Affaire Constant Mutamba: Victimisation politique et diversion stratégique ; Le réflexe d’un ministre acculé

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(Par Jean Aimé Mbiya Bondo Shabanza Analyste politique et expert en administration publique, Vice-Président Fédéral et Representant Adjoint de l’UDPS /Tshisekedi, Fédération des Etats Unis d’Amérique)

Face aux accusations graves de détournement de fonds publics et de mauvaise gestion, l’ancien Ministre d’État à la Justice, Constant Mutamba, n’a pas choisi la voie de la transparence, de l’humilité ou de la responsabilité. Il a préféré activer une stratégie de victimisation politique, accusant sans preuves des « officines rwandaises » et les sous-traitants du M23/AFC d’être à l’origine de son malheur. Cette posture, aussi spectaculaire que creuse, illustre un réflexe bien connu dans les cercles politiciens congolais : dévier le débat vers des ennemis imaginaires pour éviter de rendre compte de ses propres fautes.

Or, ce que le peuple congolais attend d’un gestionnaire public de haut niveau, ce ne sont pas des discours de guerre ou des dénonciations sensationnelles, mais des réponses claires, chiffrées et documentées sur des faits concrets. À ce jour, Constant Mutamba n’a jamais expliqué à la nation pourquoi et comment il a attribué un marché public de 19 millions USD à une entreprise sans expérience ni capacité technique en matière de construction pénitentiaire. Peut-il honnêtement affirmer que ce choix était conforme aux normes de passation des marchés publics ? Peut-il indiquer quels critères ont guidé cette décision ? Peut-il nous présenter les rapports d’évaluation technique ou les avis du comité de sélection ?

Plutôt que d’assumer ses responsabilités, l’ex-ministre a préféré recourir à une rhétorique guerrière, accusant les figures du Rwanda, des ex-Kabilistes, voire des Mobutistes, dans une tentative désespérée de polariser l’opinion publique. Mais en quoi le Rwanda, le M23 ou les anciens régimes seraient-ils responsables de sa mauvaise appréciation managériale ? Depuis quand les “officines étrangères” désignent-elles les bénéficiaires des marchés publics au ministère de la Justice congolais ?

Cette stratégie de diversion, aussi habile soit-elle dans les cercles militants et sur les réseaux sociaux, ne tient pas face à l’exigence de vérité et de redevabilité. Il ne s’agit pas ici d’un complot géopolitique, mais d’un échec administratif clair, documenté et chiffré. Et il est inquiétant de constater que celui qui portait le portefeuille de la Justice – censé être le garant de la probité institutionnelle – choisisse de fuir le terrain du droit et de la gestion pour se réfugier dans celui de la propagande.

Au lieu de reconnaître ses erreurs, de coopérer avec la justice et de présenter des excuses publiques, l’ancien ministre se livre à une manipulation médiatique, exploitant les tensions régionales pour masquer ce qui relève d’un amateurisme criant en matière de gestion publique.

En fin de compte, cette attitude politicienne confirme le besoin urgent de réformer en profondeur l’administration publique congolaise, en y installant des mécanismes solides de contrôle, de mérite, de transparence, et surtout en dépolitisant la fonction publique. Le cas Mutamba doit servir de leçon : on ne réforme pas un État par des slogans, mais par l’exemplarité, la rigueur et la responsabilité.

Une gestion de projet chaotique sous couvert de réformes : le scandale Mutamba et le miroir brisé de la gouvernance congolaise

Le scandale de la prison de Kisangani ne révèle pas seulement l’amateurisme d’un ancien ministre d’État. Il symbolise un mal plus profond qui gangrène l’appareil étatique congolais : l’instrumentalisation des réformes, la personnalisation des échecs, et la manipulation délibérée de l’opinion publique. Alors que 19 millions de dollars avaient été alloués à la construction d’un établissement pénitentiaire moderne, le pays découvre avec stupeur que ni site, ni plans, ni début de chantier ne sont aujourd’hui vérifiables. Il s’agit là non seulement d’un échec administratif majeur, mais d’un détournement flagrant des principes fondamentaux de la gestion publique.

Selon les documents émanant du parquet, l’attribution du marché à une entreprise sans expérience dans le secteur de la construction pénitentiaire a été faite sans appel d’offres régulier, sans garantie technique ni justification économique. Cette décision soulève de sérieuses questions : sur quelles bases a-t-elle été prise ? Qui a validé l’éligibilité de l’entreprise ? Quel comité technique a approuvé ce choix ?

