Félix Tshisekedi et Massad Boulos : déjà en divergences de vues à propos du dialogue de Doha ?

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Le débat en cours suscité par l’Accord (cadre) de Washington est tellement houleux que les acteurs majeurs directement concernés doivent avoir un langage rassurant… Dans son interview parue dans Jeune Afrique le 3 juillet dernier, le conseiller spécial de Donal Trump est formel. «Nous soutenons pleinement le dialogue interne en cours. Dès le début, nous avons parlé avec le gouvernement congolais de la question des réformes internes. Le président Trump lui-même l’a fait», déclare-t-il. Or, dans son allocution du 30 juin 2025, Félix Tshisekedi perçoit dans Doha un processus plutôt diplomatique que politique…

Il s’en tient au processus diplomatique en deux temps et en deux endroits

Au demeurant, dans cette allocution, il se prononce deux fois sur ce processus. D’abord dans la présentation des civilités. Il dit à ce sujet : «Nos remerciements les plus sincères vont au Président Donald J. Trump pour son implication personnelle dans ce processus de pacification porteur d’espérance. Son leadership a permis de réunir les parties autour d’une vision commune. J’adresse également mes vifs remerciements à l’État du Qatar pour ses bons offices, et particulièrement au Sheikh Tamim ben Hamad Al Thani dont la médiation discrète et efficace a contribué à rapprocher les positions et d’ouvrir un dialogue sincère entre notre pays et le Rwanda». Ensuite dans la perception de cet enjeu. «Ce processus diplomatique s’articule également avec les discussions en cours à Doha, au Qatar. Notre ambition reste sans équivoque : rétablir pleinement l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national et œuvrer à l’instauration d’une paix réelle, durable et partagée dans toute la sous-région».

C’est clair et net : Félix Tshisekedi s’en tient au Processus diplomatique en deux temps et deux endroits : Washington et Doha pendant que d’autres protagonistes voient en Doha un Processus exclusivement politique.

Pas un mot sur le processus politique de Doha

Comme pour se faire bien entendre et comprendre de ceux qui veulent bien l’entendre et comprendre au sujet du Dialogue politique, il se limite à évoquer le rapprochement opéré avec Martin Fayulu. Voici, in extenso, ce qu’il en dit dans l’introduction de sa pensée : «Il est temps de transcender nos clivages, de rejeter les discours de haine et les manipulations, et de faire de notre diversité une force, non une fracture. Notre unité n’est pas une option : elle est une condition de survie», avant d’ajouter : «C’est dans cet esprit de responsabilité et de dépassement de soi que j’ai tenu, il y a quelques semaines, une rencontre franche et républicaine avec Monsieur Martin Fayulu, l’un des leaders de l’opposition. Ce geste, que beaucoup n’auraient osé imaginer depuis les élections de 2018, témoigne d’une volonté partagée de placer l’intérêt supérieur de la nation au-dessus des querelles partisanes. Cette rencontre marque une étape importante vers une politique de réconciliation, d’écoute mutuelle et de respect réciproque. Elle donne surtout corps à l’exigence du peuple congolais : celle d’une classe dirigeante capable de s’unir au moment le plus critique, d’agir avec maturité, et de servir, ensemble, la grandeur de la République».

Bref, il envoie paître tous ceux qui espèrent l’amener à Doha ou à Nkamba

Dans le paragraphe suivant, Félix Tshisekedi fait plutôt état des défis sociaux auxquels le pays est actuellement confronté, outre la sécurité, à savoir : congestion urbaine et embouteillages consécutifs au manque de discipline, à l’urbanisation désordonnée et à l’insuffisance des transports en commun ; inondations survenues à Kalemie, à Kasangalu et à Kinshasa ; naufrages à Mbandaka ; accès difficile à l’eau potable, aux soins de santé et à l’éducation à Tshikapa, à Kolwezi, à Likasi, à Kananga ou à Kikwit. C’est tout. «Aussi, je vous appelle à un sursaut patriotique, à une responsabilité individuelle qui fera de notre pays un modèle de stabilité et de progrès», affirme-t-il.

