La République Vendue : Le scandale des versements cachés à Kigali

0
IMG_202506169_112315507

Par Jean Aimé Mbiya Bondo Shabanza

(Vice-président fédéral et Représentant Adjoint /UDPS‑Tshisekedi USA · Expert en Administration Publique & Analyste Socio‑politique)

Introduction

Dans un contexte politique marqué par une profonde défiance entre les citoyens et leurs dirigeants, la République Démocratique du Congo (RDC) se trouve confrontée à l’une des révélations les plus graves de son histoire contemporaine.

Lors d’émissions distinctes sur la chaîne Top Congo, deux personnalités majeures ayant appartenu au cercle du pouvoir sous Joseph Kabila — Jean-Pierre Bemba Gombo, actuel Vice-Premier Ministre des transports, et l’honorable Willy Mishiki, député national et ancien membre du gouvernement — ont affirmé que le régime de l’ancien président Joseph Kabila aurait versé mensuellement 66 millions de dollars américains au gouvernement rwandais.

Ces transferts financiers, selon leurs témoignages concordants, ne passaient ni par la Banque Centrale du Congo (BCC), ni par les circuits bancaires traditionnels. Ils auraient été effectués par des voies parallèles, au moyen de collectes informelles auprès des sociétés minières opérant à l’est du pays. Cette opération financière secrète aurait été orchestrée par Albert Yuma, alors président du conseil d’administration de la Gécamines et, dans le même temps, influent au sein de la BCC.

De telles accusations, si elles sont avérées, ne relèvent pas simplement d’un scandale financier. Elles soulèvent de graves soupçons de haute trahison, mettant en cause la loyauté même de l’ancien chef de l’État et de son entourage immédiat envers la nation congolaise. Car verser des milliards de dollars à un pays considéré non seulement comme un voisin mais aussi comme un agresseur régulier — impliqué dans des guerres, des pillages miniers et des violations graves des droits humains sur le sol congolais — constitue une compromission inadmissible de la souveraineté nationale.

Plus encore, ces révélations jettent une lumière crue sur la nature du système mis en place sous le régime Kabila, un système où les intérêts privés et les alliances obscures primaient sur l’intérêt général, où la gestion des ressources de l’État était volontairement soustraite aux mécanismes de transparence, et où la souffrance du peuple servait de toile de fond à des arrangements géopolitiques et économiques opaques. Pendant que les enseignants, les médecins, les policiers, les militaires et les fonctionnaires étaient laissés à eux-mêmes, privés de salaires décents et de conditions de travail minimales, des dizaines de millions de dollars étaient, selon ces sources, acheminés hors du pays, sans justification budgétaire, sans débat parlementaire, et sans aucun contrôle des institutions de redevabilité.

Ces révélations ne sont pas anecdotiques. Elles interviennent à un moment où la RDC tente, tant bien que mal, de restaurer la confiance dans ses institutions, de reconstruire son tissu social et économique, et de réaffirmer son autorité sur l’ensemble de son territoire. En exposant au grand jour les rouages de cette trahison silencieuse, elles invitent à une introspection nationale sur la manière dont le pouvoir est exercé dans ce pays, et sur la nécessité impérieuse de remettre l’éthique patriotique au centre de la gouvernance.

Il ne s’agit pas ici d’un simple règlement de comptes politique ou d’un épisode passager dans le tumulte de l’actualité congolaise. Il s’agit d’un signal d’alarme historique, lancé à une nation qui ne peut plus se permettre de confier son destin à des dirigeants mus par des intérêts personnels, étrangers ou financiers. La patrie n’est pas à vendre, et les ressources naturelles du Congo ne doivent plus jamais servir à entretenir des alliances contre-nature avec ceux qui participent à sa déstabilisation.

Ce scandale présumé interpelle donc avec force les générations futures. Il leur impose un choix moral et politique clair : faut-il continuer à idolâtrer le pouvoir pour le pouvoir, quitte à sacrifier l’intérêt du pays, ou faut-il réapprendre à aimer le Congo, à en défendre chaque parcelle de terre, chaque citoyen, chaque ressource ? Ce n’est qu’en privilégiant le patriotisme au carriérisme, la vérité à la complicité, et la transparence à l’opacité que le pays pourra espérer sortir du cycle des trahisons et des pillages qui freinent son envol.

