Quand un officier oublie son serment et fragilise la République: La démission spectaculaire du commissaire principal Mboso illustre les risques que représentent les comportements impulsifs de hauts responsables pour la sécurité nationale et la confiance citoyenne

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(Jean-Aimé Mbiya Bondo Shabanza,

Analyste Socio-Politique et Espert en Administration Publique.

Vice-président et Représentant Adjoint de l’UDPS/Tshisekedi

Fédération des Etats-Unis d’Amérique)

La récente démission du commissaire principal Junior Mboso de la Police nationale congolaise (PNC) ne peut être perçue comme un simple geste de protestation. Elle soulève des questions profondes sur la loyauté, la discipline et la responsabilité au sein d’une institution stratégique pour la sécurité nationale. En accusant publiquement son propre service de « complicité avec les bandits urbains », Mboso n’a pas seulement exposé ses frustrations personnelles : il a fragilisé l’image de la police et semé le doute dans l’esprit des citoyens. Dans un contexte où la RDC traverse des crises sécuritaires majeures – agressions militaires extérieures, insécurité urbaine, infiltration des groupes armés – le rôle d’un officier supérieur dépasse la simple exécution des missions. Il implique de tenir ferme, de proposer des solutions et de protéger l’institution de l’intérieur. En choisissant la voie des réseaux sociaux pour dénoncer des manquements supposés, Mboso a cédé à la tentation du buzz au détriment du devoir de réserve et de l’éthique professionnelle. Une telle maladresse n’est pas anodine : elle peut être exploitée par des ennemis de la République et renforcer la défiance populaire envers les forces de l’ordre.

Il est urgent que le gouvernement et l’auditorat militaire se saisissent de cette affaire. Une enquête sérieuse doit établir la véracité des accusations et déterminer si le comportement du commissaire constitue une faute professionnelle grave, passible de sanctions disciplinaires ou judiciaires. Le respect du serment prêté n’est pas une option : il est le garant de la cohésion institutionnelle et de la sécurité nationale.

La RDC ne peut se permettre que des officiels, détenteurs de secrets opérationnels et de responsabilités critiques, cèdent aux émotions ou aux calculs médiatiques. La confiance des citoyens, la stabilité de l’État et la sécurité du pays exigent que chaque officier supérieur place la loyauté, la discipline et la République avant l’opinion publique ou le « buzz » numérique.

Le poids du serment oublié

Chaque officier de police, au moment de son entrée en fonction, prête serment de protéger la population, de faire respecter la loi et de défendre la République. Ce serment n’est pas une simple formalité administrative inscrite dans le protocole d’intégration, mais un engagement solennel, à la fois moral et juridique, qui place l’officier devant ses responsabilités permanentes envers l’État et les citoyens.

Dans un pays comme la République Démocratique du Congo, où l’insécurité urbaine demeure un défi majeur, ce serment prend une dimension encore plus lourde : il symbolise la promesse de tenir ferme face aux pressions, aux frustrations et aux dérives qui peuvent miner l’institution policière.

En choisissant la voie spectaculaire de la démission publique, relayée massivement par les réseaux sociaux, le commissaire principal Junior Mboso a non seulement rompu ce lien sacré qui l’attache à la République, mais il a aussi tourné le dos aux principes de loyauté et de discipline qui fondent l’identité même d’un officier de police. Or, dans une hiérarchie militaire ou policière, la discipline n’est pas une option : elle constitue la colonne vertébrale qui garantit la cohésion et l’efficacité du service.

Rompre avec ce principe en accusant son corps de complicité, sans utiliser les canaux internes de dénonciation ou de réforme, équivaut à fragiliser l’institution de l’intérieur et à exposer publiquement ses faiblesses.

Ce comportement interroge d’autant plus qu’un officier supérieur, par son rang, n’est pas seulement un exécutant mais un modèle, un guide et parfois un dernier rempart face aux menaces sécuritaires. En agissant ainsi, Junior Mboso n’a pas seulement exprimé une frustration personnelle ; il a donné l’image d’un responsable qui cède aux émotions et au tumulte du « buzz » numérique, plutôt que de se dresser avec courage dans le cadre institutionnel pour proposer des solutions concrètes. Ce choix démontre un manque criant de respect non seulement envers son serment, mais aussi envers les citoyens qui comptent sur l’engagement de leurs forces de sécurité pour leur garantir protection et stabilité.