L’ancien ministre, au lieu d’expliquer ces irrégularités, a préféré s’engager dans une opération de communication politicienne, accusant sans fondement des “officines rwandaises”, les ex-Kabilistes, ou encore les Mobutistes d’être à l’origine de son malheur. Une tentative grossière de diversion, dont l’objectif est clair : faire croire à une cabale politique là où il s’agit en réalité d’une faillite personnelle en matière de gouvernance. Une mauvaise décision administrative ne devient pas légitime sous prétexte qu’elle est prise par un jeune ministre se disant victime des “jalousies des anciens”. La responsabilité publique ne connaît ni âge ni affiliation politique. Elle exige compétence, rigueur et probité.

Pire encore, si ce scandale avait concerné un membre de l’UDPS ou un proche du Président Tshisekedi, l’indignation serait montée d’un cran, avec des déclarations en cascade de leaders religieux, d’intellectuels et d’acteurs de la société civile. Pourquoi donc un tel silence complice dans le cas présent ? L’intégrité dans la gestion publique ne devrait pas être à géométrie variable selon qu’il s’agit d’un membre du pouvoir ou de l’opposition.

L’argument de la jeunesse, brandi par certains partisans de l’ancien ministre, ne saurait justifier l’irresponsabilité. La République n’a pas besoin de “jeunes politiciens” qui manipulent l’opinion, mais de jeunes gestionnaires capables de transformer les ressources de l’État en résultats concrets. Être jeune ne donne pas le droit de détourner, de mentir ou de fuir la justice. Bien au contraire, cela oblige à montrer l’exemple pour incarner l’avenir du pays.

L’affaire Mutamba illustre donc un double naufrage : celui de la gouvernance technique, par la mauvaise gestion manifeste des ressources publiques, et celui de l’éthique politique, par la fuite en avant médiatique et la tentative d’inversion des responsabilités. À cela s’ajoute un troisième naufrage, plus inquiétant encore : celui du débat public lui-même, qui devient un terrain de polarisation plutôt que de reddition de comptes.

Plus largement, cette affaire met en lumière la faiblesse structurelle de nombreux cabinets ministériels, où des décisions d’envergure sont souvent prises sans expertise, sans concertation, et parfois même sous influence de cercles informels, étrangers ou transfrontaliers. Certains conseillers non identifiés, parfois d’origine étrangère, agiraient dans l’ombre sans contrôle, profitant de la proximité avec le ministre pour orienter des marchés publics dans des logiques de prédation.

En définitive, l’affaire de la prison de Kisangani doit servir de signal d’alarme. Elle démontre que tant que l’administration publique ne sera pas professionnalisée, sécurisée contre les manipulations politiques et soumise à des mécanismes transparents de reddition des comptes, les scandales se succéderont, ruinant les espoirs d’une réforme réelle de l’État.

Le temps est venu de mettre fin à la personnalisation de la gestion publique, de désintoxiquer l’opinion des discours de victimisation, et de réhabiliter les principes fondamentaux de responsabilité, de compétence et de résultat dans l’action de l’État. Car c’est seulement à ce prix que la RDC pourra espérer bâtir une gouvernance crédible, digne d’un État moderne au service de tous.

 

Une lettre de démission qui sonne comme une fuite en avant : le dernier acte d’un mandat controversé

La lettre de démission adressée par l’ex-Ministre d’État à la Justice, Constant Mutamba, au Président de la République le 17 juin dernier, est loin de constituer un acte de dignité républicaine ou de transparence politique. En réalité, elle s’apparente à une manœuvre de repli stratégique, dans un contexte où les faits à sa charge sont accablants, et les exigences de vérité de plus en plus pressantes.

Dans cette lettre, l’ancien ministre évoque des “réformes importantes” qu’il aurait impulsées durant son bref passage à la tête du ministère de la Justice. Mais à aucun moment il n’apporte de preuves concrètes, ni d’indicateurs de performance publics vérifiables pour étayer ses dires. Aucune communication institutionnelle sur les résultats tangibles, aucun rapport d’exécution budgétaire, aucune évaluation indépendante des politiques menées, ni même de présentation publique de ses réalisations n’a été faite à ce jour. Dès lors, ces affirmations résonnent davantage comme une tentative désespérée de sauver la face que comme une démonstration de leadership ou de résultats.

Pire encore, la chronologie même de cette démission soulève des interrogations. Elle survient non pas à l’initiative d’un engagement éthique ou d’un souci de préserver l’honneur des institutions, mais après l’autorisation formelle donnée par l’Assemblée nationale au Procureur général pour engager des poursuites judiciaires contre lui. L’initiative ne relève donc pas d’un élan de responsabilité politique, mais d’une pression institutionnelle croissante. Il ne s’agit pas d’un départ volontaire, mais d’une sortie contrainte, camouflée derrière une rhétorique réformatrice.