À travers la parole libérée de figures politiques majeures, c’est toute une société qui est invitée à prendre conscience de l’impératif d’un renouveau éthique. Et ce renouveau commence par une rupture radicale avec les pratiques du passé. Les jeunes générations, la diaspora, les femmes et les hommes de bonne volonté doivent désormais se lever et refuser la banalisation de la corruption. Aimer le pays plus que le pouvoir : telle doit être la devise de tout dirigeant digne d’exercer une quelconque responsabilité publique en RDC.

 

I. Les racines géopolitiques de la trahison

1. Histoire du pillage : une mémoire collective bafouée

Depuis les années 1990, l’Est de la République Démocratique du Congo est le théâtre d’une prédation systématique de ses ressources naturelles par des puissances étrangères, au premier rang desquelles figure le Rwanda. Sous couvert de préoccupations sécuritaires, les forces rwandaises ont occupé des territoires congolais riches en minerais stratégiques — coltan, or, cassitérite —, les exploitant à leur profit, souvent avec la complicité de groupes armés et de réseaux mafieux. Le rapport du Panel des Nations Unies sur l’exploitation illégale des ressources en RDC (2001, 2002) avait déjà documenté cette spoliation méthodique.

Dans ce contexte, les révélations selon lesquelles le gouvernement Kabila aurait versé 66 millions USD par mois à ce même Rwanda constituent non seulement une contradiction morale, mais aussi une trahison historique. Verser des milliards à un pays accusé de crimes de guerre sur le sol congolais, tout en abandonnant les populations de Beni, Ituri ou Rutshuru à leur sort, c’est renier les souffrances du peuple et faire fi de la mémoire des millions de victimes de l’agression rwandaise.

 

2. Mainmise rwandaise : une présence planifiée dans les rouages de l’État

Les soupçons de collusion entre certains hauts responsables congolais et les intérêts rwandais ne datent pas d’hier. Depuis la fin de la deuxième guerre du Congo (1998–2003), des analystes ont dénoncé l’infiltration de l’appareil sécuritaire et économique congolais par des individus ou groupes liés aux services de Kigali. Cette stratégie de pénétration a permis au Rwanda d’exercer une influence directe ou indirecte sur les décisions politiques à Kinshasa, notamment en matière de contrats miniers, de nominations stratégiques, et de gestion de la sécurité dans l’Est.

La mainmise du Rwanda sur certains pans de l’économie congolaise, facilitée par des réseaux internes corrompus, s’apparente à une forme de tutelle déguisée. En ce sens, les paiements secrets évoqués par Bemba et Mishiki ne seraient que la pointe émergée d’un iceberg géopolitique : celui d’un pays souverain affaibli de l’intérieur par des complicités politiques qui ont permis à un ancien agresseur de devenir partenaire occulte du régime, au détriment du peuple.

3. Économie parallèle : des milliards en dehors du budget national

 

L’utilisation de circuits parallèles pour transférer d’énormes sommes au Rwanda illustre une dérive gravissime : celle de l’économie de l’ombre, échappant à tout contrôle institutionnel. Selon les témoignages, ces paiements étaient organisés en dehors de la Banque Centrale du Congo, à partir de collectes non déclarées auprès de grandes entreprises minières opérant à l’Est. Ce mécanisme financier clandestin constitue une double trahison : d’une part, il prive l’État congolais de revenus légitimes nécessaires au financement de ses hôpitaux, écoles ou routes ; d’autre part, il alimente une puissance étrangère hostile, en contradiction totale avec les intérêts nationaux.

Une telle économie parallèle ne peut fonctionner sans la complicité active de hauts fonctionnaires, d’acteurs économiques nationaux et de responsables politiques. Elle trahit l’essence même de l’État de droit et rend caduques toutes les politiques publiques de développement, car les ressources sont détournées à la source pour servir des intérêts privés et étrangers. Cette gestion opaque et souterraine du patrimoine congolais constitue une offense majeure à la souveraineté nationale.