La tentation du buzz et ses dangers

Il est vrai que les réseaux sociaux constituent aujourd’hui une tribune rapide et puissante, mais lorsque cette plateforme devient l’outil privilégié d’un haut officier de police pour exprimer ses frustrations, le danger est immense. Car à ce niveau de responsabilité, céder à la facilité du « buzz » n’est pas seulement une maladresse de communication : c’est un manquement grave à l’éthique professionnelle et au devoir de réserve. En choisissant d’exposer publiquement ses accusations, sans passer par les mécanismes institutionnels de dénonciation, de réforme ou même de justice militaire, le commissaire principal Junior Mboso a brisé l’un des principes fondamentaux de toute force régalienne : la cohésion et la discipline interne.

Cette sortie intempestive n’a en rien renforcé la lutte contre l’insécurité, elle a au contraire affaibli l’institution qu’il avait juré de servir. Aux yeux de l’opinion publique, elle donne l’image d’une police fragmentée, incapable de se protéger de ses propres contradictions ; aux yeux des criminels, elle envoie un signal encore plus dangereux : celui d’un appareil sécuritaire miné par les divisions internes et vulnérable aux manipulations extérieures. Dans un contexte où la population attend de sa police fermeté, stabilité et unité, ce type de comportement équivaut à une trahison de confiance.

Plus grave encore, ce geste pourrait être interprété comme une faute professionnelle susceptible d’entraîner des sanctions disciplinaires, voire judiciaires. Car à l’heure où la République Démocratique du Congo traverse une période critique, marquée par les agressions militaires extérieures et l’instabilité sécuritaire dans plusieurs provinces, l’opinion nationale s’interroge : l’officier Mboso ne joue-t-il pas, consciemment ou inconsciemment, le jeu des agresseurs en affaiblissant ainsi l’image de la police ? Dans ce climat de menaces permanentes, toute déclaration publique venant d’un officier supérieur prend une dimension politique et stratégique. Dès lors, une question légitime se pose : pourquoi le procureur de l’auditorat militaire ne s’est-il pas encore saisi du cas Mboso pour l’entendre, vérifier ses accusations et, le cas échéant, déterminer sa responsabilité devant la loi ?

La responsabilité d’un officier supérieur

À un certain niveau de responsabilité, la démission n’est pas un simple geste de protestation, encore moins un coup d’éclat destiné à attirer l’attention de l’opinion. C’est un acte lourd de conséquences, qui engage non seulement la carrière de l’officier concerné, mais également la stabilité de l’institution qu’il représente et la confiance que les citoyens placent en elle. Lorsqu’il s’agit d’un commissaire principal de la Police nationale congolaise (PNC), ce poids est encore plus important, car un tel grade incarne une partie de l’autorité de l’État dans le domaine sécuritaire. En choisissant de claquer la porte de manière spectaculaire et publique, le commissaire Junior Mboso a donc pris une décision qui dépasse sa personne pour toucher au cœur même de la crédibilité de la police congolaise.

Dans l’architecture sécuritaire fragile de la République Démocratique du Congo, minée par les violences urbaines et les agressions extérieures, le rôle d’un haut officier est avant tout de tenir bon, de proposer des solutions, de dénoncer les failles par les voies appropriées et de s’impliquer dans l’assainissement du système de l’intérieur. Fuir ses responsabilités par une démission bruyante, relayée par les réseaux sociaux, n’est pas un signe de courage mais une marque de faiblesse, voire un abandon pur et simple du serment prêté à la République. Car le devoir d’un officier supérieur n’est pas de céder à la pression de l’opinion, mais de protéger la population, d’inspirer ses hommes et de contribuer au renforcement de l’institution.

L’histoire est implacable à l’égard de ceux qui, au moment critique, choisissent l’abandon plutôt que la persévérance. Les exemples abondent à travers le monde : les institutions se souviennent toujours davantage des réformateurs courageux qui se battent de l’intérieur que de ceux qui, emportés par l’émotion ou séduits par le tumulte médiatique, préfèrent quitter le navire. Dans un contexte de crise sécuritaire nationale, le geste du commissaire Mboso apparaît dès lors non seulement comme un manquement au devoir de loyauté, mais aussi comme une atteinte à la stabilité de l’institution policière. Et c’est cette responsabilité historique, au-delà du simple acte individuel, qui pèse désormais sur ses épaules.