De l’initiative du Pacte Social de la synergie CENCO-ECC dont Martin Fayulu s’est fait l’avocat auprès de lui, pas un mot. C’est comme s’il signifiait à ce dernier qu’il a le choix entre le rejoindre seul ou rester avec ses «pères spirituels». Après tout, il a déjà trouvé chaussure à son pied en la personne d’Adolphe Muzito. Les deux « présidentiables » ressortissants de l’Ouest. Fatshi semblerait être dans le schéma de renvoyer le ballon présidentiel de ce côté-ci que de ce côté-là !

Pas un mot non plus – et là c’est extrêmement grave – des consultations présidentielles organisées du 24 mars au 8 avril 2025 sous la supervision de son Conseiller spécial en matière de sécurité Kolongele Eberande. Pourtant, l’objectif était la formation du Gouvernement d’union nationale symbolisant la cohésion nationale. Vraisemblablement, Félix Tshisekedi n’y croit plus, si seulement il y avait cru au départ.

Bref, il envoie paître tous ceux qui espèrent l’amener à Doha ou peut-être à Nkamba s’asseoir avec les « politiciens en robe » Fridolin Ambongo et Fulgence Muteba, les « pantins » Corneille Naanga et Bertrand Bisimwa, « l’Afc, c’est lui » Joseph Kabila et « bordeline » Moïse Katumbi…

Ils appliquent le même modus operandi !

Entre-temps, Massad Boulos a réponse à ces préoccupations. Au sujet du Dialogue, il renchérit : « Nous voulons voir une RDC stable et une région des Grands Lacs stable elle aussi. Cela passe par la résolution des conflits internes via des réformes, qu’elles soient constitutionnelles ou autres. Nous ne sommes pas là pour interférer dans le détail des affaires intérieures d’un pays, mais nous encourageons les réformes et le dialogue ». Et d’ajouter : « Notre but est de voir non seulement la stabilité, mais aussi la prospérité du peuple congolais et de la région, qui a souffert pendant des décennies. Avec la bonne formule, le Congo peut devenir beaucoup plus prospère. C’est ce que nous espérons».

L’allusion à la possibilité des réformes constitutionnelles en dit long sur le « dialogue de Doha ».

A la question précédente de «Jeune Afrique» de savoir ce qu’il pense du retour de Joseph Kabila sur la scène politique, l’homme d’Etat américain répond : «Est-il vraiment influent ? C’est un facteur, mais c’est une affaire purement interne. C’est au peuple congolais d’en décider».

Quelle déduction en tirer ?

L’histoire du Congo, au cours de ces 30 dernières années, est celle des chefs d’Etat autrefois qualifiés par une certaine opposition politique de «réfractaires au dialogue» : Mobutu Sese Seko et Laurent-Désiré Kabila, trempés dans leur nationalisme et leur patriotisme faits d’airain.

Pour leur accession au Pouvoir et à un moment ou à un autre de leurs carrières politiques respectives, ils avaient bénéficié du soutien des mêmes Américains avant d’être non pas relâchés mais plutôt lâchés.

Juste pour dire à Félix Tshisekedi censé ne pas l’ignorer : quand on devient à leurs yeux un élément troublant (lire pierre d’achoppement), ils ne vont pas loin ; ils appliquent le même modus operandi depuis des lustres.

C’est une grosse erreur que de croire le «DESK FATSHI» aux USA en retard de mise à jour de son fichier !

Bien plus, entre son allocution du 30 juin 2025 et l’interview de Massad Boulos le 3 juillet, il s’est passé trois petits jours. C’est comme si le second s’est chargé de remettre les choses au clair. Coïncidence ou non, l’interview du Conseiller spécial de Donald Trump a été suivie le lendemain de la déclaration va-t-en guerre de Paul Kagame !

De quoi interpeller ceux qui ont en charge, côté Kinshasa, du Processus de Washington et son frère plutôt siamois que jumeau : le Processus de Doha !

PROCHAINEMENT : « SVP ! Laissez-le ouvert, le débat autour de l’Accord (désormais cadre) de Washington »

Omer Nsongo die Lema

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