Gouvernance de Félix Tshisekedi : Entre absence de contrôle technique et dérives dans la gestion des finances publiques [Tribune libre de Neyker-Shalom Tokolo Pokotoy, Chercheur en Droit Public Interne et Analyste Politique ]

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Aujourd’hui, cela fait plus de sept ans depuis l’investiture du Président de la République Démocratique du Congo, Félix Tshisekedi. Proclamé par la CENI et confirmé par la Cour constitutionnelle comme Président élu en décembre 2018, cette personnalité politique issue de l’opposition congolaise portait alors les aspirations d’un peuple meurtri et appauvri depuis plusieurs décennies.

Le peuple attendait de voir les actions communautaires de grande envergure d’un opposant réputé résistant et très critique, devenu Président de la République.

Cependant, son mandat fut rapidement confronté à plusieurs défis politiques nés des conflits chroniques entre sa plateforme politique, le CACH, et le FCC de son prédécesseur Joseph Kabila, majoritaire au Parlement. Les deux camps avaient pourtant formé une coalition dénommée FCC-CACH afin de diriger ensemble le pays.

Par la suite, la grave crise politique survenue au sein de cette coalition donna l’occasion à Félix Tshisekedi de procéder à ce qu’il avait qualifié de << déboulonnement du système kabiliste. >> Derrière lui, le peuple applaudissait, estimant qu’il s’agissait d’une meilleure option pour relever les défis récurrents au sein des institutions de la République.

Dans cette dynamique de changement voulue par plusieurs Congolais, l’administration Tshisekedi surprit néanmoins l’opinion publique avec un premier grand scandale présumé de détournement des deniers publics : le célèbre procès des << 100 jours . >> Son Directeur de cabinet de l’époque, Vital Kamerhe, fut pointé comme auteur présumé, accompagné de plusieurs coaccusés dans cette affaire de mafia financière.

Selon ce procès, plus de 50 millions de dollars américains auraient été détournés.

Condamné en première instance, Vital Kamerhe poursuivit néanmoins la procédure en appel jusqu’à obtenir son acquittement, c’est-à-dire son blanchiment par la justice. Toutefois, les fonds présumés détournés ne furent jamais restitués au Trésor public.

Ce procès constitua ainsi le premier grand spectacle de déception du peuple congolais vis-à-vis de la gouvernance du Président Félix Tshisekedi.

Quelques temps plus tard, une série de présumés détournements au sein des institutions publiques fut signalée par plusieurs structures étatiques, notamment l’Inspection générale des finances (IGF). Curieusement, ces présumés détourneurs ont toujours échappé aux poursuites judiciaires. Dès lors, une question demeure : s’agit-il d’une faiblesse au sommet de l’État ou simplement d’une tolérance qui finit par piéger le régime lui-même ?

En 2023, Félix Tshisekedi fut réélu massivement par le peuple congolais comme Président de la République. Aux yeux de nombreux citoyens, ce second mandat devait être celui de la rupture avec les antivaleurs.

Malheureusement, contre toute attente, plusieurs alertes relatives à des détournements présumés massifs de fonds publics, tant à Kinshasa qu’en provinces, furent lancées par l’IGF, la Cour des comptes ainsi que d’autres structures étatiques et citoyennes. Pourtant, malgré leur gravité, ces faits ne semblent pas faire l’objet de répressions rigoureuses et correctives.

Des projets d’intérêt général tels que les forages, les lampadaires, les infrastructures routières, le programme de développement local des 145 territoires, entre autres, ont été cités dans cet arsenal de présumés détournements des fonds qui leur étaient affectés. Comme toujours, le peuple n’a malheureusement pas appris que des sanctions sévères avaient été infligées aux présumés auteurs de ces actes criminels.

Sachant qu’ils appartiennent à ce réseau dévastateur des finances publiques, plusieurs acteurs, pour se protéger et continuer à saigner les caisses de l’État, ont choisi la voie de la flatterie en couvrant quotidiennement le Président de la République d’éloges excessifs.

Aujourd’hui, le constat est clair : le régime perd progressivement la confiance des citoyens.

Dès lors, une question fondamentale me revient constamment à l’esprit : le Chef de l’État manque-t-il de volonté politique dans la conception, la formulation et la mise en œuvre de politiques publiques de qualité assorties d’un contrôle impartial et périodique au bénéfice des citoyens ? Ou bien est-ce plutôt son entourage qui entrave ses actions progressistes ?

