Affaire Mutamba : Entre rigueur juridique et perception d’une justice sélective (Par Daniel Matadi, journaliste et criminologue)
L’affaire impliquant le ministre de la Justice, Constant Mutamba, continue d’alimenter un débat intense au sein de l’opinion publique congolaise. Au cœur de la controverse : une somme de 19 millions de dollars, placée sous séquestre, et des soupçons de tentative de violation des procédures relatives à l’attribution d’un marché public.
Selon les précisions apportées par le ministre des Finances, les fonds n’ont pas été décaissés. Ils restent consignés sur un compte de garantie, dans l’attente du respect de l’ensemble des conditions légales. Toutefois, d’un point de vue juridique, cette situation pourrait constituer une tentative d’irrégularité administrative, ce qui, en droit congolais, est considéré comme une infraction.
Mais c’est moins la qualification juridique du dossier que la réaction institutionnelle rapide et énergique qui interpelle. Pour de nombreux observateurs, cette affaire révèle un traitement asymétrique des fautes administratives et financières dans la gestion publique.
« Ce que l’opinion interroge, ce n’est pas l’enquête elle-même, mais le contraste avec d’autres dossiers – souvent plus lourds – qui n’ont jamais donné lieu à des poursuites », explique un juriste contacté par notre rédaction.
En effet, la République Démocratique du Congo a connu, ces dernières années, de nombreux cas documentés de détournements de fonds ou de passations de marchés publics dans des conditions irrégulières. Or, peu de sanctions effectives ont suivi. Ce climat entretient un sentiment persistant d’inégalité devant la loi et une défiance croissante vis-à-vis des institutions judiciaires.
D’aucuns rappellent néanmoins qu’il est nécessaire d’envoyer un signal clair dans la lutte contre la corruption et les pratiques déviantes, quels que soient le statut ou le parcours de l’acteur concerné.
« Si ce dossier est mené avec rigueur, équité et transparence, il pourrait faire jurisprudence et marquer un tournant salutaire », estime un professeur de droit public à Kinshasa.
Pour d’autres, en revanche, le contexte politique et la médiatisation rapide de l’affaire suscitent des interrogations. Ancien opposant devenu ministre, jeune figure émergente dans le paysage politique national, Constant Mutamba pourrait également être la cible d’un règlement de comptes ou d’une tentative de repositionnement interne, dans une majorité politique parfois traversée par des tensions latentes.
À ce jour, l’enquête est en cours. Aucun jugement n’a été rendu, et le ministre Mutamba reste présumé innocent. Il revient désormais à la justice de faire toute la lumière sur ce dossier, dans le respect strict de la légalité, tout en répondant à une exigence accrue de transparence, d’impartialité et de responsabilité publique.



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