Plutôt que de répondre sereinement aux institutions judiciaires, comme il sied à un homme d’État attaché à la légalité, Constant Mutamba a opté pour une stratégie de diversion politique, en accusant des entités étrangères – le Rwanda, le M23, et des “sous-traitants politiques” – d’être responsables de ses déboires. Ce récit, aussi commode que flou, repose sur aucune preuve, aucune enquête, aucun fait précis. Il vise à détourner l’attention de l’opinion publique des accusations précises de détournement de fonds publics dans un dossier bien identifié : la construction d’une prison à Kisangani, pour laquelle 19 millions de dollars ont été décaissés sans justification technique ou budgétaire.

Cette posture défensive et populiste traduit une volonté claire de se repositionner dans l’opinion nationale comme une victime d’un “complot géopolitique”, dans un pays où la sensibilité aux questions de souveraineté et d’ingérence étrangère est extrêmement forte. Mais cette stratégie de victimisation ne résiste pas à l’analyse factuelle : les griefs portés contre lui ne sont ni politiques ni diplomatiques, mais bel et bien administratifs, financiers, et fondés sur des documents comptables, des rapports internes et des témoignages directs.

En procédant ainsi, l’ancien ministre montre surtout une incapacité à faire face à la reddition des comptes, et tente de réécrire l’histoire de son passage à la tête du ministère en occultant ses fautes de gestion. Il cherche à se soustraire au débat de fond, celui de la responsabilité publique, en mobilisant des récits émotionnels et des oppositions simplistes, entre “jeunes réformateurs” et “anciens conservateurs”, entre “victimes du système” et « élites jalouses ».

Mais la réalité est plus brutale : ce n’est ni son âge, ni son engagement supposé, ni ses ennemis extérieurs qui sont en cause, mais sa propre gestion. Attribuer un marché public de près de 20 millions de dollars à une entreprise incompétente, sans appel d’offres conforme, sans audit technique préalable, sans mécanisme de suivi, et sans la moindre traçabilité budgétaire constitue une faute grave dans tout État de droit.

En définitive, cette démission, loin d’être un acte de clarification ou de responsabilité, n’est qu’un écran de fumée destiné à échapper à l’exigence de vérité, et à entretenir un récit politique de persécution. Or, ce dont la RDC a besoin aujourd’hui, ce n’est pas de ministres en quête de réhabilitation médiatique, mais de gestionnaires honnêtes, compétents, et capables d’assumer leurs actes jusqu’au bout, même dans l’adversité.

 

Un cas emblématique des défaillances de gouvernance publique : l’administration congolaise à l’épreuve de ses propres contradictions

Le scandale Constant Mutamba, loin d’être un simple incident isolé, est en réalité le reflet d’un système de gouvernance institutionnel profondément défaillant. Ce cas illustre, avec brutalité, les travers qui gangrènent l’appareil de l’État : une gestion publique dominée par l’opacité, une confusion des rôles, l’absence de contrôle interne effectif, et une culture généralisée de l’impunité administrative.

Dans plusieurs ministères de la République, la chaîne normale de gestion de la dépense publique est systématiquement court-circuitée. Ce sont désormais les cabinets politiques – souvent pléthoriques, politisés et mal encadrés – qui prennent la main sur des décisions majeures : passation de marchés, élaboration de budgets, choix de prestataires, signature de protocoles d’accord… Ces structures, qui devraient jouer un simple rôle d’interface ou de conseil, se substituent aux directions techniques spécialisées, neutralisent les inspections internes, et transforment la gestion publique en un exercice d’opportunisme personnel.

Le cas Mutamba est d’autant plus symbolique qu’il concerne un secteur aussi sensible que la justice, censée incarner la rigueur, la discipline et la redevabilité. Or, attribuer un marché de 19 millions USD à une entreprise sans expérience, sans appel d’offre conforme, sans étude préalable, ni comité technique, démontre une légèreté coupable dans l’usage des fonds publics. Cela pose une question fondamentale : où étaient les garde-fous ? Où étaient les audits internes, les contrôleurs de gestion, les inspecteurs des finances ?

Ce type de gestion nébuleuse est exactement ce contre quoi une réforme authentique et systémique de l’administration publique devrait être dirigée. Malheureusement, ce que l’on observe aujourd’hui est un processus de réforme souvent réduit à des discours, des ateliers et des communiqués triomphalistes, sans traduction concrète sur le terrain. L’architecture institutionnelle reste archaïque, incohérente et vulnérable aux manipulations politiques, tandis que les instruments de contrôle et d’évaluation sont marginalisés ou volontairement contournés.

Le scandale Mutamba devrait servir de signal d’alarme et interpeller directement le Président de la République sur les méfaits silencieux de cette “réforme” de façade. Il ne suffit pas d’adopter de nouvelles lois ou de créer des directions et cellules de réforme dans chaque ministère : il faut repenser fondamentalement le fonctionnement même de l’administration, sur base de principes modernes et efficaces.

