Kinshasa sous les eaux : quand les alertes deviennent des cris ignorés

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Il était environ deux heures du matin, dans la nuit de vendredi à samedi, lorsque la pluie s’est abattue avec une rare violence sur Kinshasa. Ce qui aurait pu être une simple nuit de saison pluvieuse s’est transformé en cauchemar pour de nombreux habitants de la capitale congolaise. Inondations, débordements des rivières Kalamu et N’djili, maisons submergées, routes impraticables, familles déplacées – un tableau sombre et tristement familier.

Pourtant, cette catastrophe n’était pas imprévisible. Il y a un mois, Malick Muamba Tshibangu, cadre au Ministère de l’Environnement, lançait une alerte publique sur la poursuite des fortes pluies et le risque élevé de débordements fluviaux dans plusieurs communes de Kinshasa. Il appelait à la vigilance et surtout à des mesures préventives urgentes. Mais son message, relayé par quelques médias, n’avait pas trouvé d’écho suffisant au sein de l’appareil décisionnel.

Pire encore, au lieu de mobiliser des ressources, son avertissement a suscité des contradictions. Plusieurs voix internes aux structures météorologiques ont tenté de minimiser la menace, avançant des prévisions peu alarmistes et parfois contradictoires. Convaincu par ses analyses et des données plus fiables, M. Muamba Tshibangu a contesté ces discours, s’attirant critiques et incompréhensions.

Aujourd’hui, la réalité est implacable. La pluie est tombée, violente et destructrice. Les rivières annoncées en crue ont bien débordé. Les populations ont subi ce qui pouvait être évité.

Alors, combien de catastrophes faudra-t-il encore avant que les responsables politiques prennent au sérieux les alertes des experts et des techniciens ? Devra-t-on toujours attendre qu’un quartier s’effondre ou qu’une famille se noie pour que les mots « prévention » et « planification » réapparaissent dans les discours officiels ?

Cette tragédie met en lumière des failles profondes : un déficit de coordination entre institutions, un manque d’investissement dans des systèmes d’alerte modernes, et une méfiance persistante envers les voix expertes. Elle révèle également une culture de réaction plutôt qu’une culture d’anticipation, une approche que Kinshasa ne peut plus se permettre.

Nous saluons ici le courage d’un responsable qui, malgré les pressions et les contradictions, a tenté de faire entendre une vérité dérangeante. Il est impératif que ces voix cessent d’être marginalisées et qu’elles soient enfin écoutées, soutenues et intégrées aux décisions de gouvernance environnementale et urbaine.

Kinshasa n’a pas besoin de paroles rassurantes. Elle a besoin de décisions responsables et d’actions concrètes. Car la pluie reviendra. Et avec elle, le risque de revivre, encore une fois, l’histoire d’une alerte ignorée.

Pourquoi des pluies violentes peuvent survenir en saison sèche ?

La survenue de fortes précipitations pendant la saison sèche, bien que peu fréquente, s’explique par plusieurs mécanismes scientifiques :

Variabilité climatique : Des phénomènes tels que la migration anormale de la Zone de Convergence Intertropicale (ZCIT) ou les effets d’El Niño/La Niña peuvent entraîner des précipitations hors saison.

Changement climatique global : Le réchauffement planétaire augmente l’instabilité atmosphérique, favorisant des épisodes de pluies intenses même en période habituellement sèche.

Microclimat urbain : Dans les grandes agglomérations, l’îlot de chaleur urbain peut générer localement des cellules convectives responsables d’orages soudains et violents.

Urbanisation non contrôlée : L’imperméabilisation des sols, le manque de drainage efficace et l’occupation des zones vulnérables aggravent les impacts de ces événements.

Conclusion : Ces précipitations exceptionnelles en saison sèche ne sont pas uniquement d’origine météorologique, mais résultent aussi de la pression humaine sur l’environnement et de la vulnérabilité des territoires urbanisés.

Par Didier Mbongomingi

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