Alerte : depuis 1979, l’Etat a ruiné 2 fois l’épargne du peuple ! Faut-il une 3ème fois pour faire complet ?

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En 1979, c’était avec la démonétisation. Entre 1990 et 1997 la thésaurisation de la monnaie, la création des zones monétaires parallèles et la contrefaçon. Et maintenant, avec la privation des ressortissants de Goma et de Bukavu d’accéder à leurs propres comptes dans des banques commerciales et des messageries financières ! TÉMOIGNAGE

Escroquerie d’Etat

25 Décembre 1979. Le maréchal Mobutu annonce à partir de Gbadolite la démonétisation des coupures de 5 et de 10 zaïres. Délai prévu pour cette opération : 7 jours. C’est-à-dire jusqu’au 31 décembre. La nouvelle me surprend, moi Omer Nsongo die Lema, au village maternel, à Mbanza-Matadi, à plus d’une cinquantaine de km de Kwilu-Ngongo, le 30 décembre autour de 14h00, la veille même de la clôture de l’opération. Or, à cette heure-là, le village est presque vide puisque tous les adultes sont dans des champs. C’est ce jour-là que j’entendis pour la première fois le tam-tam sonner en guise d’alerte. En moins de deux heures, la nouvelle était connue du patelin et je vais assister à une scène que j’étais loin d’imaginer : des vieilles valises en bois sortent des cases et répandent leur contenu à même le sol : des économies de toute une vie livrées en pâture à la curiosité ! , Des secrets sont éventés. Nous avons le réflexe de dresser une liste indiquant les noms des donneurs et les montants perçus.

Autour de 17h00, une délégation d’hommes forts se rend à la Sucrière de Kwilu-Ngongo en empruntant des raccourcis (sentiers). J’en fais partie et, bien entendu, je mets l’équipe en retard, en bon kinois incapable de tenir le rythme de la course à pied. Mes yeux ne parviennent pas à repérer les sentiers peu éclairés par la lune. De temps à autre, je me perds dans le buisson. Arrivés sur place aux petites heures du matin totalement lessivés, nous sommes dirigés vers le « bureau de change » aménagé dans le complexe administratif de la société incarnant la « Gécamines » du lieu. Tout ce qu’on fera des billets rapportés, c’est l’estampillage.

La suite se devine : nous rentrons avec nos billets pour attendre le rappel. Un rappel qui ne viendra jamais. De Gbadolite où il était, le maréchal ne saura pas qu’avec sa démonétisation improvisée, il venait de ruiner les économies de toute une vie, constituées au fil des années par des villageois dont il ne se préoccupait même pas du sort. Je nous épargne des drames vécus dans mon bled. Je relève seulement que près de trois semaines durant, on n’aura au village ni sel, ni sucre, ni allumettes, ni pétrole, ni savon ! Pendant trois semaines, c’est ma vieille grand-mère, Marie Luzolo, qui va entretenir avec sa pipe le feu pour tout le village. Toute la nuit, elle veillait sur le brasier allumé dans sa case. Le matin, chacun y passait en recueillir des braises pour sa propre cuisine. Et Marie Luzolo en prenait une qu’elle plaçait dans sa pipe, s’organisant de façon à la garder allumée sur son parcours jusqu’aux champs où elle avait un autre brasier. Avant de rentrer au village, elle refaisait le même exercice avec sa pipe. Une fois dans sa case, elle rallumait le premier brasier, et tout le village attendait pour en recueillir des braises. Oui, c’était cela, le cadeau de Noël et de Nouvel An de Mobutu à ses citoyens…

Ça devrait être ainsi, voire pire à l’échelle nationale, dans tous les coins et recoins du Zaïre profond pris au dépourvu, à une époque où on n’avait pas de moyens de communication rapide. Pendant mes deux mois de vacances, c’est une fois par semaine qu’on recevait du courrier en provenance de Kinshasa, pourtant à moins de 300 km.

Tout ce qu’on peut retenir de cet épisode est qu’il fut une grosse escroquerie de l’Etat.

 

ESCROQUERIE POLITIQUE

 

Entre 1990 et 1997, il y a eu au pays une période d’agitation politique appelée «Transition démocratique». Elle avait été rendue conflictuelle par Mobutu et Etienne Tshisekedi, prisonniers de leur égo. Cette période s’était caractérisée par les pillages du tissu économique et social, la rupture de la coopération structurelle, mais surtout l’usage de l’ arme monétaire. Celle-ci se matérialisait par la thésaurisation de la monnaie, la création des zones monétaires parallèles, le recours systématique à la planche à billets et à la contrefaçon, le tout pour imposer une dépréciation continue de la monnaie et entretenir les effets inflationnistes. Il se raconte même que certains diamantaires venaient rafler à Kinshasa auprès des cambistes toutes les coupures monétaires neuves à valeur faciale élevée émises par la Banque centrale, de façon à empêcher le gouvernement de réaliser tout programme de stabilisation de la monnaie, d’une part, et des prix des produits de première nécessité, de l’autre. C’est à cette époque qu’apparut l’expression «vivre au taux du jour». En une journée, le taux de change pouvait varier deux à trois fois, les prix sur le marché autant.

