Djouna Mumbafu : “Papa Wemba avait vu en moi ce que moi-même je ne voyais pas ‘ (Par Félix Caleb Djamany – Le Quotidien)
À l’heure où s’ouvre une semaine de mémoire dédiée aux dix ans de la disparition de Papa Wemba, Le Quotidien engage une série d’entretiens d’exception. Une initiative portée par votre serviteur, Félix Caleb Djamany, avec une ambition claire : faire parler les héritiers, les témoins, les passeurs de flamme.
Car plus qu’un hommage, il s’agit ici d’une relecture vivante d’un héritage.
Premier à ouvrir cette séquence : Djouna Mumbafu (Big One) . L’auteur de « Yaya Londa »Une voix singulière, façonnée entre rigueur des maîtres et expériences internationales, entre fidélité et réinvention.
“La Foudre”, ou l’art de frapper juste
Félix Caleb Djamany :
Heureux de te retrouver mon cher Big One après si longtemps surtout que ton actualité est dense. Ton album, Foudre, intrigue autant qu’il fascine. Quel en est le contenu ?
Djouna Mumbafu :
Mon cher frère Félix Djamany le plaisir est vraiment partagé !
Foudre, ce n’est pas seulement un titre. C’est une énergie. Un projet de 12 morceaux, mais que je libère progressivement un par un sous forme de singles successifs. Aujourd’hui, la musique se vit dans la durée, pas dans la précipitation. Chaque titre doit respirer, trouver et toucher son public. . Je m’adapte à la tendance actuelle. C’est une nouvelle manière de faire vivre la musique.
Une scène, un moment : le Zénith comme révélateur
F.C.D. :
Une collaboration avec Héritier Watanabe est annoncée. On parle déjà d’un tournant.

Djouna Mumbafu :
Oui. Le titre s’appelle Big One. Et ce n’est pas un hasard. Héritier est un travailleur acharné. Il a une discipline rare. Je l’ai encore ressenti lors du tournage des clips que nous avons terminé le week end dernier .
Et si tout se passe comme prévu, je présenterai une partie de mon projet lors de son premier Zénith, le 6 juillet prochain. Ce sera un moment fort, pour lui, pour nous comme pour tout le public.
Papa Wemba, ou la lucidité d’un regard
F.C.D. :
Impossible de parler de toi sans évoquer Papa Wemba. Que reste-t-il de lui en toi ?
Djouna Mumbafu :
(Temps de silence)
Il reste l’essentiel.
« Papa Wemba avait vu en moi ce que moi-même je ne voyais pas. »
Il m’a appris à exister artistiquement. À être identifiable dès la première note. Ça, c’est une école.

C’est aussi lui qui m’a poussé à rentrer à Kinshasa alors que je n’avais pas mes papiers en Europe pour assurer la promo de l’album « Tonnerre de Brest » que j’étais allé lui offrir à son bureau de Bobigny à Paris. Il m’a assuré que mon talent me ferait revenir en un clin d’œil, et il avait raison!
F.C.D. :
Une école que tu as aussi fréquentée en studio, notamment en France…
Djouna Mumbafu :
Exact. Et avec des figures comme Bobo Pweso, avec qui j’ai travaillé. Ce sont des environnements où rien n’est laissé au hasard. Là-bas, j’ai compris que le talent ne suffit pas. Il faut une vision.
Pépé Kallé : la rigueur, la protection, la transmission
F.C.D. :
On parle souvent de Papa Wemba. Mais il y a aussi une autre figure majeure dans ton parcours : Pepe Kalle.
Djouna Mumbafu :
Pépé Kallé… c’était plus qu’un mentor. C’était un guide.
Il était dur. Très dur, même. À une époque, je pensais qu’il ne m’aimait pas. Mais c’est cette rigueur qui a fait de « Vilo Vilo » un tube dans le Top 10 de RTL-Tsingy.
(Puis il sourit)
Il me formait. Il m’apprenait la discipline, la retenue, ce que nous appelons “tuer le sel”. Il m’a protégé dans des moments où d’autres m’auraient laissé tomber.
Des débuts marqués par les aînés
F.C.D. :
Ton premier contrat international reste un moment clé. Il s’est joué en Guinée équatoriale, si je ne me trompe pas ?
Djouna Mumbafu :
Absolument. Et je ne peux pas en parler sans rendre hommage à ceux qui ont rendu cela possible.
Je pense à Grand-père Bozi Boziana, et à Son Excellence Christophe Muzungu, ancien ministre de la Culture et aujourd’hui ambassadeur de la RDC au Congo.

Ce sont eux qui se sont impliqués personnellement. Sans eux, ce contrat n’aurait peut-être jamais existé.
Une trajectoire sans frontières
F.C.D. :
Ton parcours dépasse largement les frontières congolaises.
Djouna Mumbafu :
Oui. J’ai eu cette chance.
Des tournées en Afrique, bien sûr — Angola, Guinée équatoriale…
Mais aussi le Canada, le Suriname, l’Europe…
Chaque public t’enseigne quelque chose. Chaque scène te remet en question. Et cela forge un artiste.
L’héritage, ou l’art de continuer sans trahir
F.C.D. :
Aujourd’hui, que signifie pour toi “hériter” ?
Djouna Mumbafu :
Hériter, ce n’est pas imiter.
C’est comprendre, digérer, puis transmettre.
Regarde ce que Papa Wemba a fait pour Reddy Amisi. Il s’est impliqué personnellement. C’est cet esprit-là que je veux perpétuer.
Une mémoire en mouvement
À travers cette parole dense, parfois grave, souvent lumineuse, Djouna Mumbafu ne se contente pas de raconter un parcours.
Il incarne une continuité.
Et dans cette semaine spéciale initiée par Félix Caleb Djamany (#CalebAfropulse), une évidence s’impose :
l’héritage de Papa Wemba ne se mesure pas seulement en chansons…
Mais en trajectoires humaines.
En fidélités silencieuses.
En visions transmises.
#CalebAfroPulse
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Félix Caleb Djamany
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