Kisenge, le manganèse qui peut replacer la RDC dans la bataille mondiale des batteries    (Par Nico Minga, économiste et géostratège)  

La RDC veut réveiller un géant minier longtemps oublié. À Kisenge, dans le Lualaba, la société publique SCMK-Mn recherche un partenaire privé pour développer une unité de transformation du manganèse en dioxyde de manganèse électrolytique – EMD, pour un investissement annoncé de 100 millions de dollars. Un projet industriel qui pourrait surtout permettre au pays de monter d’un cran dans la chaîne mondiale des matériaux pour batteries.

L’enjeu dépasse largement les 100 millions de dollars annoncés. Le manganèse est désormais considéré comme un minerai critique par les États-Unis et l’Union européenne.

Selon l’US Geological Survey, la production mondiale a atteint environ 20 millions de tonnes de manganèse contenu en 2025, dominée par l’Afrique du Sud, avec 7,6 millions de tonnes, le Gabon, avec environ 5 millions, et le Ghana, autour de 2 millions. Le Congo-Kinshasa, autrefois producteur important, a quasiment disparu de cette carte industrielle.

Pourtant, Kisenge possède une histoire minière considérable. Quelque 7,4 millions de tonnes de minerai y auraient été extraites entre 1950 et 1986, selon une étude publiée dans Ore Geology Reviews.

Les données historiques du gouvernement congolais faisaient également état de plusieurs millions de tonnes de ressources à teneurs élevées en manganèse. Ces estimations anciennes devront toutefois être actualisées et certifiées selon les standards internationaux avant tout investissement industriel majeur.

Le retour de Kisenge intervient surtout à un moment géopolitique favorable. La Chine contrôle aujourd’hui environ 95 % de la production mondiale de sulfate de manganèse de haute pureté, un matériau stratégique pour certaines batteries lithium-ion, selon l’Agence internationale de l’énergie. Washington et Bruxelles cherchent désormais à réduire cette dépendance et à sécuriser de nouvelles chaînes d’approvisionnement en minerais critiques.

La RDC possède ainsi une carte supplémentaire dans un jeu qu’elle maîtrise déjà partiellement grâce au cuivre et au cobalt. Mais reproduire avec le manganèse le modèle historique d’exportation du minerai brut constituerait une occasion manquée. La véritable valeur se situe dans la transformation chimique, notamment dans l’EMD et, à terme, dans le sulfate de manganèse de haute pureté, utilisé dans plusieurs technologies de cathodes.

L’équation logistique évolue également. L’activité de Kisenge avait fortement décliné à partir des années 1980, notamment avec les perturbations du chemin de fer reliant cette région minière à l’Atlantique. Au premier trimestre 2026, les exportations provisoires de SCMK-Mn n’étaient encore que d’environ 2 500 tonnes de concentré, loin de ses volumes historiques.

Mais le 26 août 2026, la RDC a franchi une étape majeure en signant avec Mota-Engil Africa une concession de trente ans pour la réhabilitation et l’exploitation du corridor ferroviaire Dilolo–Kolwezi–Tenke–Lubumbashi–Sakania, pour un programme d’investissement annoncé autour de 1,25 milliard de dollars. La reconnexion à l’axe de Lobito pourrait offrir à Kisenge une ouverture logistique compétitive vers l’Atlantique et les marchés occidentaux.

Le projet doit donc être pensé au-delà d’une simple usine de 100 millions de dollars. Kisenge pourrait devenir le noyau d’un pôle industriel du manganèse, associant extraction, raffinage, chimie spécialisée et, progressivement, matériaux pour batteries. Le partenaire privé devrait apporter non seulement du capital, mais également technologie, marchés, contrats d’enlèvement et transfert de compétences.

Dans la bataille mondiale des minerais critiques, posséder le sous-sol ne suffit plus. La puissance économique commence là où s’arrête l’exportation du minerai brut.

Pour la RDC, Kisenge représente précisément la frontière qui sépare une économie minière d’une véritable puissance industrielle.

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