Chemin balisé pour la paix en RDC : Doha accouche d’un compromis
La paix en République démocratique du Congo viendra- t- elle de Doha, capitale de Qatar après la crise sécuritaire qui aura secoué l’Est du pays avec toutes ses conséquences ? En tout cas, au regard des derniers développements de la situation politico-sécuritaire du pays, l’on est tenté de répondre par l’affirmatif.
En effet, après avoir réussi à mettre face à face le Président congolais, Félix Tshisekedi et son homologue rwandais, Paul Kagame, alors que le premier avait juré de ne rencontrer le second qu’au Paradis et devant Dieu à cause de la guerre qu’il mène contre le Peuple congolais en soutenant la rébellion de AFC-M23, l’émir du Qatar continue à « marquer des points ». Cette fois-ci, en obtenant un compromis entre la délégation du Gouvernement congolais et celle de la rébellion AFC – M23 au terme de trois semaines des discussions directes.
Et pourtant, le Gouvernement congolais avait en son temps refusé catégoriquement de se mettre autour d’une même table avec ceux qu’il qualifiait des « pantins, de mouvement terroriste » « au risque de franchir la ligne rouge à ne pas dépasser ».
Un compromis trouvé contre toute attente
Alors que d’aucuns voyaient déjà un échec et une impasse pour les discussions directes de Doha à cause de l’intransigeance de la délégation du Gouvernement congolais qui aurait refusé d’accéder à certaines revendications de la délégation de AFC-M23 dont la libération de plus de 700 personnes détenues par Kinshasa, les choses ont pris une autre tournure jusqu’à parvenir à un compromis entre les deux parties, sous la médiation qatarie.
D’abord c’est l’AFC-M23 qui était le premier à publier en ce qui le concerne ce compromis contenu dans un communiqué conjoint (non signé) dans les réseaux sociaux. Malheureusement, beaucoup de personnes ne l’ont pas donné de crédit, non seulement qu’il n’a pas été signé conjointement par les deux parties, mais aussi que les choses ne devraient pas se passer de cette façon. Dès lors que les deux délégations s’étaient séparées en queue de poisson à Doha.
Mais, il a fallu attendre que cette information soit confirmée par Kinshasa dans le journal télévisé du soir à la radiotélévision nationale congolaise. Qu’est ce qui s’est réellement passée pour qu’en 24 heures, les choses prennent une autre direction, la bonne alors ? Voilà la question que plus d’une personne s’interrogeait sans en savoir plus des détails.
Qu’à cela ne tienne, au terme de ce compromis, les deux parties « ont convenu de travailler pour œuvrer à la conclusion d’une trêve devant permettre l’instauration d’un cessez-le-feu effectif ». Ceci après les discussions franches et constructives.
« D’un commun accord, les deux parties réaffirment leur engagement en faveur d’une cessation immédiate des hostilités, de rejet catégorique de tout discours de haine et d’intimidation et appellent toutes les communautés locales à respecter ces engagements », peut-on lire dans ce communiqué conjoint. Et d’ajouter : « Les deux parties conviennent du respect des engagements des engagements précités qui ouvrira la voie à un dialogue constructif pour rétablir une paix durable en République démocratique du Congo et dans la région. Ce dialogue portera sur les causes profondes en cours ainsi que les modalités pour mettre fin au conflit dans les territoires de l’Est de la République démocratique du Congo » .
L’appel de Qatar à la poursuite du dialogue dans un esprit constructif
Le compromis trouvé entre les deux parties a été salué par le Gouvernement qatari qui en a assuré la médiation. Dans son compte X, le docteur Majed Al Ansari, conseiller du Premier ministre qatari et porte-parole du ministère des Affaires étrangères, a salué cette avancée. « Nous sommes heureux de constater les efforts de collaboration et cette déclaration commune entre la République Démocratique du Congo et le M23 », a-t-il déclaré. Avant d’ajouter que « l’État du Qatar encourage les deux parties à poursuivre ce dialogue dans un esprit constructif et à œuvrer pour parvenir à un accord conforme aux aspirations du peuple congolais à la paix et au développement ».
La Belgique salue le compromis Gouvernement – AFC- M23
Pour sa part, le Royaume de la Belgique, un des partenaires de la République démocratique du Congo a, à travers son Vice-Premier ministre, ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévôt, salué l’accord annoncé entre la République démocratique du Congo (RDC) et la rébellion du M23/AFC et envisage aussi d’entamer une tournée dans la région dès ce week-end.
« Je salue l’accord annoncé par la RDC et le M23/AFC en vue d’œuvrer à une trêve et un cessez-le-feu menant à un dialogue pour rétablir une paix durable dans l’Est de la RDC. C’est une étape cruciale pour faire cesser les violences. Je me rendrai dans la région dès ce vendredi et exprimerai mon plein appui à ces efforts facilités par le Qatar et ceux des organisations régionales EAC/SADC » a écrit sur son compte X le chef de la diplomatie Belge Maxime Prévôt.
L’opposition insiste sur le « Pacte social « pour une cohésion nationale
Du côté de l’opposition politique congolaise, l’on n’est pas restée indifférente face à cette avancée significative dans la recherche de la solution au problème sécuritaire en République démocratique du Congo par ses protagonistes majeurs.
L’Envol de Delly Sessanga insiste sur le pacte social pour la paix et le bien vivre-ensemble en RDC et dans la région des Grands-lacs proposé par la CENCO-ECC, lequel prévoit un dialogue inclusif entre les Congolais.
« La signature du communiqué conjoint entre le Gouvernement et le M23/AFC constitue une avancée significative vers un cessez-le-feu bilatéral et une désescalade du conflit dans l’Est du pays. Toutefois, la paix véritable ne saurait se réduire au seul silence des armes. Un dialogue inclusif, tel que proposé par les prêtres à travers un pacte social, s’avère essentiel pour reconstruire le tissu de la cohésion nationale profondément déchiré pour jeter les bases d’un large consensus autour des réformes indispensables à la refondation du Congo », peut-on lire dans un communiqué signé par Me Rodrigue Ramazani, secrétaire général d’Envol.
Même réaction à la coalition Lamuka de Martin Fayulu où l’on appelle à la fusion de tous les processus (Doha et Luanda) autour de celui piloté par la CENCO et l’ECC. D’où le caractère inclusif de ces négociations qui incluraient aussi l’opposition politique non armée ainsi que la société civile. « Il faudra fusionner tous ces trois processus : Doha, Luanda et Kinshasa. Patrice Emery Lumumba, notre héros national avait dit que la solution au problème des Congolais ne sera trouvée ni à Bruxelles, ni à Genève mais au Congo », a insisté Prince Epenge, Porte-parole de Lamuka.
RSK
