Est de la RDC : « Les vies congolaises ont la même valeur que les vies ukrainiennes. L’Europe doit sortir de son silence »

Communiqué de presse d’Elio Di Rupo (S&D) et Hilde Vautmans (Renew), députés européens belges

Le conflit dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) dure depuis plus de trente ans. Alors que la catastrophe humanitaire s’aggrave et que Joseph Kabila prend la tête d’un nouveau mouvement politico-militaire incluant le M23, Elio Di Rupo et Hilde Vautmans appellent l’Union européenne à sortir de son silence, à adopter des sanctions ciblées contre les responsables de la déstabilisation et à renforcer son action diplomatique et humanitaire.

Une tragédie humaine qui ne peut plus être ignorée

Le conflit dans l’Est de la République démocratique du Congo dure depuis plus de trente ans. Ses conséquences humaines sont dramatiques, et cette tragédie passe une nouvelle fois sous les radars. Environ 18,5 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire et 26,5 millions sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë. Selon les estimations des Nations unies, jusqu’à 6,4 millions de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays.

Le bilan cumulé des guerres au Congo depuis les années 1990 se chiffre en millions de morts. Face à une telle catastrophe, l’Europe ne peut détourner le regard. Si la guerre en Ukraine mobilise légitimement notre attention, cela ne peut justifier un deux poids, deux mesures. Les vies congolaises ont la même valeur que les vies ukrainiennes. La solidarité européenne ne peut pas dépendre de la géographie des conflits ni de leur visibilité médiatique. Cette différence de traitement porte atteinte à la crédibilité de l’Union européenne sur la scène internationale.

Joseph Kabila franchit un nouveau pas dans l’escalade

L’annonce par Joseph Kabila, ancien président de la RDC, de la création du Front pour la refondation de la nation (FRN), un mouvement politico-militaire incluant le M23, constitue une nouvelle escalade particulièrement préoccupante. Le M23, soutenu directement par le Rwanda, est responsable de graves exactions contre les populations civiles. En s’associant au M23 et en créant un nouveau mouvement politico-militaire, Joseph Kabila franchit un pas supplémentaire.

Il s’associe à une rébellion armée et revendique ouvertement le recours à la force pour renverser le pouvoir de Kinshasa, « par tous les moyens, y compris la force ». Un ancien président qui choisit de prendre la tête d’une coalition armée plutôt que de défendre ses ambitions par les voies politiques contribue directement au risque d’embrasement du pays. La menace dépasse désormais le seul conflit territorial dans l’Est. C’est la stabilité de toute la République démocratique du Congo, et plus largement celle de la région des Grands Lacs, qui est en jeu.

Le Rwanda doit respecter ses engagements

Le rôle du Rwanda et de son président, Paul Kagame, dans la poursuite du conflit ne peut plus être passé sous silence. L’accord de Washington, signé le 27 juin 2025 sous l’égide des États-Unis et avec la médiation du Qatar, prévoit des engagements clairs : la neutralisation des FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda – groupe armé principalement composé de combattants hutus rwandais), mais aussi le désengagement des forces rwandaises et la levée des mesures défensives du Rwanda. Ces obligations sont liées et doivent être mises en œuvre de manière coordonnée et vérifiable.

La mise en œuvre de ces engagements reste pourtant un enjeu central pour la paix dans la région. Le Rwanda ne peut dissocier la neutralisation des FDLR du retrait de ses forces de la RDC et de la fin de son soutien au M23. Le respect de l’accord de Washington doit se traduire par des actes concrets, vérifiables et conformes aux engagements pris. Un accord de paix ne peut être appliqué à la carte. L’Union européenne doit exiger le respect intégral des engagements de Washington, soutenir leur vérification indépendante et prendre des sanctions ciblées contre les responsables qui contribuent à la poursuite du conflit.

L’Europe doit passer des paroles aux actes

Cette évolution majeure exige une réaction claire des Européens. Pourtant, leur silence ces dernières heures est assourdissant. Face à une telle escalade, l’inaction n’est pas une option. Condamner ne suffit pas, et les lamentations sont stériles ! Les leviers diplomatiques de l’Union européenne ont un rôle important à jouer.

Des sanctions ciblées contre les responsables de cette déstabilisation sont nécessaires, à commencer par Joseph Kabila et les dirigeants de son mouvement, mais aussi contre les responsables rwandais qui soutiennent le M23. Dans le même temps, l’aide humanitaire doit se poursuivre et s’amplifier de toute urgence pour répondre aux besoins considérables des populations civiles. La crédibilité de l’Europe se mesure aussi à sa capacité à faire respecter les accords de paix qu’elle défend.

La population congolaise n’a que trop souffert. Elle a droit à la paix, au respect de la souveraineté de son pays et à des garanties concrètes de sécurité. L’Europe doit agir en conséquence.

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