Loin de l’accord Kinshasa-Kigali-Washington, l’Ouganda est vu comme un allié stratégique par la RDC (Rfi)
Le président de l’Assemblée nationale congolaise, Vital Kamerhe, s’est rendu en Ouganda du 9 au 12 mai dans le cadre d’une double mission parlementaire et diplomatique. Au-delà de sa participation à la Conférence interparlementaire africaine, ce déplacement s’inscrit dans une série d’initiatives de rapprochement entre Kinshasa et Kampala, dans un contexte régional marqué par l’instabilité et les négociations de paix impliquant Kigali et Washington.
La présence de Vital Kamerhe à Entebbe n’était pas anodine. Arrivé, le vendredi 9 mai, avec quatre autres députés, le président de l’Assemblée nationale congolaise a participé à la 3ᵉ Conférence interparlementaire africaine sur les défis mondiaux émergents. Mais cette mission avait également une portée politique stratégique : porteur d’un message qualifié de « spécial » du président Félix Tshisekedi, Vital Kamerhe a rencontré le chef de l’État ougandais, Yoweri Museveni, pour évoquer la situation sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).
Selon plusieurs sources proches du dossier, cette visite s’inscrit dans une série d’échanges entamés, depuis novembre 2024, entre Kinshasa et Kampala, visant à consolider la coopération bilatérale dans un contexte géopolitique complexe. Alors que les États-Unis tentent de faciliter un accord entre la RDC et le Rwanda autour de la paix et du commerce des minerais stratégiques, Kinshasa veille à ne pas marginaliser l’Ouganda, voisin influent et acteur militaire actif dans la région.
Un partenariat sécuritaire renforcé
Le président Museveni, selon nos sources, n’a pas exprimé d’inquiétudes particulières, mais a réitéré sa volonté de voir s’instaurer un climat apaisé dans la région, jugeant que « l’instabilité actuelle nuit également aux intérêts de son pays ». Les deux États ont convenu de renforcer leur coopération militaire, notamment à travers l’opération conjointe FARDC-UPDF. Lancée contre les rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF), cette opération s’étend désormais aux milices de la CODECO et à d’autres groupes armés actifs dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.
Des patrouilles conjointes ont ainsi été déployées, ces derniers mois, dans des zones éloignées de la présence historique des ADF, notamment autour du lac Albert et dans les territoires de Djugu, Mahagi, Bule et Fataki. L’objectif affiché est clair : sécuriser les axes routiers, établir une présence militaire dissuasive et renforcer le contrôle aux frontières. Certaines compagnies spécialisées, notamment des unités de montagne, ont été mobilisées pour ces opérations.
L’économie occupe une place centrale dans cette coopération. Trois axes routiers reliant les deux pays sont actuellement en construction dans le but de faciliter les échanges commerciaux transfrontaliers. Un autre pilier du partenariat est minier. En 2020, la société basée en Ouganda Dott Services Limited et la société d’État congolaise Sakima ont fondé la coentreprise Punia Kasese Mining. Cette structure ambitionne de devenir un acteur majeur dans l’extraction des minerais dits « 3T » (étain, tungstène, tantale), mais aussi de l’or et du cobalt. Le point commun entre les projets d’infrastructures et ce projet minier est la société Dott Services Limited.
À ces projets s’ajoute un dossier stratégique : le pétrole du lac Albert. Situé à la frontière entre l’Ouganda et la RDC, ce gisement renfermerait plus d’un milliard de barils de réserves. Kampala souhaite sécuriser les investissements dans cette zone, et Kinshasa semble disposée à s’y associer. Lors de son séjour à Entebbe, Vital Kamerhe a affirmé que la RDC était prête à souscrire à l’utilisation du pipeline ougandais. Les présidents Tshisekedi et Museveni avaient déjà échangé sur cette question en octobre 2024.
Une diplomatie parlementaire active
Pour assurer le suivi de ces engagements, les autorités misent également sur la diplomatie parlementaire. La création d’un groupe d’amitié entre les parlements congolais et ougandais est en cours. Selon nos informations, une délégation du Parlement ougandais est attendue à Kinshasa dans les prochains mois.
En pleine recomposition des équilibres régionaux, la RDC multiplie les canaux de dialogue avec ses voisins. Après les tensions répétées avec le Rwanda, Kinshasa cherche à stabiliser ses relations avec Kampala, tout en poursuivant les discussions facilitées par Washington, une stratégie de prudence et de diversification diplomatique qui vise à préserver ses intérêts sécuritaires et économiques, dans la région des Grands Lacs.
