résolu.
Transposée au niveau national, la tradition ou la pratique est reprise lorsque le pays a besoin d’un Dialogue national ; preuve de l’échec du précédent ou des précédents. C’est à cela qu’on fait allusion sous la formule « cause profonde » ou « causes profondes ».
Reste maintenant à l’identifier ou à les identifier.
Et c’est là généralement que les cachotteries commencent au point de paraphraser Roger Nkema avec sa célèbre formule « Une transition qui en cache une autre », entendez « Un dialogue qui en cache un autre ».
Plaidoyer pour les états généraux de la République
A « BALISES « , nous avons toujours pensé et même cru qu’aussi longtemps qu’elle n’aura pas la volonté et la capacité de traiter la question qui fâche ou les questions qui fâchent, la RDC ne sortira pas de cet engrenage !
À « BALISES », nous gardons la conviction que l’alternance politique de 2019 constituait l’occasion indiquée pour procéder à l’ état des lieux du pays après une soixantaine d’années d’Indépendance. D’où l’initiative des « ÉTATS GÉNÉRAUX DE LA RÉPUBLIQUE » avec pour objectif la ré-création, la re-fondation du pays.
La méthodologie suggérée a toujours été de voir les acteurs politiques et sociaux ayant assumé des fonctions de gestion dans la gouvernance institutionnelle depuis les années 1960 se retrouver domaine par domaine, et ce du niveau le plus élevé (Présidents de la République) au niveau le plus bas (chefs des localités), en passant par les bureaux du Parlement, les Premiers ministres, les ministres sectoriels, les présidents des cours et tribunaux, les chefs d’état-major de l’armée, les commissaires généraux de la Police nationale, les administrateurs généraux des Renseignements, les secrétaires généraux de l’Administration publique, les présidents des assemblées provinciales et gouverneurs des provinces, les autorités communales, les administrateurs des territoires, les mandataires publics etc. Du moins pour ceux qui gardent la lucidité.
Ces animateurs ont pour cahier des charges :
1.la rétrospective des actes de gestion par eux posés ;
2.l’établissement des points positifs (à maintenir) et négatifs (à bannir) et
3.l’émission des suggestions pour l’avenir ; l’échéance idéale étant 2060, année du Centenaire de l’Indépendance.
Dans notre entendement, ce n’est qu’à l’issue des « États Généraux de la République » qu’on devra adopter une Constitution adaptée aux nouvelles ambitions du Nouveau Congo.
C’est la raison pour laquelle à « BALISES « , nous ne cessons de promouvoir l’initiative d’un Dialogue national qui ne soit ni le lieu de déballage (comme ce fut le cas avec la Conférence nationale souveraine piégée par les organisateurs), ni le lieu de partage du pouvoir (comme cela est le cas pour tous les fora convoqués jusque-là).
À « BALISES « , nous avons, plus d’une fois, rappelé l’exhortation de Joseph Kabila lors du Cinquantenaire de l’indépendance le 30 juin 2010 en prévision du second Cinquantenaire en cours.
Il était question pour le Comité scientifique présidé par Pr Isidore Ndaywel de mettre sur pied un cercle de réflexion sur le Congo de 2011 à 2060.
Bien plus, dans son discours d’investiture le 24 janvier 2019, Félix Tshisekedi avait annoncé la tenue d’un Forum national suivi, dans son message de Nouvel An 2020, de la mise sur pied d’une structure scientifique pour réfléchir sur l’avenir du Congo.
À l’époque, il n’y avait pas débat autour de la Constitution !
Qu’est-ce s’est alors produit pour le voir s’éloigner de ses deux initiatives lumineuses pour en arriver non seulement à la guerre de 2022 survenue après le rapprochement avec le M23 (dont la délégation avait séjourné à Kinshasa aux frais de la République d’octobre 2020 à décembre 2021), mais aussi à la guerre avec le Rwanda survenue la même année, après la signature, à Goma, des accords économiques et commerciaux en 2021 ?
Félix Tshisekedi recrée les conditions du dialogue
Et pourquoi, sachant très bien que des suites d’une agression avérée, le pays est amputé d’une partie de son territoire, le Président de la République tient-il absolument à imposer un référendum constitutionnel auquel, cela va de soi, des millions de compatriotes du Grand Kivu ne sauront pas participer ?
C’est vrai qu’il est tenu au devoir de respecter l’engagement pris par la RDC, dans le cadre du deal avec les USA, notamment en procédant à des réformes constitutionnelles à concrétiser au plus tard le 4 décembre 2026.
Pourtant, lors de sa conférence de presse du 6 mai 2026, Félix Tshisekedi a parlé de révision (procédure prévue aux articles 218 et 219) de la Constitution et non de changement.
Or, comme nous n’arrêtons pas de le faire valoir, changement ou révision requiert un large consensus national.
Partant, la question est de savoir pourquoi recourt-il au forcing pendant que les circonstances ne s’y prêtent pas ! Et pourquoi continuer à considérer les autres pour moins que rien pendant qu’il a pleinement conscience de leur capacité de contrer ce qui peut être contré !
En définitive, c’est lui-même Félix Tshisekedi qui suscite l’intérêt du Dialogue national tout en le voulant à ses conditions.
Et le Dialogue, c’est comme l’ audit ! On ne peut pas le redouter si on a vraiment le souci de performer…
Moralité : le Congo n’echappera pas au énième Dialogue en ce que tous les protagonistes le rendent incontournable…
Omer Nsongo die Lema