Une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux montre d’ailleurs le Président Félix Tshisekedi très remonté contre ceux à qui les travaux d’assainissement de la ville de Kinshasa avaient été confiés. Manifestement, les travaux exécutés ne correspondaient pas à la vision voulue par le Chef de l’État, malgré le décaissement de fonds qu’il jugeait lui-même colossaux.

Après avoir visionné cette vidéo, j’ai finalement compris que le Président de la République possède certainement la volonté de voir les choses changer véritablement dans le pays sous son règne.

Cependant, il semble entouré de collaborateurs très incompétents ainsi que de gouverneurs jugés médiocres par leurs propres populations, lesquels ne l’aident pas à mettre en œuvre des politiques publiques de qualité au bénéfice de la nation congolaise.

L’une des principales faiblesses que l’on peut relever dans sa gouvernance demeure l’absence quasi totale d’un véritable régime de sanctions contre ces acteurs politiques inefficaces.

La triste réalité qu’il a lui-même constatée à Kinshasa est encore pire dans certaines provinces du pays.

Face à cette déception grandissante, que faut-il faire aujourd’hui pour restaurer l’autorité de l’État ainsi que la confiance ternie des citoyens ?

Pour répondre à cette question, j’invite humblement le Chef de l’État à effectuer une véritable mission d’inspection dans toutes les villes de la République, excepté celles actuellement sous occupation de l’armée rwandaise et de ses supplétifs de l’AFC/M23, afin qu’il puisse constater lui-même ce que font réellement certaines autorités établies qui, bien qu’elles bénéficient de sa confiance, détruisent criminellement sa crédibilité auprès des citoyens.

Avant d’entamer cette tournée, je lui suggère d’être accompagné des ministres du Budget, des Finances publiques ainsi que des ITPR, lesquels devraient lui présenter un tableau récapitulatif des programmes de réhabilitation et de construction d’infrastructures déjà financés dans chacune des entités concernées.

Il comprendrait alors pourquoi plusieurs Congolais se découragent aujourd’hui de le soutenir comme auparavant.

J’ai personnellement ressenti sa douleur dans cette vidéo. J’ai même imaginé qu’il était prêt à gifler quelqu’un. Qu’un homme reconnu pour sa douceur arrive à un tel niveau de colère prouve qu’il était profondément chagriné par la légèreté et l’inefficacité du travail accompli par certains de ses collaborateurs et représentants dans nos provinces.

À ce stade, il devrait comprendre que son mandat tend progressivement vers sa fin. Ainsi, s’il souhaite se distinguer et marquer positivement l’esprit des Congolais, il lui devient impérieux de prendre des décisions courageuses consistant à se séparer de tous les collaborateurs jugés inaptes ainsi que des gouverneurs dont la médiocrité a atteint un niveau intolérable.

S’il ne le fait pas, le peuple pourrait finir par le considérer comme complice de ses souffrances quotidiennes.

Par ailleurs, il devrait se méfier des flatteurs qui viennent lui chanter régulièrement à l’oreille : << changement de Constitution >>, << Fatshi béton tiiii na troisième mandat >>, ainsi que d’autres slogans courtisans.

Il n’est pas mauvais d’envisager un troisième mandat. Toutefois, il n’est pas sérieux de vouloir poursuivre avec les mêmes personnes qui échouent aujourd’hui tout en espérant obtenir des résultats différents demain.

Que Dieu lui permette de découvrir que plusieurs projets financés par le Gouvernement central qu’il a nommé ne sont finalement restés que de simples dessins sur papier au lieu de devenir des réalités palpables, simplement parce que les fonds publics y alloués auraient été systématiquement détournés.

Comme je l’avais déjà affirmé depuis 2021, il fait face à un vieux système transversal de prédation et de crimes financiers profondément institutionnalisé dans la gouvernance publique de la RDC.

Par conséquent, pour y faire face efficacement, il doit développer une véritable culture d’évaluation technique et de contrôle de qualité afin de détecter ce dangereux réseau mafieux et de procéder à des sanctions exemplaires et rigoureuses contre ses membres, dans le but de préserver la dignité de l’État et de promouvoir le bien-être des citoyens congolais.

Je conclus avec cette citation tirée du discours du Président du PASTEF, Ousmane Sonko, après son élection comme Président de l’Assemblée nationale du Sénégal, le 26 mai 2026 :

<< Un pays ne meurt pas seulement de la pauvreté matérielle, mais il peut aussi mourir lorsque les institutions cessent d’être au service du peuple et deviennent des instruments de confort, de peur et de calcul.>>

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