Affaire Mutamba: Cacophonie sur le jour du verdict
Depuis un certain temps, une confusion est observée quant au jour du prononcé du verdict dans l’affaire qui oppose le Ministère public au prévenu Constant Mutamba. Pendant que l’opinion sait que le jugement sera prononcé le lundi 1er septembre 2025, une communication du Conseil supérieur de la magistrature renseigne que ce verdict interviendra le 02 du même mois. Par la suite, les réseaux sociaux sont venus semer une autre confusion, disant que la prétendue communication du Conseil supérieur de la magistrature était une fake news ! Qui croire ? Mais les conseils de Mutamba dénoncent une stratégie savamment montée pour empêcher la population de sortir et de manifester sa solidarité à l’ancien ministre de la Justice. Qui vivra verra !
Au nom du Conseil supérieur de la magistrature, le juge Nduba qui en est son porte-parole a indiqué que la conduite de ce procès qui attire l’attention de l’opinion publique, mérite d’être précisée dans son cadre véritable, celui de la justice rendue au nom du peuple congolais, dans le respect des lois et des procédures en vigueur.
« Le Conseil supérieur de la magistrature suit avec la plus grande attention le déroulement de cette cause inscrite sous RP 22/CR et en sa qualité de garant de bon fonctionnement et de l’indépendance du pouvoir judiciaire, tient à rappeler que nul n’est au-dessus de la loi et que toute personne poursuivie a droit à un procès équitable qui doit se dérouler à l’abri de toute pression politique, sociale ou médiatique », dit-il.
Disons que le procès en cours devant la Cour de cassation, qui n’est pas le premier à concerner des personnalités politiques, n’a rien d’exceptionnel et demeure donc ordinaire. Pour rappel, la justice congolaise a déjà instruit plusieurs dossiers de détournement des deniers publics impliquant de hautes personnalités politiques, notamment celui de 100 jours, de Bukangalonzo, de forages et lampadaires, de Covid, etc.
Le Conseil supérieur de la magistrature rappelle également le caractère apolitique de la magistrature congolaise et précise que les magistrats jugent les faits et non une opinion, ils rendent leurs décisions au nom de la loi et non sous l’influence d’intérêt politique ou partisan.
Prévue pour le mercredi 27 août 2025, l’audience de prononcé a été renvoyée au mardi 2 septembre 2025. C’est ici que le bas blesse, parce que c’est la Cour de cassation elle-même qui avait ramené le prononcé du jugement au 1er septembre 2025. La question qu’il convient de se poser est celle de savoir si le Conseil supérieur de la magistrature est habilité pour prolonger la date du prononcé du jugement ? Ceci, lorsqu’on sait que lors de la première prolongation, la Cour de cassation n’avait pas recouru aux services du Conseil supérieur de la magistrature ?
Qu’est-ce qu’on cache en ce début d’un mois très stratégique, caractérisé notamment par la rentrée des classes, mais aussi par l’ouverture de la session de septembre, essentiellement budgétaire, au Parlement congolais.
Pour le Conseil supérieur de la magistrature, la prorogation du délai de prononcé dans cette cause (le RP 22/CR) est légale et répond uniquement aux exigences de la procédure, et non pour toute autre raison. Elle vise à permettre aux juges au regard du volume de dossier, du nombre des témoins et d’avocats de la défense, de statuer avec sérénité et rigueur nécessaires en tenant compte de tous les éléments du dossier, conformément à la loi.
Une mise en garde sévère
Au regard du dérapage constaté le mercredi, 27 août 2025, le Conseil supérieur de la magistrature met en garde contre tout attroupement aux abords de la Cour de cassation dans le seul but de troubler l’ordre public et prévient que tous ceux qui viendront braver cette interdiction s’exposeront à la rigueur de la loi.
Le Conseil supérieur de la magistrature invite en ce sens l’Hôtel de Ville de Kinshasa afin de prendre des mesures adéquates pour préserver l’ordre public et la sécurité de la justice.
Au même moment, le Conseil supérieur de la magistrature invite les presses accréditées à couvrir l’audience de prononcé de ce procès avec professionnalisme, sens de responsabilité et respect de l’éthique afin que l’opinion soit éclairée par des informations justes, équilibrées et conformes à la vérité judiciaire. Il soutient les magistrats, victimes de menaces ou d’attaques et en même temps, il met en garde ceux d’entre ces derniers qui trahiraient leurs serments. Il s’engage enfin à défendre une justice juste, impartiale et indépendante.
Ce procès s’inscrit dans la logique de la réaffirmation de l’indépendance du pouvoir judiciaire et de la justice en tant que garantes essentielles des libertés fondamentales du citoyen, socle de l’Etat de droit de notre démocratie.
Par cette mise au point, le Conseil supérieur de la magistrature réaffirme donc son engagement indéfectible à protéger cette indépendance et à veiller à ce que la loi s’applique à tous, sans distinction, dans l’intérêt supérieur du peuple congolais.
La justice ne se rend pas dans la rue, encore moins sur les réseaux sociaux mais seulement dans les prétoires.
JMNK
