Forum du Génie scientifique 2026 : le projet SNIJ propose une révolution numérique pour moderniser la justice congolaise

La modernisation du système judiciaire congolais pourrait franchir une étape décisive grâce au Système National d’Information Judiciaire (SNIJ), une innovation technologique développée par MAYIMUNA GROUP, entreprise de droit congolais. Présenté lors du Pré-Forum du Génie scientifique congolais (FGSC 2026), ce projet a retenu l’attention des experts et des membres du jury en proposant une réponse concrète aux défis structurels qui freinent depuis des années le fonctionnement de la chaîne pénale en République démocratique du Congo.

Conçu comme une plateforme numérique nationale, le SNIJ ambitionne de transformer la manière dont les informations judiciaires sont collectées, conservées et partagées entre les différents acteurs de la justice. À travers une approche intégrée, le projet entend mettre fin à la fragmentation des données, à la gestion essentiellement manuelle des dossiers et aux nombreuses difficultés liées à l’identification des personnes poursuivies par la justice.

Les promoteurs du projet partent d’un constat préoccupant : faute d’un système centralisé, les informations relatives aux personnes interpellées, poursuivies ou détenues restent dispersées entre les services de police, les parquets, les juridictions et les établissements pénitentiaires. Cette situation complique le suivi des procédures, ralentit le traitement des dossiers et ouvre parfois la voie à des erreurs d’identité ou à des fraudes.

Pour répondre à ces défis, le SNIJ prévoit l’attribution d’un identifiant biométrique unique à chaque personne concernée par une procédure judiciaire. Basé sur les empreintes digitales et la reconnaissance faciale, ce dispositif permettra d’assurer une identification rapide et fiable tout au long du parcours judiciaire, depuis l’interpellation jusqu’à l’exécution de la décision de justice.

Dans la pratique, cette innovation devrait considérablement améliorer le travail quotidien des professionnels de la justice. Les officiers de police judiciaire pourront vérifier l’identité d’une personne en quelques instants, les greffes accéderont immédiatement aux dossiers numériques et les juridictions disposeront d’informations harmonisées sans devoir reconstituer les procédures à partir de multiples registres papier.

Le projet introduit également un registre d’écrou entièrement numérisé destiné aux établissements pénitentiaires. Ce système permettra de suivre en temps réel la situation des personnes détenues et générera automatiquement des alertes lorsque certaines détentions préventives approcheront ou dépasseront les délais prévus par la loi. Cette fonctionnalité vise à renforcer le respect des droits fondamentaux tout en améliorant la gestion des établissements pénitentiaires.

L’une des principales innovations du SNIJ réside dans l’interconnexion de l’ensemble des institutions de la chaîne pénale. Police judiciaire, parquets, tribunaux et prisons partageront désormais les mêmes informations au sein d’une plateforme unique. Cette interopérabilité permettra d’éviter les doubles encodages, les pertes de documents et les ruptures dans le suivi des procédures.

Au-delà de la gestion quotidienne des dossiers, le système produira des statistiques judiciaires nationales fiables, offrant aux pouvoirs publics des indicateurs précis pour orienter les politiques publiques en matière de justice. Une telle base de données constitue une première à l’échelle nationale et pourrait contribuer à une meilleure planification des réformes du secteur.

Le projet prévoit également une ouverture vers la coopération internationale. Grâce à son interconnexion avec les mécanismes existants de liaison avec Interpol, il facilitera les vérifications d’identité et renforcera les capacités de lutte contre la récidive, les identités multiples et certaines formes de criminalité transfrontalière.

Les concepteurs du SNIJ accordent par ailleurs une importance particulière à la souveraineté numérique. L’ensemble des données sera hébergé sur le territoire congolais et le code source demeurera la propriété de l’État. Cette orientation vise à garantir la maîtrise nationale des infrastructures numériques stratégiques tout en réduisant la dépendance à l’égard de solutions étrangères.

Le projet intègre également un important programme de transfert de compétences. Une équipe d’une cinquantaine de spécialistes congolais sera formée afin d’assurer le déploiement, la maintenance et l’évolution du système. Les initiateurs souhaitent ainsi construire une expertise locale durable capable d’accompagner la transformation numérique du secteur judiciaire.

Le SNIJ comporte en outre un module consacré à la gestion des amendes judiciaires et routières. Grâce à un système de paiement électronique accessible par voie bancaire ou via le mobile money, chaque transaction sera associée à une référence unique et à une quittance numérique sécurisée. Cette innovation vise à renforcer la traçabilité des paiements, à limiter les manipulations d’espèces et à améliorer le recouvrement des recettes publiques.

Selon les estimations présentées par les promoteurs, ce mécanisme pourrait permettre d’accroître significativement les recettes effectivement reversées au Trésor public, tout en garantissant que ces fonds demeurent exclusivement la propriété de l’État. Ils rappellent également que le paiement d’une amende ne pourra en aucun cas se substituer à une décision judiciaire relative à une éventuelle libération, laquelle restera de la compétence exclusive des magistrats.

À terme, les concepteurs envisagent le déploiement du système dans 431 sites répartis sur l’ensemble des 26 provinces du pays, incluant les cours d’appel, les tribunaux, les établissements pénitentiaires ainsi que les postes de police judiciaire. Cette couverture nationale traduit l’ambition de bâtir une infrastructure numérique unifiée capable d’accompagner durablement la modernisation de la justice congolaise.

La présentation du projet au Pré-Forum du Génie scientifique congolais a suscité un intérêt marqué de la part des membres du jury, qui ont multiplié les questions techniques afin d’évaluer la faisabilité, la robustesse et les perspectives de cette innovation. Les échanges ont témoigné de l’attention portée à une solution qui entend répondre à des besoins concrets de l’administration judiciaire.

Présente lors de cette séance d’évaluation, la Professeure Marie-Thérèse Sombo Ayanne, ministre de l’Enseignement supérieur, Universitaire, Recherche scientifique et Innovations et marraine du Forum, a salué le caractère innovant du projet et encouragé ses initiateurs à poursuivre leurs efforts. Son appréciation constitue un signal fort en faveur des solutions technologiques développées localement pour accompagner les grandes réformes publiques.

En proposant une plateforme intégrée fondée sur la biométrie, l’interconnexion des institutions, la sécurisation des données et la numérisation des procédures, le Système National d’Information Judiciaire se positionne comme un projet structurant susceptible de contribuer à une justice plus efficace, plus transparente et davantage adaptée aux exigences d’un État moderne. Il illustre également la capacité de l’innovation congolaise à apporter des réponses concrètes aux défis de gouvernance et de transformation numérique du pays.

 

Corinne Ontande

 

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