Conclusion : un précédent dangereux

La démission du commissaire principal Junior Mboso met en lumière les tensions profondes qui traversent la police congolaise, entre lutte contre l’insécurité urbaine et perception d’inefficacité. Mais au-delà du simple acte individuel, ce départ soulève une problématique institutionnelle majeure : il ouvre un dangereux précédent, celui d’un haut officier qui, au lieu d’incarner la résilience, la loyauté et le courage face à l’adversité, choisit de s’aligner sur le tumulte des réseaux sociaux. Une telle attitude n’est pas seulement maladroite ; elle traduit un manque de maturité institutionnelle et une méconnaissance des implications stratégiques liées à son rang.

Car un commissaire principal n’est pas un simple agent de terrain : il est détenteur de secrets opérationnels, informé de stratégies de sécurisation et parfois impliqué dans des dossiers de renseignement sensibles. Lorsque, au lieu de préserver la discrétion et de travailler dans les cadres établis de réforme, un tel officier opte pour l’exposition médiatique de ses frustrations, il fragilise non seulement l’image de la police, mais aussi la sécurité nationale. Ses propos, même s’ils sont exagérés ou motivés par des considérations personnelles, peuvent être exploités par des forces hostiles, locales ou étrangères, qui n’attendent qu’une faille pour saper l’autorité de l’État congolais.

Le danger devient encore plus préoccupant dans le contexte actuel où la République Démocratique du Congo fait face à de multiples crises : agressions militaires extérieures, infiltration des groupes armés dans les grandes villes, fragilité de la confiance entre gouvernés et gouvernants. Dans ce climat tendu, l’opinion publique est particulièrement sensible aux discours d’accusation et aux déclarations spectaculaires. Or, venant d’un officier de haut rang, ces propos ne sont pas perçus comme de simples états d’âme personnels, mais comme un témoignage interne sur la faiblesse du système sécuritaire. Cela alimente la défiance de la population vis-à-vis des forces de l’ordre et renforce indirectement la propagande des ennemis de la République.

Les limites de l’attitude de Junior Mboso apparaissent donc clairement : il a confondu son rôle d’officier supérieur, porteur de solutions, avec celui d’un militant en quête de visibilité médiatique. Sa démission ne résout aucun problème structurel ; elle en crée de nouveaux, en affaiblissant la crédibilité de l’institution, en semant la confusion parmi ses subalternes et en envoyant aux criminels un signal d’encouragement. L’implication maladroite de cet officier se mesure également à l’échelle internationale : dans les chancelleries, une telle sortie publique renforce l’image d’un État incapable de maîtriser ses propres cadres sécuritaires.

En République Démocratique du Congo, où l’autorité de l’État est déjà fragilisée par de multiples crises, ce type de comportement n’est pas seulement regrettable, il est dangereux. Il met en péril la stabilité institutionnelle, fragilise l’action sécuritaire et entretient un climat de doute dans l’opinion. Plus que jamais, il est urgent de rappeler que le serment prêté par tout officier de police n’est pas une option, mais une obligation. Le respect de ce serment est une condition de survie pour la République elle-même. Car si les gardiens de la sécurité cèdent aux sirènes du buzz et de l’émotion, la frontière entre l’ordre et le chaos devient de plus en plus mince.

C’est pourquoi il est impératif que le gouvernement congolais et l’auditorat militaire ne restent pas silencieux face à ce précédent dangereux. Une enquête doit être ouverte pour établir la véracité des accusations du commissaire Mboso et déterminer s’il n’a pas, volontairement ou par imprudence, porté atteinte à la sûreté de l’État. Le silence ou la complaisance seraient perçus comme une faiblesse supplémentaire, risquant de multiplier ce genre de comportements au sein des forces de sécurité. Des sanctions exemplaires doivent être envisagées, non par esprit de vengeance, mais pour réaffirmer le principe fondamental que la discipline et le serment de loyauté ne sont pas négociables. Dans un État en lutte pour sa souveraineté et sa stabilité, laisser passer une telle dérive sans réaction ferme reviendrait à encourager la désintégration progressive de l’autorité régalienne.

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