CAN Féminine 2024 / RD Congo : Le discours de la méthode de Hervé Happy
Hervé Happy est le nouveau sélectionneur des Léopards Dames. Le tacticien revendique un style de management à trois têtes, mêlant autorité, posture paternelle et capacité d’écoute. Il a sillonné les terrains d’Afrique et d’Europe pour bâtir un groupe équilibré.
Quand Hervé Happy parle football, il ne se contente pas d’enchaîner les mots. Il construit. Le nouveau sélectionneur de la République Démocratique du Congo porte un nom qui sonne comme une promesse, mais chez lui, ni la chance ni l’euphorie ne dictent le tempo. « Il faut de la rigueur, de l’humilité et du tempérament », insiste-t-il.
À 47 ans, Happy connaît le poids des responsabilités. Un appel venu de Kinshasa a tout déclenché : une proposition claire, ambitieuse — prendre en main la sélection féminine de RDC à quelques semaines seulement de la Coupe d’Afrique des Nations Féminine CAF TotalEnergues, Maroc 2025, prévue au Maroc du 5 au 26 juillet. Le technicien d’origine camerounaise n’a pas hésité. « C’est un honneur, mais surtout une mission », souffle-t-il, avec un calme qui tranche avec l’urgence du moment.
Homme de terrain, mais aussi d’analyse, il n’arrive pas en terre inconnue. Conseiller technique de la Fédération française de football, détaché plusieurs années à la Ligue de Paris, il a piloté des projets de détection et de formation de jeunes talents. Sa méthode, fondée sur l’exigence et la transmission, lui a valu l’estime des structures techniques de la FFF. Et sur le continent africain, il a déjà collaboré avec plusieurs fédérations en tant que consultant et formateur.
Cette double expérience — africaine et européenne — façonne un profil rare. La RDC n’a pas recruté un nom clinquant, elle a fait le pari d’un bâtisseur.
Pour construire une équipe solide à la CAN, Happy n’a pas attendu. Il s’est plongé dans les vidéos, a lancé des détections en Europe, conduit un premier stage en Tanzanie, multiplié les repérages à Lubumbashi. Le chantier est vaste, mais la direction est claire. Et dans un groupe relevé — Maroc, Zambie, Sénégal —, il ne cherche pas d’excuses. Il cherche des solutions.
À l’approche du tournoi, Hervé Happy pose méthodiquement les fondations. Entretien avec un homme de principes, de projet et d’ambition.
CAFOnline.com : Quel a été votre premier réflexe quand la FECOFA vous a contacté pour diriger les Léopards Dames ?
C’est toujours un grand plaisir. Diriger une sélection nationale, c’est un honneur. Et pour un entraîneur dans le football féminin, c’est un challenge très intéressant. Il faut construire, transmettre, faire progresser. C’est ce qui me motive.
Comment définiriez-vous votre style de management ?
Je dirais qu’il est hybride. Il faut savoir être autoritaire, participer quand il faut et parfois avoir une approche plus paternelle. J’ai deux grandes filles, donc je sais ce que c’est que d’être à la fois exigeant et à l’écoute. Il faut marier ces trois styles au bon moment.
Vos premières impressions lors du rassemblement en Tanzanie ?
Le groupe, je le connaissais déjà. J’avais vu pas mal de joueuses en Europe, j’ai visionné beaucoup de leurs matches. Mais c’est toujours mieux de les avoir en stage, en visuel direct. Là, on voit les attitudes, l’esprit, les dynamiques de groupe. C’est très enrichissant.
Quel discours avez-vous tenu lors de votre première prise de contact ?
Je leur ai dit que c’était une joie d’être là, de jouer au foot. C’est un plaisir avant tout. Ensuite, il y a une compétition, certes, mais je veux qu’elles abordent chaque séance avec envie. Ce premier stage, et le suivant, servent à observer tout le monde. On sortira ensuite une liste de 21 joueuses et 3 gardiennes pour la CAN.
Ce stage a eu donc une vocation plus de détection que de préparation ?
Exactement. Même si ce sont des matches amicaux internationaux, pour moi c’est avant tout un outil d’observation. Il y a des joueuses qu’on n’a pas encore pu voir. Un tournoi se joue à Lubumbashi, je vais m’y rendre aussi. Le vivier est large, la tâche est grande.
La RDC est dans un groupe difficile avec le Maroc, la Zambie et le Sénégal. Votre lecture ?
Quand une équipe est qualifiée pour une CAN, c’est qu’elle est bonne. Donc je prends chaque adversaire très au sérieux. Le Maroc joue à domicile, la Zambie est toujours difficile à manœuvrer, le Sénégal progresse très bien. On se prépare match après match, avec rigueur.
Quelles sont les trois valeurs que vous voulez absolument transmettre à ce groupe ?
La rigueur d’abord, dans le comportement, sur et en dehors du terrain. Ensuite, l’humilité, toujours. Et enfin, le tempérament. Il faut du caractère pour renverser des situations. On l’a vu chez les garçons en Ligue des champions : c’est souvent l’envie qui fait la différence.
Que diriez-vous à une jeune fille congolaise qui tape dans un ballon à Kinshasa ou Goma ?
Je lui dirais de continuer à taper dans le ballon ! Mais aussi de s’inscrire dans un club. Le football doit d’abord être un plaisir. Chez les petits, on ne parle pas de compétition. Il faut découvrir le jeu, jouer librement. Laissons-les s’amuser, sans pression. Hier soir encore, on est passés près d’une plage, il y avait des jeunes qui jouaient au beach soccer. C’est ce genre de foot un peu sauvage qui apprend aussi énormément.
