Congo- Brazzaville : Quand la voix du pays se cherche ailleurs
Dans un monde où la communication est essentielle pour l’image d’un pays, la récente mission en France du ministre congolais de la Communication, Thierry Moungala, soulève de nombreuses interrogations. Son déplacement vers les médias français tels que France 24, RFI, TV5 et Télé Sud pour défendre les intérêts du Congo-Brazzaville semble traduire un désarroi face à la situation médiatique de son propre pays. Alors que le Congo dispose de ses propres plateformes d’information et d’une structure nationale de communication, pourquoi cette démarche vers l’étranger ?
Un manque de confiance envers les médias nationaux
Le choix de Thierry Moungala de se tourner vers des médias internationaux pour exposer la position du gouvernement congolais sur des sujets sensibles, comme l’interdiction de visas aux Congolais par l’administration Trump ou l’annulation des concessions au Rwanda, peut sembler être une trahison envers les journalistes congolais. En effet, les Quinzaine du gouvernement, animées régulièrement en présence de ces mêmes journalistes, craquent sous le poids de l’hypocrisie. Pourquoi faire le tour des chaînes françaises pour expliquer des décisions qui devraient être clairement articulées par les médias nationaux ? Cela revient à sous-estimer le travail acharné de ces professionnels, qui, jour après jour, s’efforcent d’informer la population.
Une réalité médiatique déplorable

À y regarder de plus près, le Centre national de radio et de télévision du Congo (CNRTC), inauguré en grande pompe en 2009 par le Président Denis Sassou N’Guesso pour un budget de 7,5 milliards de FCFA, est aujourd’hui dans un état déplorable. Le manque de matériel, l’absence de véhicules pour le reportage et une direction qui peine à gérer efficacement cette institution, mettent en avant un contraste saisissant avec les ambitions affichées. Dans ce contexte, il est aberrant de voir des fonds publics alloués à des missions à l’étranger alors que le besoin pressant de rénover les studios, les plateaux de JT et le parc automobile est criant. Rendre hommage à l’expertise locale serait sans doute plus judicieux que de se vautrer devant les caméras européennes.
La question de l’utilité publique
Alors, où va la République du Congo lorsqu’elle envoie son ministre à l’étranger pour défendre sa voix ? À quoi sert la Quinzaine du gouvernement si elle ne reflète pas la réalité de notre situation et si nos autorités cherchent une légitimité médiatique ailleurs ? Ce choix de privilégier les médias français, souvent perçus comme des « tribunaux » dans leurs analyses, heurte les valeurs d’un pays qui devrait affirmer sa souveraineté et sa voix à travers ses propres canaux de communication.
Conclusion : Un appel à la réflexion
Thierry Moungala et son équipe doivent réfléchir à la portée de leurs actions et à leur impact sur les professionnels des médias congolais. Loin de renforcer la dignité du pays sur la scène internationale, cette stratégie pourrait bien être perçue comme une insulte à ceux qui luttent quotidiennement pour faire entendre la voix du Congo. Au lieu de reléguer ces journalistes au second plan, les autorités congolaises devraient investir dans leurs capacités et respecter le rôle fondamental qu’ils jouent dans la société. Il est temps de repenser notre approche médiatique et de donner aux Congolais les moyens d’être les premiers porte-parole de leur pays.
Par Roch Bouka, correspondant à Brazzaville
