Il y a des jours où l’Histoire choisit une date presque trop belle pour être un hasard. Le 18 août 2026, à Los Angeles, Angélique Kidjo est devenue la première artiste africaine — et la première Africaine noire — à recevoir une étoile sur le mythique Hollywood Walk of Fame. Une consécration immense. Mais ce qui rend ce moment encore plus vibrant, c’est qu’il ne célèbre pas qu’une femme : il célèbre un continent entier, ses voix, ses rythmes, et une fraternité musicale qui, cette année précisément, se tourne aussi vers la République démocratique du Congo.
Une étoile, 35 personnalités, et un cri du cœur
La cérémonie s’est tenue au 7011 Hollywood Boulevard, dans la catégorie « Recording », devant 35 personnalités du cinéma et de la musique. L’acteur Willem Dafoe et Harvey Mason Jr., patron de la Recording Academy (les Grammy Awards) et de MusiCares, étaient présents pour saluer une carrière de plus de quarante ans. On notait aussi la présence de l’actrice Deepika Padukone, ainsi que de nombreux membres de la communauté béninoise venus en nombre soutenir leur icône sur le boulevard.
Vêtue de rouge, coiffée d’un turban bleu, entourée de sa famille et de ses amis, Angélique Kidjo a livré un discours qui a électrisé l’assistance. Elle y a rappelé, en substance, que les Africains ignorent trop souvent l’ampleur de ce qu’ils ont donné au monde, et a insisté :« Sans nous, il n’y aurait pas de musique possible sur cette planète. »
Dans un entretien accordé à la BBC Focus on Africa, elle est allée plus loin en retraçant la généalogie même des musiques occidentales : selon elle, le blues transporté par les esclaves déportés vers l’Amérique est à l’origine du R&B, du rock and roll, du soul et du jazz — bref, une bonne partie de la musique populaire mondiale trouverait sa source sur le continent africain. Elle a également évoqué, dans ce même entretien, la manière dont l’Afrique a longtemps été présentée au reste du monde à travers un prisme de manque et d’indignité — un regard qu’elle passe sa carrière à inverser.
Puis elle s’est mise à chanter, a cappella, devant une foule conquise — un rappel vivant que sa voix a toujours été un pont entre les continents.
Parmi les invités venus la célébrer : outre Willem Dafoe et Harvey Mason Jr., on retrouvait l’acteur oscarisé Djimon Hounsou ( Gladiator, Blood Diamond, Amistad), lui aussi originaire du Bénin, ainsi que le musicien nigérian Adekunle Gold. Sur les réseaux sociaux, l’écrivain congolais Alain Mabanckou, l’une des plumes les plus célébrées de la littérature francophone, a lui aussi salué l’événement — présent, disait-il, aux côtés du frère de Kidjo et du ministre de la Culture du Bénin. Un romancier congolais qui célèbre une diva béninoise à Hollywood : la boucle africaine, décidément, ne cesse de se refermer sur elle-même ce jour-là.
HOPE!!, ou quand la rumba congolaise rejoint le Bénin
Et c’est justement dans cette logique de pont que son dix-huitième album, HOPE!!, prend tout son sens. Le projet, dédié à la mémoire de sa mère Yvonne, réunit des artistes venus du monde entier — Pharrell Williams, Nile Rodgers, Charlie Wilson, PJ Morton, Davido, Ayra Starr, IZA, Diamond Platnumz — mais il fait aussi une place de choix, et ce n’est pas un détail, à deux grandes voix congolaises.
Sur le morceau « Superwoman », Angélique Kidjo invite Dadju, artiste franco-congolais devenu l’une des voix les plus populaires de la pop francophone. Et sur « Nadi Balance », elle s’associe à Fally Ipupa, véritable monument de la rumba congolaise et du soukous, aux côtés du duo nigérian The Cavemen. Le résultat, comme le notent plusieurs critiques musicaux, fait dialoguer le highlife ouest-africain avec les guitares électriques caractéristiques du soukous congolais — une rencontre rare entre l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, portée par une diva béninoise qui n’a jamais cessé de tisser des ponts entre les scènes du continent.
Un clin d’œil à 66 ans d’intervalle ?
Il y a, dans le calendrier de cette année 2026, une coïncidence qui mérite d’être soulignée — même si elle relève davantage de la symbolique que du fait établi. Angélique Kidjo, née en 1960, fête ses 66 ans. Or 1960 est aussi l’année de l’indépendance de la République démocratique du Congo, proclamée le 30 juin : la RDC célèbre donc, elle aussi, ses 66 années d’indépendance. Deux destins nés la même année, sur le même continent, qui se recroisent aujourd’hui à travers une collaboration musicale entre une artiste béninoise et deux voix congolaises.
Une diva, un continent, une même voix
Reste l’essentiel : à travers HOPE!!, Angélique Kidjo continue ce qu’elle a toujours fait depuis Cotonou — rassembler l’Afrique dans toute sa diversité, du Bénin à la RDC, du Nigeria à la Tanzanie, et la faire résonner jusque sur le trottoir le plus célèbre du monde. « Je suis certes la première chanteuse africaine à avoir une étoile sur le Walk of Fame d’Hollywood, mais je suis persuadée que je ne serai pas la dernière », avait-elle confié à l’AFP avant la cérémonie. « Beaucoup d’autres suivront et cela emplit mon cœur de joie. »De Fally Ipupa à Dadju, de Davido à Ayra Starr, c’est peut-être ça, le vrai message de cette étoile : l’Afrique ne monte plus sur scène seule. Elle y monte ensemble. Quelle est la chanson d’Angélique Kidjo que tu fredonne encore et encore ? Dis-le-moi en commentaires à soleil.levantasbl@gmail.co
