Accord de paix entre la Rdc et le Rwanda: Dr Liwanga propose un outil de mesure de la mise en œuvre 

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Alors que la Communauté internationale attend avec espoir la signature officielle d’un accord de paix entre la RDC et le Rwanda, prévue pour le 27 juin à Washington, le trihebdomadaire ‘’Le Quotidien’’ s’est entretenu avec le Dr. Roger-Claude Liwanga, professeur de Droit et de négociations internationales à l’Université Emory aux États-Unis. Dans cet entretien exclusif, Dr. Liwanga nous parle de son nouvel outil, l’OMMAP (Outil de Mesure de la Mise en Œuvre de l’Accord de Paix), qu’il propose pour garantir un suivi rigoureux, objectif et transparent des engagements qui seront pris par les parties dans la crise en RDC. Pour lui, ce mécanisme pourrait bien combler le chaînon manquant dans la réussite des nombreux accords de paix signés dans la région, mais rarement respectés dans leur intégralité.

Le Quotidien : Dr. Liwanga, quelle est votre réaction à l’annonce de cet accord de paix entre la RDC et le Rwanda, dont la signature officielle est prévue pour le 27 juin à Washington ? Pensez-vous que cet accord pourrait réellement mettre fin au conflit dans l’est de la RDC ?

Je considère l’annonce de cet accord de paix entre la RDC et le Rwanda comme une excellente nouvelle pour la paix, non seulement en RDC, mais également dans toute la région des Grands Lacs. Ce conflit à l’Est du pays a causé des pertes humaines considérables, notamment parmi les populations civiles, et il est impératif que les souffrances prennent fin.

Je tiens également à saluer le leadership du président Donald Trump dans la facilitation de cet accord, qui prévoit notamment le respect de l’intégrité territoriale de la RDC, l’interdiction des hostilités, le désengagement, désarmement et l’intégration conditionnelle des groupes armés non étatiques ainsi que le retour des réfugiés et des déplacés internes.

Cela dit, il est impératif d’accompagner cet accord d’un mécanisme de suivi crédible et objectif. Souvenons-nous, l’histoire des crises en RDC montre que plusieurs accords de paix ont échoué, non pas en raison de leur contenu, mais à cause d’un manque de suivi rigoureux de leur mise en œuvre.

Sans un mécanisme de mesure objective des engagements, chaque partie peut affirmer qu’elle respecte l’accord ou peut accuser les autres de l’avoir violé.

C’est pourquoi, j’ai conçu un Outil de Mesure de la Mise en Œuvre du prochain Accord de Paix (« OMMAP ») pour combler ce vide en offrant une méthode quantitative, claire et équitable pour évaluer les progrès et garantir la responsabilité des parties signataires.

Comment fonctionne concrètement l’OMMAP ?

L’OMMAP repose sur une méthodologie de codage qui traduit les engagements qualitatifs d’un accord de paix en tâches spécifiques mesurables. Chaque tâche est notée sur une échelle de 0 à 10, selon son niveau d’exécution (non entamée, partiellement, ou pleinement réalisée). Ces scores sont ensuite convertis en pourcentages, permettant de visualiser l’avancement global et individuel de la mise en œuvre. Cela aide à identifier les retards, les zones de blocage et les progrès.

En quoi votre outil peut-il aider dans le processus de négociation entre la RDC et le Rwanda ?

L’OMMAP peut être intégré dès la phase de négociation pour structurer les engagements à venir et assurer qu’ils soient formulés de manière claire et mesurable.

Par exemple, une exigence comme « retrait des troupes rwandaises » peut être traduite en tâches précises, avec des indicateurs comme : nombre de soldats à retirer, calendrier de retrait, vérification sur le terrain. Cela permet aux médiateurs et aux signataires de construire un accord crédible, dont l’exécution peut être vérifiée de manière indépendante.

Est-ce que l’outil OMMAP est politiquement neutre ?

Bien sûr. L’OMMAP est un outil technique, neutre et transparent. Il ne juge pas les intentions politiques, mais se concentre sur les faits mesurables. Il peut être utilisé par toutes les parties impliquées, y compris les médiateurs, pour garantir que personne ne manipule les résultats du processus de mise en œuvre à des fins de propagande ou de diversion.

Qui peut utiliser cet outil et comment ?

L’outil peut être utilisé par les médiateurs régionaux ou internationaux, les institutions nationales, les observateurs indépendants, les ONG, ou même les missions de maintien de la paix. Il est adaptable selon le contenu final de l’accord de paix. Il peut être présenté sous forme d’un tableau de bord interactif ou d’un rapport périodique qui informe le public et les décideurs de l’état d’avancement.

Quand cet outil sera-t-il prêt à être utilisé ?

L’architecture de l’OMMAP est déjà prête, inspirée de modèles que j’ai développés pour d’autres pays africains, notamment le Mali et le Soudan du Sud. Une fois l’accord de paix signé et son contenu connu, il suffira de le coder en indicateurs spécifiques.

Que répondez-vous à ceux qui disent qu’un accord de paix est avant tout une question de volonté politique, pas de technique ?

La volonté politique est certes fondamentale, mais elle doit être accompagnée d’outils techniques qui permettent sa concrétisation. Sans mécanisme de suivi objectif, même les meilleures volontés peuvent être accusées à tort. L’OMMAP renforce la confiance entre les parties et encourage la redevabilité, car chacun peut prouver sa bonne foi par des données concrètes.

Propos rendus par JMNK

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