Enseignement supérieur dans le Kivu, le piège de l’AFC/M23 et la réplique stratégique de Kinshasa (John Ngombua)

Ce qui devait arriver est arrivé. Face aux tentatives répétées de la rébellion de l’AFC/M23 d’imposer sa propre gestion dans les universités des zones sous son contrôle, le ministère de l’Enseignement supérieur et universitaire (ESURSI) est passé à la vitesse supérieure. La ministre Marie-Thérèse Sombo vient de signer un arrêté suspendant temporairement les activités académiques de l’année 2026-2027 dans plusieurs établissements clés de Goma et Bukavu (notamment l’UNIGOM, l’ISC, l’ISTM et l’ISP-Goma, ainsi que l’UOB).
Derrière les tensions sur la nomination des dirigeants universitaires, l’intention de la rébellion pro-Kigali est claire et répond à une double stratégie :
Une manœuvre politique : Tenter de décrocher l’enseignement de la tutelle de Kinshasa pour poser un acte symbolique d’autonomie et faire un pas de plus vers leur objectif final, la création de la « République du Kivu ».
Une motivation financière : Capter les frais académiques des étudiants pour alimenter directement les caisses du mouvement rebelle.
Mais ce calcul se heurte à une réalité juridique et internationale incontournable : seul le gouvernement central de Kinshasa est habilité à valider les diplômes et le cursus académique.
Face à cette suspension, l’AFC/M23 se retrouve dans une impasse stratégique avec seulement deux options :
Tenter d’arrimer de force ces établissements au système éducatif du Rwanda.
Revenir au bon sens et réintégrer le giron académique de Kinshasa pour préserver la paix sociale.
Sans une rentrée académique reconnue par l’État congolais, les étudiants risquent de se retrouver avec des années invalides. En voulant instrumentaliser l’université, l’AFC/M23 s’expose directement à la colère et au rejet de la jeunesse et des étudiants congolais dans les territoires qu’il occupe.
