Cuivre – cobalt : un accord entre la Gécamines et ERG, mais des questions en suspens en RDC
Depuis 2023, ERG était opposée à la Gécamines dans un litige portant sur le développement du projet de cuivre et de cobalt Swanmines en RDC. En 2024, l’entité publique avait aussi fait montre d’un certain intérêt pour l’acquisition d’autres actifs congolais détenus par la société.
Eurasian Resources (ERG), un groupe minier détenu à 40% par l’État kazakh, a annoncé le jeudi 11 septembre la signature d’un accord avec la Gécamines, société minière publique de la République démocratique du Congo. L’entente conclue à l’occasion de la visite du président Félix Tshisekedi au Kazakhstan cette semaine, vise à permettre aux deux parties de résoudre leur différend autour du projet de cuivre et de cobalt Swanmines. Pour autant, ce développement alimente des questions sur la relance dudit projet ainsi qu’autour des autres actifs détenus par la société en RDC.
« L’accord de règlement vise à régler les litiges entre les parties soumis à des tribunaux arbitraux constitués sous l’égide de la Chambre de commerce internationale (ICC) à Paris. Il établit également un cadre pour la promotion du projet Swanmines sur une base coopérative, renforce la participation de la Gécamines au projet et reflète l’engagement commun des parties à se concentrer sur le développement réussi du projet dans l’intérêt de toutes les parties prenantes, y compris les communautés locales » peut-on lire dans le communiqué d’ERG.
Le projet Swanmines est une coentreprise auparavant contrôlée à 75% par ERG contre 25% par la Gécamines. Son développement connaît du retard depuis 2023, après que la Gécamines a reproché à ERG un rythme d’exécution lent, jugeant le chantier « non développé » tout en réclamant sur cette base le retrait de son permis minier. Une accusation que ERG a rejetée dans le cadre d’une procédure engagée devant la Chambre de commerce internationale (ICC). Si le nouvel accord signé devrait jeter les bases d’une résolution à l’amiable, ses contours demeurent encore flous.
ERG n’apporte par exemple pas de précisions sur le renforcement évoqué de la participation de la Gécamines. On ignore encore les nouvelles bases prévues par les deux parties en vue de la relance du chantier de Swanmines, notamment les modalités de financement et le calendrier de développement. Pour rappel, le plan initial du projet prévoyait la construction d’une mine capable de produire 16 400 tonnes de cuivre et 3400 tonnes de cobalt par an.
Par ailleurs, il faut noter que la signature de cet accord survient dans un contexte où ERG table sur une restructuration de ses opérations en Afrique. En février dernier, Nicolas Treand, DG de la division africaine de la société, confiait à Bloomberg que cette initiative viserait une réduction des coûts de production de la société, sur la base d’un réexamen de certains actifs détenus en RDC, mais aussi en Afrique du Sud et au Zimbabwe. Alors que peu de détails ont filtré en ce sens depuis lors, il est encore tôt pour évaluer l’impact de cette mesure sur les opérations congolaises, en particulier sur Swanmines.
Pour rappel, la société développe aussi dans le pays le projet Comide, une usine hydro-métallurgique de cuivre et de cobalt budgétisée à 800 millions USD. Elle poursuit parallèlement les opérations sur les projets Frontier et Metalkol. Boss Mining, un autre actif congolais, fait quant à lui l’objet d’une suspension depuis 2023 pour pollution environnementale. En dehors de sa participation dans Swanmines, la Gécamines avait annoncé en 2024 avoir soumis une proposition ferme à ERG pour racheter certains de ses actifs développés en RDC.
Aurel Sèdjro Houenou
