Le rétropédalage d’un Bureau qui discrédite le CSAC !
En l’espace d’une semaine (2 et 9 juin 2025), le CSAC a publié un acte et une recommandation sur le même sujet. Le premier porte les références n°006/B/06/025. Il a été adopté par 5 membres du Bureau. La recommandation porte, elle, les références n°001/AP/06/025 du 9 juin 2025.
La différence entre le premier et la seconde tient dans la nature des organes statutaires. Pour l’acte, la décision est du Bureau (006/B). Pour la recommandation, la décision est de l’assemblée plénière (001/AP). Elle a été adoptée par 10 des 14 membres constituant pour l’instant, selon l’article 33, l’assemblée plénière suivie du Bureau, des Commissions permanentes et des Coordinations provinciales.
Aux termes de l’article 34, l’assemblée plénière est reconnue comme l’organe de décision du Conseil. En plus d’être « compétente pour statuer sur toutes les questions relatives aux missions du Conseil » (selon l’article 38) cette assemblée, aux termes de l’article 39, «ne siège valablement qu’à la majorité des membres qui la composent » et « prend ses décisions que si les deux tiers de ses membres sont présents ». Ce qui revient à dire que si la recommandation du 9 juin s’est conformée aux textes régissant le CSAC, l’acte du 2 juin de l’a pas été d’autant plus que le Bureau a décidé sur une matière qui ne relève pas de sa compétence…
Laissé toucher à ce qu’ils ont de sacré : La liberté de la presse
Comment alors les médias – sans lesquels le CSAC est réellement une coquille vide – n’ont pas été en mesure de défendre leur profession par rapport à ce qui touche à leur existence même en tant que corps de métier? Comment ont-ils laissé un Bureau présidé par compatriote qui n’est pas de la profession et qui n’en vit pas, toucher à ce qu’ils ont de sacré : la liberté de la presse consacrée du reste dans la Constitution à l’article 24, alinéa 2 ?
En effet, le premier acte n’a été adopté que par cinq membres, tous du Bureau : Christian Bosembe Lokando (président), Bruno Mboliko Mbolison (vice-président), Oscar Kabamba Kasongo (rapporteur), Serge Ndjibu Ngoy (rapporteur adjoint) et Haddou Luyeye Kundomba (questeur).
Quant à la recommandation, elle l’a été par dix membres : Christian Bosembe Lokando (président), Bruno Mboliko Mbolison (vice-président), Oscar Kabamba Kasongo (rapporteur), Serge Ndjibu Ngoy (rapporteur adjoint) en plus de David Stève Diatezwa Mpongi, Jean-Pierre Eale Ikabe, Serge Kabongo Ngomele, Chantal Kanyimbo Manyonga, Adelin Mboma Mangwanda et Alain Nkoy Nsasies (tous membres).
Rien d’un incident de parcours
Ainsi, lorsque le 3 juin 2025, intervenant sur Top Congo Fm, il brave la Constitution, la loi portant organisation et fonctionnement du CSAC et le règlement intérieur de cette institution, Christian Bosembe a conscience d’agir en violation de la loi. Mais, le lendemain, quand il prend la mesure du tollé général suscité par la décision annoncée la veille, il tempère son optimisme avant de le réduire en lambeaux lors de la plénière du 6 juin 2025 de l’Assemblée nationale. Le 9 juin 2025, il agit conformément à la loi.
Pour rappel, l’acte n°006 du 2 juin porte « suspension a titre conservatoire de la médiatisation du parti politique PPRD et de ses membres pour une durée de 90 jours sur toute l’étendue de la République Démocratique du Congo ».
Par contre, la recommandation n°001 est « relative à la situation sécuritaire dans l’Est de la République Démocratique du Congo à travers les médias ».
Dans cette recommandation, il y a des injonctions données aux médias («faire montre de professionnalisme en s’abstenant de diffuser ou publier des articles tendant à démoraliser les Forces Armées de la RDC engagées à la défense des frontières du pays», « s’interdire de diffuser, publier et relayer les activités des agresseurs et leurs supplétifs» et «ne diffuser que des informations vérifiées auprès des sources indiquées sur la situation des zones en conflit dans l’Est de la République Démocratique du Congo ».
Les acteurs politiques et sociaux « intervenant dans les médias » sont priés, eux, « De s’abstenir de toutes déclarations, attitudes et comportements qui porteraient atteinte à l’unité, à la cohésion et à la sécurité nationale ».
Pourtant, c’est le même jour (9 juin) que Jean-Pierre Bemba va lâcher sur Top Congo Fm ses « obus ». Ce qui fera dire à Achille Kadima d’AfricaNews : « Bemba bousille les efforts de Tshisekedi », à Jonas Kota de Congo Guardian « Jean-Pierre Bemba flingue les efforts de Félix Tshisekedi ! », à Faustin Kwediesala d’EcoNews « Bemba enterre le ‘camp de la patrie’ de Fayulu », à Cyrille Kileba de « The Post » « Coup tordu de Bemba » pour ne citer que ces tabloïds, d’autres ayant décidé d’ignorer carrément cette prestation (Le Potentiel et La Prospérité) dans leur livraison du mardi 10 et du mercredi 11 juin.
Pourquoi le Bureau Christian Bosembe a-t-il violé la loi le 2 juin pour rétropédaler le 9 juin via l’assemblée plénière ? Aurait-il été « poussé » à la bravade par plus fort (e) que lui ? Si oui, qui ? Evidemment, rien ne l’oblige de dire la vérité. Constatons seulement qu’il assume.
Cependant, la préoccupation primordiale concerne la profession elle-même. S’ils ne peuvent pas en défendre âprement le fondement, les professionnels des médias membres comme non-membres du CSAC envoient par leur silence un message non rassurant au corps enseignant et aux étudiants en journalisme, de même qu’aux journalistes employés et aux journalistes indépendants catastrophés.
Déjà, la majorité des ONG de défense de la liberté de la presse en RDC ont fait profil bas, si bien qu’elles auront désormais du mal à faire valoir leur « combat » dans des tribunes consacrées à la liberté de la presse.
Il y a pire en ce que les décisions prises par le CSAC les 2 et le 9 juin 2025 n’ont rien d’un incident de parcours, comme d’aucuns seraient tentés de le croire. La liberté de la presse est touchée dans ce qu’elle a de sacré, surtout quand l’abus provient d’une institution d’appui à la démocratie, entendez une institution ayant pour responsabilité de démontrer et de justifier à la face du monde que le pays est réellement la République Démocratique du Congo.
Pendant la lecture du Rapport général soumis à leur appréciation le 6 juin 2025, les députés nationaux ont entendu de choses inimaginables : émoluments et frais de fonctionnement irrégulièrement versés, logistique promise non livrée, difficultés d’assurer le monitoring, etc.
Si un régime prônant la démocratie ne procure pas au CSAC les moyens de fonctionner, la réaction raisonnable n’est pas d’assassiner, au propre ou au figuré, la liberté de la presse, source de vie pour les professionnels des médias. La réaction raisonnable est de rendre le tablier !
Curieusement, sous le leadership du Bureau Christian Bosembe, le CSAC a choisi de se faire Hara-Kiri !
Omer Nsongo die Lema