4. Complicité interne : le silence coupable de l’élite congolaise

Si ces versements ont pu se produire pendant plusieurs années sans réaction institutionnelle majeure, c’est en grande partie à cause du mutisme complice de l’élite politique et économique congolaise. La haute trahison ne réside pas uniquement dans l’acte de verser de l’argent à un pays agresseur, mais également dans l’organisation systémique du silence, de l’omerta, et de la normalisation de l’abus.

Où étaient les parlementaires, les magistrats, les institutions de contrôle, les partis d’opposition pendant que ces transactions avaient lieu ? Pourquoi les organes de l’État n’ont-ils pas tiré la sonnette d’alarme ? La réponse est simple : nombre d’entre eux faisaient partie du système ou bénéficiaient indirectement de cette manne illicite. Ce silence collectif est en lui-même une trahison nationale. Il rappelle que la véritable souveraineté ne dépend pas uniquement des lois ou des frontières, mais de l’intégrité morale des femmes et des hommes appelés à servir la République.

 

5. Effet domino géopolitique : une République affaiblie et désarmée

Au-delà des considérations morales et économiques, ce système de paiements occultes a eu un impact stratégique désastreux. Il a renforcé le Rwanda sur le plan régional, consolidant sa capacité à financer des groupes armés en RDC et à peser sur les rapports de force militaires et diplomatiques. Pendant que la RDC se vidait de ses ressources, Kigali renforçait son appareil sécuritaire, tissait des alliances stratégiques, et consolidait son image auprès de partenaires internationaux.

En affaiblissant délibérément la RDC de l’intérieur, le régime de Joseph Kabila a ouvert la voie à une nouvelle forme de vassalisation politique. Il ne s’agit plus d’occupation militaire directe, mais d’un contrôle indirect via la corruption, les circuits financiers occultes et la soumission stratégique. Cette dynamique compromet gravement la capacité de la RDC à défendre ses intérêts dans la région des Grands Lacs et sur la scène internationale. Elle expose également les futures générations à un héritage toxique, où la dépendance économique devient le prolongement d’une trahison politique.

II. Mécanisme de l’opération : opacité et criminalité institutionnalisée

 

1. Contournement méthodique des circuits officiels : un État dans l’État

L’opération par laquelle 66 millions de dollars étaient transférés chaque mois au Rwanda n’a pas suivi les canaux traditionnels de gestion publique. Aucun enregistrement dans les états financiers officiels, aucun passage par la Banque Centrale du Congo (BCC), aucune traçabilité par les systèmes de comptabilité nationale. Cette discrétion méthodique, dénoncée par Jean-Pierre Bemba et confirmée par Willy Mishiki, révèle la mise en place d’un système parallèle de gestion des finances de l’État, tenu à l’écart de tout mécanisme légal de contrôle.

Ce contournement délibéré des voies officielles n’est pas le fruit d’une improvisation, mais le résultat d’un plan structuré et protégé par le sommet de l’État. Il démontre une volonté consciente d’échapper à toute forme de surveillance parlementaire, judiciaire ou citoyenne. En d’autres termes, il s’agissait d’une stratégie de gouvernement hors Constitution, où les décisions engageant les intérêts du pays se prenaient dans l’ombre, par un réseau fermé, agissant au-dessus des lois et des institutions.

2. Rôle du secteur minier : un pillage maquillé en patriotisme économique

Au centre de cette machination : le secteur minier. Pendant que la RDC se vantait d’être un géant minier, ses ressources stratégiques — cuivre, cobalt, coltan, or — étaient utilisées pour alimenter un système de captation illicite. Des opérateurs miniers, sous la pression ou la complicité de hauts responsables étatiques, étaient contraints de contribuer à cette économie parallèle, versant des fonds directement dans des circuits privés utilisés pour les transferts clandestins vers le Rwanda.