On se souvient qu’au lancement du franc congolais en 1998, il s’était produit au pays une scène rocambolesque. Au Kasaï, particulièrement, on déterrait des fûts contenant des «briques» (liasses sous cellophane) abîmées du fait de l’humidité. De l’argent rendu non consommable.

Heureusement qu’au lancement du Franc congolais en 1998, Mzee Laurent-Désiré avait autorisé l’échange des nouvelles coupures avec les anciennes en contrepartie d’une réduction légère.

On peut à ce jour l’affirmer : l’arme monétaire utilisée dans le combat politique est pour beaucoup dans la paupérisation des compatriotes Kasaïens, particulièrement ceux qui opéraient dans l’exploitation artisanale du diamant. Là, c’était la grosse escroquerie politique.

Jamais deux sans trois ?

Aujourd’hui, en raison de l’agression rwandaise et de la désormais rébellion AFC-M23, on assiste à la privation de la population de Goma et de Bukavu de son droit à accéder à son épargne.

Certes, la décision prise par l’Etat peut s’expliquer : empêcher les agresseurs et les rebelles de se servir de cet argent.

Il y a toutefois un mais en ce que cet argent n’appartient pas à l’Etat. Il appartient aux privés. Il est couvert du reste par l’article 34 de la Constitution selon lequel ‘La propriété privée est sacrée. L’État garantit le droit à la propriété individuelle ou collective acquis conformément à la loi ou à la coutume. Il encourage et veille à la sécurité des investissements privés, nationaux et étrangers. Nul ne peut être privé de sa propriété que pour cause d’utilité publique et moyennant une juste et préalable indemnité octroyée dans les conditions fixées par la loi. Nul ne peut être saisi en ses biens qu’en vertu d’une décision prise par une autorité judiciaire compétente ». Parmi les biens figure l’épargne.

Priver les épargnants de leurs avoirs en temps de paix ou en temps de guerre doit nécessiter des dispositions compensatoires.

Au Gouvernement de savoir résoudre ce problème devenu la priorité des priorités pour les Kivutiens, ravalant au second plan la sécurité.

Ce cas me ramène, moi Omer Nsongo die Lema, à un séjour de 4 mois à Bunia en 2018. Des banquiers rencontrés sur place, j’avais appris cette information troublante : de retour de Mongbwalu, les exploitants d’or préféraient loger leurs fonds dans des banques commerciales ougandaises que dans les agences congolaises locales. Ils prétextaient tous des raisons sécuritaires.

Déjà, dans des territoires de l’Ituri frontaliers de ce pays, on utilise le schilling ougandais plus que le franc congolais. Normal : à Bunia, presque tous les produits de consommation courante proviennent de l’autre côté de la frontière : eau minérale en bouteille, mouchoir en papier, allumette, pile de radio, lame de rasoir, savon, lotion, dentifrice…

Même cas dans la province voisine du Nord-Kivu où plusieurs territoires frontaliers avec l’Ouganda ont pour monnaie courante le même schilling.

Jusque-là, les Gomatraciens et les Bukaviens font preuve de résilience en refusant le franc rwandais. Reste à savoir jusque quand, jusqu’où ! Car privés de leurs propres épargnes en franc congolais ou en dollars, ils risquent, à leur corps défendant, de céder à la pression et se mettre à utiliser la monnaie rwandaise, s’ils ne le font pas déjà.

Le plus dur est pour l’avenir : contraindre les Gomatraciens et les Bukaviens à s’inspirer du modus operandi des compatriotes de Bunia en ouvrant des comptes dans des banques rwandaises, question de sécuriser leurs épargnes !

Pour terminer, il est bon de rappeler que dans toutes les contrées frontalières avec les neuf voisins, seules les villes de Goma et de Bukavu font de la résistance. Dans le Grand Equateur, la consommation du CFA est courante, de même que dans l’ex-Léopoldville, province comprenant Kinshasa, le Kongo Central, le Kwango et le Kwilu). Dans le Grand Katanga, est courante la consommation du schilling tanzanien, du kwacha zambien et du kwanza angolais. Dans l’Orientale, on consomme sans problème le CFA et la livre soudanaise. Tandis que dans le Grand Kasaï, le kwanza angolais est une monnaie courante.

Finalement, le franc congolais n’a pas de force devant l' »agression » et le « terrorisme » des monnaies des voisins.

Va-t-on se résigner au « Jamais deux sans trois », au nom d’une prétendue fatalité ?

Retenons que dans l’utilisation de l’arme monétaire dans le combat politique, ne sont pas reprises ici des initiatives toutes aussi ruineuses que sont l’émission des coupures monétaires à valeur faciale élevée (« Dona Beija »), leur démonétisation spectaculaire sans réunion du Gouvernement, la réforme monétaire de Faustin Birindwa avec le nouveau zaïre, les opérations financières du genre Bindo et Madova, etc. et, dernièrement, la taxe RAM.

Félix Tshisekedi n’a rien à gagner en rééditant les exploits de Mobutu et d’Etienne Tshisekedi dans la destruction de l’épargne privée. Les leaders du Nord-Kivu et du Sud-Kivu membres de l’Usn en sont conscients, même s’ils s’interdisent de l’exprimer publiquement. Ils savent que lorsque la sueur et les larmes des victimes crient vengeance, c’est traditionnellement bon pour la communauté, mais jamais pour la gouvernance institutionnelle !

Omer Nsongo die Lema

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