0% sur 69 ouvrages qui devaient être exécutés par le PNUD au Kasaï : CREFDL exige un audit des fonds alloués à ce programme
Valery Madianga, Coordonnateur de CREFDL
« PDL-145 T : 672 millions Usd du FMI, opportunité de développement ou enrichissement illicite ? », c’est le titre d’un rapport de monitoring citoyen qui a été rendu public ce 16 Mai 2025 par Valery Madianga, Coordonnateur du Centre de Recherche en Finances Publiques et Développement Local (CREFDL).
Devant le représentant du président de l’Assemblée nationale, les partenaires, les représentants des agences d’exécution et la presse, CREFDL explique que sa mission de contrôle citoyen sur la mise en œuvre du Programme de Développement Local des 145 Territoires a duré sept mois. Elle intervient après les deux premiers volets initiés entre 2022 et 2023 conformément aux prescrits du décret n° 22/37 du 29 octobre 2022, portant gouvernance budgétaire. Cette action citoyenne a reçu le soutien de “National Endowment For Democracy (NED)”.

Cette fois, après analyse documentaire, la mission a consisté à effectuer une visite des ouvrages livrés par les Agences d’Exécution (CFEF et PNUD) au gouvernement entre 2023 et 2024, notamment dans les provinces du Kongo Central, Kwango, Kwilu et le Kasaï. L’équipe de CREFDL a ciblé vingt territoires et les enquêteurs se sont rendus dans onze territoires pour effectuer les visites des chantiers avec le concours des relais communautaires et une taskforce de dix points focaux. Au total, un échantillon de cent-neuf ouvrages a été visité.
« Nous avons relevé qu’effectivement, le programme est en train d’être exécuté. Nous avons visité les infrastructures qui existent, mais il se dégage un écart important entre le coût estimé par les agences d’exécution et la qualité des ouvrages. On estime, pour la majorité autour de 200.000 dollars. Nous pensons que ça peut coûter moins que ça au regard de ce que nous avons visité. Nous pensons également que pour les écoles de 120 bancs, il n’est pas question qu’on puisse dépenser près de 30.000 dollars comme nous l’avons entendu. Nous pensons qu’il est possible d’équiper les écoles autour de 11.000 dollars », a expliqué Valery Madianga devant la presse.
Et de poursuivre, que nous pensons que le cadre de gestion de ce programme est irrégulier, parce que cela viole le manuel de procédure en vigueur dans notre pays. « Nous notons aussi que le programme doit être repensé au regard des défis que nous avons trouvés sur le terrain. Il ne faut que le programme soit centré sur les territoires, mais il doit changer pour devenir le programme de développement des entités territoriales décentralisées, pour permettre à ce que celles-ci puissent se développer au niveau de la base, déclencher le développement tel que prévu dans le programme du gouvernement », souligne-t-il.
Disons qu’au regard de tout ce qui a été constaté sur le terrain, notamment le taux d’exécution du volet PNUD dans la province du Kasaï qui est à zéro pourcent sur 99 ouvrages qui devaient être exécutés, le délai qui était de 6 mois est déjà dépassé, nous pensons que l’Etat doit organiser un audit sur les fonds alloués à ce programme et que les fonds qui ont été reversés au PNUD et au CFEF, les fonds non utilisés, soient récupérés pour redynamiser la Caisse nationale de péréquation qui aura comme priorité de renforcer les services qui sont décentralisés à travers notre pays, mais aussi encadrer le personnel administratif qui n’a pas de formation actuellement.
Les principes de libre administration des provinces non respectés
Après une analyse minutieuse de la mise en œuvre du PDL-145 territoires, CREFDL note que cette politique publique est exécutée au mépris des principes de développement local, même si son importance demeure incontestable. L’approche de gestion centralisée de ce programme viole les principes de libre administration des provinces consacrés par la loi n°08/012 du 31 Juillet 2008 portant principes fondamentaux relatifs à la libre administration des provinces et de l’autonomie de gestion des entités territoriales décentralisées en RDC prévue par la loi organique n°08/016 du 17 Octobre 2008 portant composition, organisation et fonctionnement des ETD et leurs rapports avec l’Etat et les provinces.
Le développement à la base prôné par le Président de la République, ne saurait prendre corps si les bénéficiaires finaux ne participent pas à l’identification des besoins pour la définition des projets, à l’exécution et au suivi-évaluation. Les populations d’un territoire doivent produire du développement selon la manière dont elles se coordonnent et s’organisent ou encore s’inscrivent dans des dynamiques sociales. Les initiatives doivent partir de la base et non être imposées par le pouvoir central.
Repenser le PDL-145 territoires
L’action publique doit être orientée vers l’encadrement et la redynamisation des entités territoriales décentralisées pour renforcer l’administration locale en matière de gestion des projets d’investissements. Toutes les structures ad hoc chargées de la gestion des projets et des marchés publics transférés en provinces et aux ETD devraient disparaître pour donner la chance au développement de la RDC. A travers un cycle budgétaire bien encadré, il est possible de proposer des programmes de développement locaux puis injecter les fonds afin d’obtenir les effets positifs.
Ainsi, les mauvaises pratiques observées dans la mise en œuvre des programmes d’investissements publics devraient être sanctionnées. Elles suscitent des questions sur l’opportunité de développement local réel ou l’utilisation des deniers publics à des fins personnelles.