Des figures clés, comme Albert Yuma, alors président du conseil d’administration de la Gécamines et influent dans la gestion de la BCC, sont pointées du doigt comme chevilles ouvrières de cette redistribution secrète des ressources. Ce rôle trouble entre patriotisme de façade et soumission réelle à des intérêts étrangers transforme les sociétés d’État en instruments de prédation, détournant les richesses du pays au profit d’un régime illégitime. Cette confusion volontaire entre les intérêts du pays et ceux du clan au pouvoir a permis de maquiller le pillage en politique économique nationale.

 

3. Failles institutionnelles et effondrement du contrôle de l’État

Le scandale révèle à quel point les institutions publiques avaient été affaiblies, vidées de leur rôle de contrôle et transformées en simples coquilles institutionnelles. Parlement, Cour des comptes, Inspection générale des finances, ANR, DGRAD, tous les organes supposés garantir la transparence et la bonne gestion étaient soit neutralisés, soit complices. Ce dysfonctionnement était entretenu par un système de nominations clientélistes, où la loyauté au clan Kabila primait sur la compétence et l’éthique.

L’appareil d’État ne jouait plus son rôle républicain. Il servait à protéger un système de prédation, en empêchant toute voix dissidente de percer. Ce verrouillage a permis que des milliards soient extraits des caisses du pays sans opposition, sans audit, sans débat parlementaire. Le contrôle fiscal et budgétaire, réduit à une formalité, n’existait plus que sur papier, alors que les pratiques réelles étaient guidées par la loi du silence et de la peur.

 

4. Inversion des priorités : quand le pouvoir prime sur la patrie

Au lieu de mobiliser les ressources pour moderniser les hôpitaux, améliorer les salaires des enseignants, construire des routes, équiper les forces armées ou protéger les populations civiles dans l’Est, le régime Kabila a préféré les affecter à des paiements secrets vers un État agresseur. Cette inversion cynique des priorités nationales constitue un reniement absolu du pacte républicain.

Cette trahison manifeste n’était pas une erreur stratégique, mais un choix politique assumé : celui de maintenir au pouvoir un régime affaibli en s’assurant le silence, voire la protection, d’un voisin influent dans les affaires régionales. Le bien-être du peuple a été sacrifié pour la stabilité du régime, et cette logique de survie politique à tout prix a transformé l’exercice du pouvoir en machine de compromission nationale.

 

5. Conséquences sociales : misère organisée et abdication de l’État

Pendant que des dizaines de millions de dollars sortaient du pays chaque mois pour des intérêts étrangers, des millions de Congolais vivaient dans des conditions inhumaines. Environ 80 % de la population congolaise vivait avec moins de 1,90 USD par jour, les enseignants étaient en grève pour impayées, les hôpitaux publics croulaient sous le manque d’équipements, et les routes rurales étaient quasiment inexistantes.

Cette misère n’est pas accidentelle : elle est le résultat direct d’un régime qui a organisé la spoliation de ses propres citoyens pour préserver des alliances occultes. Le contraste entre les fonds détournés et les conditions de vie de la population est insoutenable. Le pouvoir n’a pas seulement failli à sa mission : il a sciemment trahi le peuple congolais en le privant des dividendes de son propre sol.

III. Le révélateur Bemba et Mishiki : déchirement interne du régime

1. Bemba rompt le silence : un acte de rupture et de vérité

Lorsque Jean-Pierre Bemba Gombo, actuel vice-premier ministre en charge des Transports, mais surtout ancien chef de guerre et figure emblématique du régime Kabila, prend publiquement la parole pour dénoncer un versement mensuel de 66 millions USD de la RDC au Rwanda, il ne s’agit pas d’une simple déclaration politique : c’est une bombe morale et institutionnelle. En rompant le silence sur ces pratiques occultes, Bemba fait plus que dénoncer une anomalie financière ; il révèle un système de gouvernance corrompu et soumis à des intérêts étrangers, en totale contradiction avec l’esprit républicain.

