Union Sacrée : Le théâtre des ambitions et le spectre des fractures silencieuses en RDC (Par Nico Minga, Économiste, Auteur et Géostratège)
L’Union Sacrée pour la Nation, projet phare du Président Félix Tshisekedi, devait incarner une dynamique nouvelle pour redresser la République Démocratique du Congo. Une coalition large, un front uni au service de la nation, un souffle de réformes et de gouvernance responsable. Pourtant, derrière cette belle façade d’unité, se cachent des tensions, des rivalités larvées et des fractures silencieuses qui menacent de miner le socle même de cette majorité. La politique congolaise, fidèle à sa tradition d’instabilité chronique, reste piégée par l’absence d’une véritable culture d’État, l’opportunisme des élites et la quête effrénée de positions individuelles, souvent au détriment d’un agenda national structuré.
L’histoire politique de la RDC, de l’Union Sacrée de l’Opposition Radicale (USOR) aux Forces Politiques et Sociales de la Résistance Patriotique (FPSRP), du Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD) à l’Alliance de la Majorité Présidentielle (AMP), en passant par le Front Commun pour le Congo (FCC) et le Cap pour le Changement (CACH), témoigne de cette constante : les coalitions en RDC sont des mariages de raison, rarement des partenariats stratégiques durables. Leur fragilité découle d’une loyauté éphémère, d’un système où le partage du pouvoir prime sur l’intérêt général, et où chaque alliance finit par imploser sous le poids des ambitions personnelles.
Dans cette Union Sacrée, les luttes actuelles traduisent un consensus trop souvent de façade et une compétition acharnée pour les postes, au détriment d’un projet collectif. Ministères, directions générales, entreprises publiques, mandats électifs : tout devient un champ de bataille pour des intérêts privés. Le modèle politique congolais reste enfermé dans une logique clientéliste où l’accès au pouvoir est perçu comme un tremplin pour l’enrichissement, non comme une mission au service du bien commun. Comme le souligne pertinemment le politologue Jean Omasombo : « La politique en RDC est d’abord une économie de la distribution, où le leadership est jugé à l’aune de ce qu’il redistribue à son réseau, et non à sa capacité à produire des résultats systémiques pour le pays ».
Pire encore, ce climat empoisonné se traduit par la mise au ban de ceux qui osent innover et produire des résultats tangibles. Les ministres ou mandataires qui se distinguent par leur engagement et leur efficacité deviennent souvent des cibles à abattre, pris dans le collimateur d’un système mafieux et prédateur qui gangrène l’État et hypothèque l’avenir de ce pays aux potentialités immenses. Ces tensions internes – campagnes de diabolisation, procès d’intention, poursuites orientées – affaiblissent inévitablement le leadership du Chef de l’État, détournent l’attention des priorités stratégiques telles que la sécurité à l’Est, la réforme économique, la valorisation des ressources et la diversification productive, et offrent un terrain fertile aux forces extérieures qui exploitent ces divisions pour maintenir la RDC dans un état de dépendance.
L’urgence est claire : restaurer une culture politique fondée sur l’intérêt général, bâtir un leadership éclairé et audacieux, capable de transcender les intérêts immédiats et d’inscrire l’action politique dans le temps long. La RDC a besoin d’une Union Sacrée réformée, non comme un cartel de partage d’avantages, mais comme un cadre stratégique de reconstruction nationale. Cela exige une éducation politique des élites, des mécanismes transparents de gestion des conflits au sein des coalitions, et un agenda patriotique centré sur la défense des intérêts supérieurs de la nation. À défaut, l’Union Sacrée ne sera qu’un mirage de plus dans le désert des illusions politiques congolaises. Et, comme souvent, c’est le peuple qui en paiera le prix.