Cela suppose notamment :

Le renforcement des mécanismes d’audit administratif et financier, non seulement a posteriori, mais également en amont de toute décision ministérielle. Chaque contrat, chaque décaissement, chaque projet doit faire l’objet d’une évaluation préalable et d’un suivi rigoureux, avec des obligations de rapport public.

La création de cabinets techniques professionnels, composés de fonctionnaires de carrière, compétents et indépendants des pressions partisanes ou étrangères. Ces cellules doivent être soumises à des normes de performance claires, évaluables, et faire l’objet d’un contrôle parlementaire et citoyen.

L’instauration d’un registre national des marchés publics, accessible en ligne, permettant à tout citoyen, journaliste, ou partenaire de développement de consulter, en temps réel, les projets attribués, les bénéficiaires des contrats, les montants engagés, et les échéanciers de réalisation.

Et surtout, la dépolitisation de l’administration publique, en mettant fin aux nominations fondées sur la loyauté politique, au détriment de la compétence et de l’éthique professionnelle. Aucun pays sérieux ne peut espérer se développer avec une haute administration pilotée par des clientélismes, des réseaux d’influence ou des alliances communautaires.

Ce n’est qu’à ces conditions que la RDC pourra prétendre bâtir une administration moderne, crédible et performante. Car la réforme de l’État ne peut plus être un slogan ; elle doit devenir un acte politique fort, courageux, et irréversible. Elle nécessite des choix radicaux et des ruptures nettes avec les pratiques du passé. Et le chef de l’État, garant de la bonne gouvernance, ne peut plus se contenter d’un pilotage par délégation : il doit reprendre la main et faire de la réforme administrative une priorité stratégique de son mandat.

Une réforme à rebâtir sur la base du mérite et de la transparence

Le scandale de la gestion du projet pénitentiaire par l’ex-ministre d’État à la Justice, Constant Mutamba, n’est pas qu’une affaire individuelle. Il met à nu les failles structurelles et systémiques qui minent la crédibilité de la réforme administrative en République Démocratique du Congo. Lorsqu’un haut responsable gouvernemental, censé incarner la rigueur, l’intégrité et la justice, peut engager plus de 19 millions de dollars sans livrer le moindre chantier, sans fournir de documents techniques clairs ni justifications budgétaires crédibles, c’est tout l’édifice de la réforme qui vacille.

Depuis plusieurs années, la modernisation de l’administration publique est présentée comme une priorité nationale. Des lois ont été adoptées, des structures créées, des ateliers organisés, des feuilles de route publiées. Mais la réalité, sur le terrain, démontre que cette réforme reste largement cosmétique, dominée par des effets d’annonce et des slogans technocratiques, plutôt que par des changements profonds et mesurables. La réforme est souvent utilisée comme un outil de communication politique, non comme un levier réel de transformation des services publics.

La réforme administrative ne peut réussir que si elle repose sur des piliers non négociables : la compétence, la transparence, la traçabilité et la redevabilité. Cela suppose, avant tout, une rupture nette avec les pratiques de nominations politiques, qui privilégient la fidélité partisane au détriment de l’expertise. Trop souvent, des postes clés sont confiés à des individus sans formation appropriée, sans expérience sectorielle, et parfois même sans attachement réel à l’intérêt général. Le résultat est prévisible : une gestion approximative, des projets sans impact, et des institutions en pilotage automatique.

Dans ce contexte, le cas Mutamba agit comme un révélateur des limites d’un modèle administratif clientéliste, opaque et politisé. Il souligne l’urgence de recentrer l’action publique sur les résultats, avec des indicateurs clairs, des objectifs définis, et des audits réguliers indépendants. Il faut que chaque ministère, chaque direction, chaque projet soit soumis à un contrôle rigoureux, et que des sanctions soient appliquées en cas de défaillance. Une réforme sans redevabilité est une imposture ; une réforme sans mérite est un mirage.

Le peuple congolais n’attend plus des ministres habiles dans l’art de la diversion ou du plaidoyer médiatique. Il exige des gestionnaires honnêtes, professionnels, stratèges, et porteurs d’une vision républicaine. Il veut des décideurs capables de rendre compte, de livrer des résultats concrets, et de bâtir un service public digne d’un État moderne. Dans un pays où les urgences sociales sont criantes-santé, éducation, sécurité, justice —, le luxe des réformes de façade n’est plus tolérable.

La reconstruction de l’État congolais passe donc par un retour aux fondamentaux : le professionnalisme, la discipline budgétaire, la gestion axée sur les résultats, et l’ouverture des institutions au contrôle citoyen. Cela implique la mise en place d’un nouveau contrat entre les gouvernants et les gouvernés, fondé sur la transparence dans l’action publique, la clarté des responsabilités et l’efficacité des services.

En somme,

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