Dialogue national en RDC: Unir la Nation sans désarmer la République

(Par Nico Minga, économiste et géostratège)
En proposant un dialogue national tout en refusant d’en faire une blanchisserie politique au profit des acteurs de la rébellion, Félix Tshisekedi tente un équilibre périlleux. Mais, dans un pays épuisé par la guerre et les promesses, la cohésion ne se décrète plus. Elle doit produire des résultats.
Félix Tshisekedi a choisi le dialogue, pas la capitulation. Dans son adresse à la Nation, le président congolais a défendu la cohésion nationale tout en traçant une ligne rouge. La concertation politique ne peut devenir une prime accordée à ceux qui ont pris les armes contre la République.
Sur le principe, le calcul est juste. Un pays divisé à l’intérieur reste vulnérable à l’extérieur. Or, la RDC affronte simultanément la guerre dans l’Est, les ambitions régionales de certains de ses voisins, la défiance envers les institutions et une opposition qui soupçonne le pouvoir de vouloir verrouiller le jeu politique. Dans cette configuration, le dialogue n’est pas un luxe. Il peut devenir un instrument de souveraineté.
Mais avec qui dialoguer ? C’est là que commence le piège.
Martin Fayulu réclame notamment la participation de Joseph Kabila et de Corneille Nangaa. Le pouvoir, lui, refuse que l’inclusivité serve à légitimer l’AFC/M23 ou à effacer les responsabilités liées à la rébellion.
Les deux camps posent une vraie question. Peut-on résoudre une crise sans ses principaux protagonistes ? Mais peut-on inviter à la table nationale ceux qui combattent l’État sans transformer les armes en raccourci vers le pouvoir ?
La RDC connaît trop bien cette mécanique. Rébellion, négociation, intégration, partage des postes, puis nouvelle rébellion.
À force de récompenser les rapports de force militaires, l’État a parfois découragé la compétition démocratique. Pourquoi attendre les élections lorsque les armes permettent d’obtenir plus rapidement un portefeuille ministériel ?
Le dialogue doit donc être inclusif envers les opinions, mais intransigeant face aux crimes. L’opposition républicaine doit y participer pleinement et bénéficier de garanties réelles. Toutefois, la réconciliation ne peut signifier l’amnésie, encore moins l’impunité.
Dans les commentaires publiés pendant le discours, les Congolais apparaissent profondément divisés. Les uns acclament « Fatshi Béton » et soutiennent sa fermeté.
D’autres dénoncent déjà un « pseudo-dialogue ». Beaucoup approuvent la concertation, mais refusent la participation de Kabila, de Nangaa ou des personnalités assimilées à l’agression. Une troisième catégorie résume l’état d’esprit d’une partie du pays en quelques mots, « nous voulons des actes. »
C’est probablement le message le plus important.
Pour une population confrontée à l’insécurité, aux taxes, au chômage, à la vie chère et à la faiblesse des services publics, la cohésion nationale ne peut rester une abstraction présidentielle. Elle doit se traduire par une armée mieux organisée, une justice impartiale, des institutions efficaces et une amélioration visible des conditions de vie.
Le Président devra également éviter le grand classique congolais: une conférence coûteuse, des centaines de délégués, des résolutions solennelles et, finalement, un partage de postes entre initiés. Si ce dialogue devient un gouvernement d’union nationale déguisé, il perdra rapidement sa crédibilité.
Pour réussir, le processus doit avoir un objet précis, des critères publics de participation, un calendrier contraignant et un mécanisme indépendant de suivi. Washington et Doha doivent traiter les dimensions régionales et sécuritaires du conflit. Le dialogue national, lui, doit reconstruire le front intérieur. Mélanger ces différents niveaux reviendrait à présenter une agression extérieure comme une simple querelle entre Congolais.
Félix Tshisekedi a ouvert une porte. Mais le peuple ne jugera pas la qualité de la cérémonie d’ouverture. Il demandera qui est entré, ce qui a été décidé et ce qui a réellement changé. Le Congo doit dialoguer, certainement.
Mais il n’a plus les moyens de bavarder.
