Tribune de : Jean Aimé Mbiya Bondo Shabanza
Vice-président et Représentant adjoint chargé de la Politique et de la Diplomatie de l’UDPS/Tshisekedi aux États-Unis
Analyste Socio-Politique et expert en administration publique
Un Chef de l’État encore en exercice qui choisit de consulter la Nation et d’écouter ses différentes composantes pour mieux répondre aux aspirations des Congolais.
Le dialogue national entre progressivement dans une phase nouvelle. Longtemps réclamé par une partie de la classe politique et de la société civile, il commence aujourd’hui à prendre forme à travers une démarche institutionnelle voulue par le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo.
Au-delà des divergences d’appréciation que cette initiative peut susciter, un fait mérite d’être souligné : le Chef de l’État a choisi d’écouter.
Cette décision prend une dimension particulière parce que Félix Tshisekedi est toujours en exercice de son mandat présidentiel. Il aurait pu se limiter à poursuivre son programme gouvernemental sur la base de la légitimité que lui confère son élection. Il choisit plutôt d’ouvrir un espace de consultation afin d’entendre les préoccupations, les critiques et les propositions des différentes composantes de la Nation.
C’est là une démarche qui peut être considérée comme une manifestation d’ouverture politique et de responsabilité démocratique.
Écouter lorsqu’on exerce le pouvoir
Dans une démocratie mature, le dialogue ne devrait pas être uniquement le produit d’une crise ou d’une pression politique. Il peut également être un instrument volontaire de gouvernance.
En acceptant de consulter les Congolais, le Président ne renonce ni à son mandat ni à ses prérogatives constitutionnelles. Il reconnaît plutôt que l’action publique gagne à être nourrie par l’écoute de ceux auxquels elle s’adresse.
Un pouvoir sûr de sa légitimité ne devrait pas craindre la contradiction.
Le dialogue doit précisément permettre aux citoyens, aux forces politiques, à la société civile, aux confessions religieuses, aux acteurs économiques, aux jeunes, aux femmes, aux universitaires et aux représentants des provinces de faire entendre leurs préoccupations et de proposer des pistes susceptibles d’améliorer la marche du pays.
Le Président pourra ensuite apprécier, dans le respect de la Constitution et des institutions, quelles propositions peuvent être intégrées aux politiques publiques et quelles autres relèvent de mécanismes institutionnels spécifiques.
C’est cette articulation entre écoute, consultation et décision qui donnera au processus sa véritable crédibilité.
La grandeur d’un dirigeant se mesure aussi à sa capacité d’écoute
La grandeur politique ne réside pas uniquement dans la capacité à décider. Elle se manifeste également dans la capacité à écouter ceux qui ne partagent pas nécessairement la même vision.
L’expérience de Nelson Mandela demeure, à cet égard, particulièrement éclairante. Son parcours politique a montré que le dialogue pouvait transformer une confrontation historique en possibilité de reconstruction nationale.
La philosophe Hannah Arendt, quant à elle, a insisté sur l’importance de la pluralité des points de vue dans le jugement politique. Une décision gagne en profondeur lorsque celui qui la prend est capable de considérer la réalité à partir de perspectives différentes de la sienne.
Dans la même logique, la pensée de Jürgen Habermas sur la démocratie délibérative rappelle que la légitimité démocratique ne repose pas seulement sur le vote, mais également sur la possibilité de discuter, d’argumenter et de confronter publiquement les différentes visions de la société.
Ces trois approches permettent de comprendre une réalité essentielle :
écouter n’est pas renoncer à gouverner ; écouter peut être une manière plus responsable de gouverner.
C’est sous cet angle que mérite d’être appréciée la démarche du Président Tshisekedi.
La bonne foi présidentielle doit être jugée sur les actes
Dans la vie politique congolaise, les initiatives sont souvent accueillies avec suspicion. Toute proposition du pouvoir peut être interprétée comme une manœuvre et toute revendication de l’opposition comme une stratégie de conquête.
Cette méfiance permanente ne favorise ni la confiance ni le compromis.
Il faut donc revenir à un principe simple : les intentions politiques doivent être jugées à partir des actes et des résultats.
Si le Président accepte aujourd’hui de créer un cadre permettant aux différentes composantes de la Nation de s’exprimer, cette ouverture mérite d’être prise au sérieux.
Elle devra naturellement être évaluée sur la qualité du processus : son caractère inclusif, la liberté de parole, la représentativité des participants et surtout la capacité des conclusions pertinentes à trouver une traduction concrète dans la gouvernance du pays.
