Face à l’aventure périlleuse de Joseph Kabila : Daniel Mukoko Samba rappelle le devoir de la Nation

Il est des désaccords qui relèvent de la compétition politique. Il en est d’autres qui engagent l’idée même que l’on se fait de la Nation. Dans sa réaction publiée sur X à propos de la démarche de Joseph Kabila, Daniel Mukoko Samba pose une limite : aucune ambition de pouvoir ne peut dispenser un responsable congolais de respecter la souveraineté de son pays.

Cette parole mérite d’être saluée pour sa fermeté et pour le critère qu’elle oppose aux calculs politiques. Que deviennent le Congo et ses habitants dans les projets de ceux qui prétendent les sauver ?

En reprenant les mots de Laurent-Désiré Kabila, « Ne jamais trahir le Congo », le Vice-Premier Ministre place l’ancien président devant une exigence issue de son propre héritage. La formule oblige. Elle interdit de traiter la patrie comme un argument de mobilisation dont on pourrait ensuite négliger les frontières ou le peuple. On ne peut revendiquer la force morale de ces mots et se soustraire à l’examen de ses actes.

Expérience qui devrait imposer une retenue particulière

Le courage de Daniel Mukoko Samba tient à cette interpellation directe. Il rappelle qu’avoir exercé la magistrature suprême crée une responsabilité qui survit à la perte du pouvoir.

Un ancien président connaît le poids des décisions, la fragilité des institutions et les conséquences des rapports de force. Cette expérience devrait lui imposer une retenue particulière lorsque ses choix risquent d’aggraver les fractures nationales.

Joseph Kabila conserve le droit de contester son successeur. Ce droit ne constitue toutefois pas une réponse à toutes les questions que soulève sa démarche. Quel ordre politique veut-il construire ? Par quels moyens ?

Avec quelles garanties pour l’intégrité du territoire et la liberté de décision des Congolais ? Le mot « refondation » ne dispense de répondre à aucune de ces interrogations. Il les rend plus pressantes encore, puisqu’il annonce l’intention de revoir les fondements de la vie nationale.

C’est ici que la réaction du VPM révèle sa lucidité. Elle refuse de juger un projet à la seule promesse qu’il affiche. Une ambition politique doit être examinée à partir des conditions de sa réalisation. Si les moyens retenus compromettent la souveraineté que l’on promet de restaurer, la contradiction est entière. Et si la conquête du pouvoir exige de faire supporter aux populations de nouvelles violences, c’est la prétention à agir en leur nom qui devient contestable.

Le désir de revenir au premier plan ne saurait tenir lieu de projet national.

L’aventure est donc risquée pour Joseph Kabila lui-même. Un ancien chef de l’État engage dans chacun de ses choix une part du bilan qu’il laissera. Son passé présidentiel ne le protège pas du jugement ; il donne à ce jugement davantage de matière.

Après avoir incarné l’État, il lui appartient d’expliquer comment son action en préserve la continuité et l’indépendance. Le désir de revenir au premier plan ne saurait tenir lieu de projet national.

Mais le passage le plus juste de la réaction de Daniel Mukoko Samba concerne les compatriotes de l’Est. Ils ont besoin de pouvoir rentrer chez eux, cultiver leurs terres et reprendre leurs activités sans craindre pour leur vie.

Ces aspirations concrètes devraient commander le débat. Elles permettent aussi de mesurer la distance qui peut séparer les discours de reconquête politique des besoins de ceux qui en subissent les conséquences.

En écrivant que leur souffrance ne saurait devenir « un marchepied vers le pouvoir », le VPM formule une exigence qui doit s’appliquer à tous. C’est précisément cette portée générale qui donne du poids à son propos. La fidélité au Congo ne se mesure pas à l’appartenance à un camp. Elle oblige chaque responsable à répondre des effets de son action sur la sécurité des citoyens et sur la souveraineté nationale.

Saluer cette prise de parole ne revient donc pas à distribuer un brevet de patriotisme. C’est reconnaître la valeur d’une intervention qui ramène la controverse à une question de responsabilité.

Daniel Mukoko Samba rappelle à Joseph Kabila que l’autorité passée ne confère aucun droit supérieur sur l’avenir du pays.

Le Congo n’est l’héritage politique d’aucune famille ni la propriété de ceux qui l’ont gouverné. Celui qui entend le refonder doit commencer par dire clairement ce qu’il refuse de lui faire subir pour retrouver le pouvoir.

Danny Matadi

 

 

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