La sortie médiatique de Bemba constitue un tournant historique, car elle provient d’un homme qui a lui-même été à la table du pouvoir. Cette dénonciation publique jette une lumière crue sur un système de duplicité politique dans lequel les intérêts de la nation ont été volontairement piétinés au nom du maintien d’une hégémonie clanique. En brisant ce tabou, Bemba non seulement expose le passé, mais interpelle le présent en plaçant chaque acteur politique devant ses responsabilités vis-à-vis de la nation.

 

2. Mishiki confirme : la vérité s’ancre dans le témoignage pluriel

À la suite de Bemba, c’est au tour de Willy Mishiki, député national et ancien vice-ministre sous Kabila, d’apporter des éléments précis et concordants, confirmant que ces paiements n’étaient pas faits par voie bancaire traditionnelle, mais via des circuits parallèles contrôlés par l’élite financière de l’époque, notamment Albert Yuma. Ces fonds, selon ses révélations, étaient prélevés directement auprès des sociétés minières opérant à l’Est du pays, échappant à tout cadre légal.

Ce second témoignage agit comme pièce maîtresse dans l’édifice des accusations. Il donne de la consistance aux propos de Bemba et prouve que le système dénoncé n’est pas une vue de l’esprit, mais une réalité structurée, connue d’un grand nombre d’acteurs à l’intérieur du régime. En apportant des détails sur le rôle des miniers et l’opacité des circuits financiers, Mishiki démontre que la criminalité d’État n’était pas marginale, mais centrale dans le mode de gouvernance de l’ancien régime.

 

3. Effet boule de neige : vers une libération des consciences politiques ?

Les déclarations de Bemba et Mishiki ne doivent pas être vues comme des actes isolés. Elles pourraient bien être le début d’un mouvement de déballage à grande échelle. Car si des hommes aussi proches du système osent maintenant s’exprimer, cela signifie qu’un nouveau climat politique est en train de naître, un climat dans lequel le silence complice n’est plus tenable, même pour les anciens piliers du régime.

Cette dynamique ouvre la voie à un effet domino, susceptible d’encourager d’autres acteurs à sortir de l’ombre pour livrer leur part de vérité. C’est un phénomène rare en politique congolaise, où la loi du silence et de la loyauté clanique a toujours prévalu. Mais la gravité du scandale, sa portée morale et la pression populaire croissante pourraient bien briser le mur de l’omerta, révélant l’ampleur réelle du système mafieux mis en place sous Kabila.

4. Loyauté et patriotisme en question : vers une refondation des valeurs politiques

Ce qui est en jeu ici, ce n’est pas seulement la dénonciation de faits passés, mais la redéfinition du sens même de la loyauté et du patriotisme au sein de la classe politique congolaise. Pendant longtemps, la loyauté a été comprise comme fidélité au chef, au clan, ou au réseau de pouvoir. Bemba et Mishiki, en prenant le contre-pied de cette logique, affirment qu’être loyal envers son pays implique parfois de trahir son camp, lorsque celui-ci trahit la nation.

C’est une rupture idéologique majeure, qui pourrait refonder les repères éthiques de la gouvernance congolaise. Désormais, le patriotisme ne devrait plus se mesurer à l’appartenance à un courant politique, mais à la capacité d’un dirigeant à mettre les intérêts de la nation au-dessus de ceux du pouvoir. En ce sens, les révélations de Bemba et Mishiki agissent comme un miroir tendu à toute la classe politique, et surtout à la jeunesse appelée à la relève.

5. Mobilisation citoyenne potentialisée : une prise de conscience collective

Le courage de Bemba et Mishiki peut servir de catalyseur pour une mobilisation citoyenne nouvelle. En exposant les coulisses d’un système corrompu et prédateur, ils donnent aux Congolais les clés de lecture nécessaires pour comprendre comment leur pays a été pillé de l’intérieur, par ses propres dirigeants. Cette conscience doit nourrir une exigence citoyenne accrue : celle de demander des comptes, de revendiquer la transparence, et de refuser toute forme d’allégeance aveugle.

