Ceux qui meurent à Goma et à Bukavu, ce sont des Congolais et non des Rwandais !
C’est le message à passer aux Wazelendo qui ont des enjeux des Grands Lacs une lecture différentr de celle du régime Udps-Usn, surtout avec tous les Processus enclenchés…
Près de deux millions d’habitants pour les deux villes principales du Nord et du Sud-Kivu sont dans une situation sécuritaire inflammable et une situation sociale précaire. Sécuritaire en ce que chaque jour, on déplore des morts et des blessés attribués aux Rwandais et à leurs supplétifs congolais (Doha a interdit l’usage de certains termes du narratif de Muyaya). En retour, les accusés y engagent la responsabilité de la résistance Wazalendo. Sociale parce que l’argent, en tant que nerf de la vie, n’y circule pas convenablement. Les épargnants sont privés d’accès à leurs comptes ouverts dans des banques commerciales et dans des messageries financières fermées sur décision des autorités nationales. C’est à croire qu’à l’instar des populations congolaises frontalières de l’Ituri livrées au schilling ougandais, du Tanganyika au schilling tanzanien, du Haut-Katanga au kwasa zambien et du Lualaba au kwanza angolais, un esprit « très éveillé » envisagerait de livrer les populations du Nord-Kivu au franc rwandais et du Sud-Kivu au franc burundais. D’ailleurs, en Ituri, les banques congolaises sont délaissées par les Congolais au profit des banques ougandaises. Nous y reviendrons.
Bref, des morts suscitent des morts, des blessés des blessés…
Ainsi, Gomatraciens et Bukaviens sont davantage frappés, eux qui n’ont jamais eu rendez-vous avec la paix pérenne depuis quasiment 1960, mais particulièrement au cours de ces trois dernières décennies.
La responsabilité première incombe évidemment au « pouvoir d’occupation », en l’occurrence l’administration M23-AFC qui se réclame, elle, congolaise.
Pour nous en rendre compte, prenons comme date de référence le 14 mai 2025. Voici près de cinq jours.
Dans sa dépêche du jour intitulée « A Goma, les opérations de bouclage suscitent des doutes », RFI relève que « Les opérations de ‘bouclage’ organisées à Goma et à Saké, dans l’est de la RDC, depuis samedi 10 mai ciblent les quartiers les plus touchés par l’insécurité – notamment ceux qui se trouvent dans le nord et dans l’ouest du chef-lieu de la province du Nord-Kivu – où des dizaines d’assassinats ont été enregistrés ces dernières semaines, ainsi qu’une hausse du nombre de braquages et d’enlèvements ».
Dans la sienne portant le titre « RDC : de nombreuses familles fuient l’insécurité dans le territoire de Nyiragongo pour se réfugier à Goma et Sake », actualite.cd note que « Plusieurs familles des villages Kanzana et Kabale Katambi, situés dans les groupements Mudja et Rusayo, dans le territoire de Nyiragongo (Nord-Kivu), ont entamé un déplacement massif depuis ce lundi 12 mai, fuyant une insécurité persistante. D’après plusieurs sources locales, ces familles se dirigent principalement vers la ville de Goma et la cité de Sake, dans le territoire de Masisi ».
Comme on le voit bien, pendant que les uns fuient l’insécurité à Goma et prennent le chemin de l’intérieur du Nord-Kivu, les autres font le chemin inverse.
Entre-temps, le Gouvernement accuse, dans un communiqué officiel du 15 mai 2025 « les rebelles du M23 d’avoir tué 107 personnes et enlevé plus de 4 000 autres, lors d’opérations de bouclage menées à Goma, du 10 au 13 mai courant ».
A en croire le média en ligne aa.com.tr, « Selon les autorités congolaises, ces civils ont été confondus, à tort, avec des membres des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), des Forces armées congolaises (Fardc) et des Wazalendo, avant d’être embarqués de force dans des camions en direction d’une destination inconnue ».
Bref, des morts suscitent des morts, des blessés des blessés, des pillages des pillages. Cycle infernal…
Phénomène unique sur toute l’étendue du territoire national
Bien entendu, personne de raisonnable ne peut engager illico la responsabilité du Gouvernement privé d’autorité sur Goma et sur Bukavu.
Cependant, le problème commence pour le Gouvernement lorsque la résistance Wazalendo se met, elle-même, à revendiquer ses exploits au travers des raids menés contre les forces d’occupation.
Sur les réseaux sociaux, ils se vantent ouvertement d’avoir mené ici une attaque, là une autre, attaque visant les ennemis en armes, mais souvent non en armes (des civils).
En effet, dans la majorité, les victimes ne sont pas des Rwandais (à ne pas confondre avec les Rwandophones congolais), mais des Congolais. Pour le Nord-Kivu, des Nande, Hunde, Hutu, Tutsi, Nyanga, Tembo, Talinga, Piri, Kumu, M’vuba, Pakombe, Amba, Kusu, Lega et Mbuti (pygmées) ; pour le Sud-Kivu des Bashi, Barega, Bahavu, Bavira, Bafulero, Barundi, Babembe, Banyindu, Banyamulenge, Batwa, Babwari, Babuyu, Batembo.
Espérons n’avoir omis aucune communauté.
Phénomène unique sur toute l’étendue du territoire national : les groupes armés qui écument l’Est s’identifient généralement aux tribus dont ils prétendent assurer la sécurité face à la menace représentée par d’autres communautés. Ce qui n’explique pas la présence, certifiée par le ‘Programme de désarmement, démobilisation, relèvement communautaire et stabilisation » (P-DDRCS), de l’existence de près de 250 groupes armés dont une double centaine rien qu’au Nord et au Sud Kivu, sauf si chaqu’une des tribus en a plusieurs pour assumer sa sécurisation.
Pour rappel, le 18 avril 2023, Tommy Tambwe Ushindi, alors coordonnateur national de ce programme, en avait dénombré 252 pour toute la partie Est du pays.
Ne pas occulter la réalité première du terrain
Au moment où s’annonce le Processus de Lomé sous la facilitation du président togolais Faure E. Gnassingbé (il a échangé les 16 et 17 mai avec les cinq autres co-facilitateurs désignés dans le cadre du sommet conjoint SADC-EAC), le gros morceau pour le rétablissement de la sécurisation pérenne à l’Est n’est pas le déploiement d’Academi (société privée américaine d’Erik Prince née des cendres de Blackwater). Ce n’est pas que non plus accord avec le M23-AFC, voire un accord RDF-M23-AFC.
C’est aussi l’harmonisation des rapports avec les Wazalendo en plus des groupes armés communautaires recensés par le P-DDRCS. Ces Wazalendo capables de mettre en position délicate le Gouvernement avec des initiatives mal calibrées. D’ailleurs, en référence au phénomène Maï-Maï, il y a risque de leur politisation, entendez risque d’atomisation avec des ailes à la Wenge Musica. Cas des ailes Zabulon, Kufuafua, Baraka, Yakutumba, Nyatura, Mazembe, …
Puisse les Processus de Doha et de Washington, perçus en bouées de sauvetage par certains analystes trop optimistes, ne pas occulter la réalité première du terrain : celle des Congolais qui tuent des Congolais en croyant tuer des étrangers.
De façon non consciente ou consciente, ils mettent en difficulté l’Autorité établie. Autorité dont l’unité de mesure, pour les partenaires, est la capacité de contrôler et de maîtriser les siens !
Omer Nsongo die Lema
