Compétences fondamentales : quand la communauté s’engage auprès des enfants (Harriet Nannyonjo)
Imaginez un enfant assis dans une salle de classe bondée. L’élève copie des mots écrits au tableau, sans pourtant être capable de lire seul une simple phrase. À la Banque mondiale, nous appelons cela la pauvreté des apprentissages (a), et ce phénomène est loin d’être négligeable : dans les pays en développement à revenu faible et intermédiaire, plus de 70 % des enfants sont incapables de lire et de comprendre un texte simple à 10 ans.
Ce n’est pas seulement un problème d’éducation, mais bien un fléau qui a de graves répercussions sur l’emploi et la croissance économique. Quand un élève ne maîtrise pas les bases en lecture et en calcul, tout ce qui suit devient plus difficile : les cours de sciences, les contrôles et les examens, la confiance en soi, et finalement l’insertion sur le marché du travail.
Avec des enseignants surchargés, des classes surpeuplées et peu de temps pour un accompagnement individuel, de nombreux enfants décrochent dès les premières années et ne rattrapent jamais leur retard. Et si l’une des solutions se trouvait hors les murs de l’école, au sein de la communauté locale ? Cette démarche, connue sous le terme de community-powered learning, consiste à former des bénévoles pour offrir aux enfants la possibilité de pratiquer la lecture et le calcul au-delà de la salle de classe.
Comment doter tous les enfants des compétences fondamentales ?
Dans de nombreux pays, les dirigeants prennent des engagements forts en faveur des apprentissages fondamentaux. La difficulté réside dans la traduction de ces engagements en un soutien concret et régulier pour les enfants qui en ont le plus besoin.
C’est précisément là qu’intervient le programme d’accélération du Pacte pour les compétences fondamentales (FLC) (a) de la Banque mondiale. Ce programme aide les pays à adopter des stratégies éprouvées — comme celles présentées dans le rapport Smart Buys 2023 (a) — pour accélérer leurs progrès sur le front des apprentissages fondamentaux en agissant de manière cohérente sur l’ensemble des éléments du « cœur pédagogique » : les pratiques d’enseignement, la formation, l’accompagnement continu des enseignants, les supports didactiques et les évaluations. Pour étendre ces approches, les pays doivent également renforcer leurs capacités à les déployer concrètement sur le terrain, afin d’obtenir des résultats durables.
L’« apprentissage porté par la communauté » peut constituer un levier clé pour surmonter ces difficultés de mise en œuvre. Cette démarche part d’une question simple : et si les enfants avaient davantage d’occasions de pratiquer la lecture et le calcul, encadrés par des personnes de confiance proches de chez eux ?
Concrètement, cela signifie former et soutenir des bénévoles dans la population locale — des parents et aidants aux retraités, en passant par des leaders de la jeunesse — afin qu’ils soient en mesure d’animer des activités structurées et adaptées, de manière à allonger le temps d’apprentissage, aider les enfants à combler leurs lacunes grâce à des évaluations rapides et des regroupements par niveau de compétence, et aller à la rencontre des élèves laissés sur le bord du chemin par le système scolaire. Autre aspect important : ces initiatives peuvent générer des données simples et directement exploitables (qui y participe, qui progresse) permettant aux pouvoirs publics et à leurs partenaires de savoir ce qui fonctionne et d’ajuster leur action en conséquence.
Les « racines de la réussite » en Ouganda : la communauté en action
Le programme Roots to Rise (R2R) de l’organisation Building Tomorrow (a), mené en Ouganda, offre à cet égard un exemple édifiant. Plutôt que de s’en remettre aux seules heures de classe, Roots to Rise forme des volontaires pour animer de courtes séances de lecture et de calcul, souvent après l’école, dans des espaces communautaires de proximité. Le programme combine enseignement ciblé et pédagogie structurée pour contextualiser les apprentissages, enseigner en fonction du niveau réel de chaque élève et évaluer la compréhension.
Building Tomorrow fait état d’une hausse considérable de la proportion d’enfants participants atteignant le niveau minimum de compétence en lecture et en calcul en l’espace d’un cycle de 40 heures de séances. Le modèle intègre des choix qui le rendent reproductible : évaluations simples des acquis, routines pédagogiques claires, cycles courts, formation et accompagnement des bénévoles, coordination avec les établissements scolaires, et suivi allégé pour garantir qualité et équité.
Le programme Roots to Rise livre aux pays des enseignements précieux pour passer des intentions théoriques aux gains d’apprentissage réels et à grande échelle :
Partir du niveau de chaque enfant : des évaluations rapides permettent de regrouper les élèves par niveau de compétence (et non par année de scolarité) afin de cibler précisément ce qui peut les faire progresser.
Miser sur la brièveté et la concentration : des cycles limités dans le temps, rythmés par des routines familières, facilitent une mise en œuvre de qualité et permettent des ajustements rapides en cas de difficulté.
Bien accompagner les bénévoles : la formation, l’encadrement et un suivi simple de la présence et des progrès contribuent à préserver la qualité des apprentissages et la sécurité des enfants.
Rester en phase avec l’école : les programmes les plus solides coordonnent leurs activités avec les enseignants, renforçant ainsi les objectifs pédagogiques de la classe et resserrant les liens entre l’école et la communauté.
Une opportunité stratégique pour accélérer les apprentissages
Le défi est réel : la pauvreté des apprentissages reste beaucoup trop élevée, et les budgets sont sous pression. Mais il existe une voie concrète pour avancer : des programmes communautaires centrés sur les fondamentaux et mis en œuvre avec méthode. Lorsqu’ils s’appuient sur des approches éprouvées comme l’initiative R2R, sont étayés par une formation solide et des suivis réguliers, et pilotés par des acteurs ancrés dans leur communauté, ces programmes peuvent générer des progrès rapides et aider les élèves laissés pour compte, tout en renforçant le système d’éducation nationale. Surtout, ils donnent aux élèves les bases dont ils ont besoin pour réussir dans leur vie professionnelle et personnelle, faisant de l’adage « il faut tout un village pour élever un enfant » un tremplin bien réel vers les compétences et l’emploi.