Les révélations agissent comme un point de bascule démocratique : les Congolais ne peuvent plus se contenter de la résignation ou de la fatalité. Si des anciens du système osent parler, les citoyens doivent oser exiger la justice. La jeunesse congolaise, en particulier, a désormais l’opportunité d’écrire une nouvelle page de l’histoire nationale, en inscrivant dans son ADN politique ce principe fondamental : aimer le pays plus que le pouvoir.

 

IV. Responsabilité judiciaire et politique : des actes concrets exigés

1. Le Procureur général et le Parlement doivent agir : l’État de droit à l’épreuve

La gravité des faits révélés par Jean-Pierre Bemba et Willy Mishiki impose une réaction immédiate des institutions judiciaires et parlementaires. Le silence du Procureur Général près la Cour de cassation ou du Parquet général de la République face à des accusations aussi précises serait non seulement une abdication de leurs responsabilités constitutionnelles, mais également une complicité par omission. Le peuple congolais attend une instruction judiciaire rigoureuse, indépendante, et surtout publique sur ces allégations. Le pouvoir judiciaire a l’opportunité de prouver qu’il n’est pas l’instrument des puissants, mais le rempart de la nation.

Dans le même élan, le Parlement congolais, en tant que dépositaire de la souveraineté nationale, doit sortir de son inertie habituelle. Une commission d’enquête parlementaire doit être constituée d’urgence pour entendre les témoins, interroger les anciens ministres des Finances, de la Défense, de la Justice, ainsi que les gestionnaires de la Gécamines et les responsables de la BCC. Il ne s’agit pas d’un règlement de compte politique, mais d’un devoir historique envers la République.

2. Sanctions ciblées : plus jamais l’impunité

La justice ne peut se contenter de constater ; elle doit sanctionner sans complaisance. Si les faits sont avérés, les responsables doivent être poursuivis pour haute trahison, enrichissement illicite, association de malfaiteurs et corruption. Une instruction internationale pourrait également être envisagée, notamment avec l’appui de mécanismes africains ou onusiens, pour éviter toute tentative d’étouffement local.

Des sanctions doivent également viser les complices économiques, notamment les entreprises minières ayant contribué volontairement à ces circuits parallèles, ainsi que les gestionnaires congolais qui les ont couverts. Il ne doit plus exister de sanctuaire de pouvoir protégé de la justice. L’impunité est la matrice de toutes les trahisons, et seule une répression exemplaire pourra briser le cycle des pillages d’État.

3. Réformes institutionnelles : déraciner les failles du système

Au-delà des sanctions, il est impératif d’entreprendre une refondation des mécanismes institutionnels qui ont permis ce scandale. Les failles dans la chaîne de contrôle budgétaire, le manque d’interopérabilité entre les institutions financières, et l’absence d’audit indépendant ont permis à ces transferts obscurs d’échapper à tout radar officiel.

La réforme de la Cour des Comptes, le renforcement des attributions de l’Inspection générale des finances (IGF), et la numérisation intégrale de la chaîne des dépenses publiques doivent devenir prioritaires. La gouvernance de la Gécamines, entreprise stratégique nationale, doit faire l’objet d’une restructuration totale, avec un audit externe international, pour mettre fin aux gestions opaques et politiques.

4. Transparence publique : l’obligation de tout dévoiler

Il est temps d’instaurer une culture nationale de la transparence, en obligeant toutes les institutions à publier périodiquement leurs dépenses, leurs contrats, et leurs partenaires. Les citoyens ont le droit de savoir comment sont utilisés les fonds issus de leurs richesses naturelles.

La publication des anciens contrats miniers, notamment ceux signés sous Kabila avec des partenaires chinois, rwandais ou autres, doit être une priorité. L’opinion nationale ne doit plus être spectatrice passive des affaires d’État, mais actrice vigilante du destin collectif.

 

5. Réhabilitation citoyenne : restaurer la confiance dans la République

Les révélations de Bemba et Mishiki ont provoqué un électrochoc dans la conscience collective. Désormais, il faut aller plus loin : réhabiliter le citoyen congolais dans son rôle de co-souverain, restaurer sa confiance envers les institutions et lui donner les moyens de participer activement à la reconstruction nationale.