La bonne foi ne se décrète pas. Elle se démontre par les actes.
Un dialogue congolais, libre et souverain
Le deuxième enjeu est celui de la souveraineté.
La République démocratique du Congo entretient des relations avec de nombreux partenaires internationaux et ne peut évidemment pas vivre en vase clos. La coopération internationale demeure nécessaire dans les domaines de la paix, du développement et du renforcement institutionnel.
Mais le dialogue politique national doit rester, par définition, une affaire congolaise.
Les partenaires extérieurs peuvent accompagner, conseiller ou soutenir. Ils ne devraient pas se substituer aux Congolais dans la définition de leur avenir politique.
Le Congo doit coopérer avec le monde, mais décider de son avenir avec les Congolais.
Il ne s’agit pas de rejeter la communauté internationale. Il s’agit de rappeler qu’une Nation souveraine doit être capable de régler ses différends politiques par ses propres mécanismes démocratiques.
Le dialogue ne devrait donc être ni sous pression extérieure, ni sous tutelle étrangère, ni instrumentalisé au profit d’intérêts géopolitiques.
Ni partage des postes, ni dialogue de façade
Le plus grand risque serait de réduire le dialogue à une nouvelle négociation entre responsables politiques.
Le peuple congolais attend davantage.
Il attend des réponses sur la sécurité, l’emploi, l’éducation, la santé, la justice, l’administration publique, les infrastructures, la décentralisation, le développement local et la gouvernance économique.
Le véritable enjeu n’est donc pas de savoir qui obtiendra quel poste, mais de déterminer comment rendre l’État plus efficace et la République plus proche de ses citoyens.
Le dialogue ne doit pas être une conférence de partage du pouvoir. Il doit être un espace de réflexion sur l’avenir du pays.
Le Congo ne doit pas dialoguer pour distribuer des fauteuils ; il doit dialoguer pour construire un État.
Une main tendue qui appelle une responsabilité collective
L’ouverture du dialogue place désormais chaque acteur devant ses responsabilités.
Ceux qui réclamaient hier le dialogue doivent accepter de participer à sa construction.
La majorité doit comprendre que consulter ne signifie pas rechercher uniquement des applaudissements.
L’opposition doit pouvoir venir avec ses critiques et ses propositions sans être considérée comme une ennemie de la République.
La société civile doit jouer son rôle de veille, de proposition et de rapprochement entre l’État et les citoyens.
Dialoguer ne signifie pas capituler.
Cela signifie reconnaître qu’aucune famille politique, aucune institution et aucun dirigeant ne détient à lui seul toutes les réponses aux défis d’une Nation aussi vaste et diverse que la RDC.
Le pari de l’intelligence collective
En définitive, le dialogue national constitue un pari sur l’intelligence collective des Congolais.
Félix Tshisekedi, toujours investi de la confiance populaire et encore en exercice de son mandat, choisit de consulter plutôt que de considérer que gouverner signifie décider seul.
Cette démarche traduit une volonté d’ouverture politique qu’il appartiendra désormais au processus de confirmer dans les faits.
La véritable grandeur d’un homme d’État ne consiste pas seulement à gouverner lorsqu’il est applaudi. Elle consiste aussi à entendre ceux qui critiquent son action, ceux qui demandent des changements et ceux qui proposent d’autres voies.
Le Président a choisi d’écouter.
Il appartient maintenant aux autres acteurs de choisir de parler avec responsabilité.
La RDC n’a pas besoin d’un dialogue imposé de l’extérieur. Elle n’a pas davantage besoin d’un dialogue destiné à consacrer des vainqueurs et à désigner des vaincus.
Elle a besoin d’un dialogue libre, souverain, inclusif et profondément congolais.
Un dialogue où les divergences politiques ne deviennent pas des divisions nationales ; où la critique ne signifie pas hostilité à la République ; où le pouvoir accepte d’écouter et où l’opposition accepte de proposer.
Et surtout, un dialogue où l’intérêt supérieur de la République démocratique du Congo demeure au-dessus des intérêts individuels, partisans et géopolitiques.
Le Président Félix Tshisekedi a choisi d’ouvrir la voie de l’écoute.
Il appartient désormais à l’ensemble de la classe politique et à la société congolaise de transformer cette ouverture en une véritable rencontre nationale autour de l’essentiel : l’avenir du Congo.
Jean Aimé Mbiya Bondo Shabanza
Vice-président et Représentant adjoint chargé de la Politique et de la Diplomatie de l’UDPS/Tshisekedi aux États-Unis
Analyste Socio-Politique et expert en administration publique
