La Corée du Sud rappelle que les marchés ne montent jamais jusqu’au ciel

Les crises financières changent de visage, mais rarement de logique. En 1997, l’Asie s’effondrait sous le poids de l’endettement en devises.
En 2000, la bulle Internet éclatait après des valorisations déconnectées de l’économie réelle. En 2008, les produits financiers adossés aux crédits immobiliers provoquaient une crise systémique mondiale.
En 2026, la Corée du Sud rappelle qu’une nouvelle bulle peut naître autour de l’intelligence artificielle.
Pendant plusieurs mois, la Bourse de Séoul avait incarné l’optimisme mondial. Porté par Samsung Electronics et SK Hynix, leaders des mémoires électroniques indispensables à l’IA, le KOSPI a atteint un sommet historique de 7 822 points en mai 2026, rapporte lkAgence Reuters.
Deux mois plus tard, “l’indice avait perdu près de 30 % par rapport à son pic, enregistrant une baisse de 22 % sur le seul mois de juillet, sa plus mauvaise performance depuis la crise financière de 2008. En seulement deux séances, près de 2 180 milliards de dollars de capitalisation boursière se sont évaporés”.
Le ralentissement attendu des investissements mondiaux dans l’intelligence artificielle n’explique cependant qu’une partie du choc. La correction a surtout été amplifiée par la structure même du marché.
Des centaines de milliers d’investisseurs particuliers s’étaient fortement endettés pour acheter des actions technologiques ou des ETF à effet de levier, qui multiplient les gains… mais aussi les pertes. Lorsque les cours ont décroché, les appels de marge se sont multipliés.
Les investisseurs incapables d’apporter de nouvelles garanties ont vu leurs comptes liquidés automatiquement, déclenchant une spirale de ventes forcées qui a accentué la chute.
Face au risque d’une crise de confiance, les autorités sud-coréennes ont réagi rapidement.
Les régulateurs ont renforcé la surveillance des marchés, limité certaines opérations spéculatives, mobilisé des fonds publics destinés à stabiliser les cours et coordonné leur action avec la Banque de Corée afin de préserver la liquidité du système financier.
Spectaculaire rebond de près de 18 % le 31 juillet
Ces mesures ont favorisé un spectaculaire rebond de près de 18 % du KOSPI le 31 juillet, sans pour autant effacer les interrogations sur les valorisations du secteur technologique.
La crise coréenne est différente de celle de 1997. À l’époque, l’économie réelle était fragilisée par un excès d’endettement extérieur. En 2026, ce sont surtout les anticipations des marchés qui ont été corrigées.
L’économie sud-coréenne, forte d’un PIB supérieur à 1 900 milliards de dollars, demeure l’une des plus solides d’Asie. Mais même une puissance industrielle peut voir sa finance devenir plus volatile que ses fondamentaux.
Pour l’Afrique, et particulièrement pour la République démocratique du Congo, la leçon dépasse les marchés financiers. Les minerais critiques bénéficient aujourd’hui d’une demande exceptionnelle portée par la transition énergétique et l’intelligence artificielle.
Pourtant, si cette demande repose sur une euphorie spéculative plutôt que sur une stratégie industrielle durable, les pays producteurs subiront inévitablement les cycles de boom et de correction.
La souveraineté économique ne consiste donc pas seulement à posséder les ressources stratégiques dont le monde a besoin, explique notre source. Elle consiste à diversifier son économie, transformer localement ses matières premières, développer un secteur financier résilient et construire des institutions capables d’amortir les chocs.
Les marchés montent rarement jusqu’au ciel. Seuls les États les mieux préparés résistent lorsque la gravité finit toujours par reprendre ses droits.
Nico Minga