Les générations futures doivent apprendre que l’on ne gouverne pas un pays pour se servir, mais pour servir avec honneur. Ce scandale doit devenir une leçon de vigilance pour l’avenir, un symbole du tournant moral que la RDC doit prendre.

 

V. Conclusion réaffirmée : la République trahie, la mémoire réveillée

Les révélations de Jean-Pierre Bemba Gombo et de Willy Mishiki ne sont pas de simples anecdotes politiques ou règlements de comptes entre anciens alliés. Elles constituent l’acte de dévoilement d’un système profondément corrompu, opaque et cyniquement orchestré au plus haut niveau de l’État. Le régime de Joseph Kabila, au-delà de ses discours sur la souveraineté, semble s’être livré à une compromission grave avec un pays dont les interventions militaires répétées en RDC sont encore douloureusement présentes dans la mémoire collective. Verser en toute discrétion 66 millions de dollars par mois à un régime étranger accusé de déstabiliser la RDC n’est pas une erreur administrative : c’est une haute trahison.

Ce scandale ne se limite pas à des chiffres. Il cristallise une décadence morale dans la conduite de l’État. Il montre que sous l’apparente stabilité du régime de Kabila, se cachait une élite prête à livrer les richesses de la nation, à détourner les ressources publiques, et à alimenter un régime voisin au détriment du peuple congolais. Cela pose une question fondamentale : au nom de quels intérêts, le président d’une République trahit-il les fondements mêmes de sa mission, à savoir défendre l’intégrité territoriale, la souveraineté nationale et le bien-être des citoyens ?

Plus qu’un scandale financier, nous sommes face à un crime politique structuré, une forme de criminalité d’État où les institutions, censées protéger la République, ont été instrumentalisées pour masquer une stratégie de soumission économique déguisée.

En tolérant, voire en organisant, ce transfert massif de fonds, l’ancien régime a désarmé la RDC face à ses défis de développement, hypothéqué sa capacité à financer l’éducation, la santé, la sécurité et les infrastructures essentielles. Le peuple congolais, dont les souffrances n’ont jamais cessé, se retrouve aujourd’hui avec la confirmation que ses dirigeants ont servi d’autres causes que la leur.

Il est crucial de souligner que cette affaire révèle également l’échec d’un modèle de gouvernance fondé sur la loyauté clanique, la peur, l’impunité et l’instrumentalisation des ressources nationales. Le silence complice d’institutions comme le Parlement de l’époque, la Banque Centrale du Congo, et certains organes de régulation économique démontre combien l’appareil étatique avait été réduit à une machine au service d’une élite prédatrice. Dans cette configuration, la République Démocratique du Congo a cessé d’être gouvernée : elle a été exploitée.

L’histoire jugera sévèrement cette trahison, mais il est urgent que les générations actuelles et futures s’approprient ce moment comme un électrochoc moral et civique. Aimer le pays doit primer sur la soif du pouvoir. L’engagement patriotique ne peut se confondre avec une fidélité aveugle à des hommes. Il doit se fonder sur la défense des intérêts supérieurs de la nation, le respect de la mémoire des martyrs, et la quête de justice pour les générations à venir. Le peuple congolais ne doit plus être le spectateur de sa propre humiliation.

Enfin, cette affaire interpelle directement la justice congolaise, les leaders d’opinion, la jeunesse, et les forces politiques émergentes. Le silence serait une complicité indirecte. Il faut que ce scandale devienne un cas d’école, un tournant historique, une opportunité de purification nationale. Le sang des patriotes ne doit pas continuer à couler pendant que les traîtres prospèrent. Les 66 millions de dollars par mois offerts à Kigali ne sont pas de simples sommes perdues : ils représentent des écoles non construites, des hôpitaux fermés, des routes jamais réhabilitées, et des vies brisées par la misère et l’insécurité.

Que cette page sombre de notre histoire devienne le socle d’un réveil collectif, d’une refondation politique et d’un sursaut moral. Car il n’y a pas de République forte sans mémoire lucide, ni d’avenir démocratique sans justice rétrospective.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *