Le Congolais qui a conquis Cannes à 28 ans (Par Félix Caleb DJAMANY)

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Il a quatre mois quand ses parents fuient les Kivu sous les balles. À 28 ans, il monte les marches de Cannes. Entre les deux : le rap, l’exil, la prison familiale, une blessure à la jambe infligée par une milice, et une caméra ramassée presque par accident. Rafiki Fariala n’a pas fait de cinéma. Il a survécu, et ensuite il a filmé.

Né dans la guerre, grandi dans l’exil

L’histoire de Rafiki Fariala commence à l’Est de la République Démocratique du Congo, dans la région des Kivu — l’une des zones les plus meurtries de la planète, déchirée depuis des décennies par des conflits armés, des milices et l’exploitation minière. Il naît là, dans ce chaos. Il a quatre mois quand ses parents prennent la fuite.

Direction Bangui, capitale de la République Centrafricaine. Un autre pays africain, une autre langue à apprivoiser, un autre statut à porter : celui de réfugié. Car au sens de l’État centrafricain, Rafiki n’est pas chez lui. Il est le fils de ces Congolais qui ont traversé la frontière, et le restera quoi qu’il fasse.

Il grandit à Bangui, fait des études universitaires en économie et en gestion — un choix raisonnable pour un jeune sans filet. Mais la ville pulse d’une énergie musicale que rien ne peut contenir, et Rafiki est absorbé par le rap. Autodidacte total. Aucune école de musique, aucun studio professionnel au départ — juste l’oreille, la rue, et l’envie brûlante de dire.

Le coup de caméra qui change tout

C’est aux Ateliers Varan de Bangui — une structure de formation documentaire qui œuvre sur le continent depuis des décennies — que Rafiki découvre la caméra comme outil de témoignage. Pas comme divertissement. Comme arme. Comme langage pour dire ce que le rap ne suffit plus à exprimer.

En 2018, il signe un premier court métrage, Mbi na mo. Puis en 2022, il passe au long format documentaire avec Nous, étudiants ! — un film coup de poing sur les violences sexuelles commises sur les campus centrafricains, qui dénonce la corruption dans l’éducation nationale. Le film est sélectionné à la Berlinale et remporte le Prix Berlinale CinEuropa.

Congo Boy : sa vie en fiction

Congo Boy n’est pas inspiré d’une histoire vraie. C’est l’histoire vraie, transposée en fiction. Rafiki Fariala l’a écrite à la première personne, mot pour mot, scène pour scène. Comme lui, le personnage principal Robert est un adolescent congolais réfugié à Bangui, passionné de musique. Comme lui, ses parents sont emprisonnés — il se retrouve seul pour élever ses quatre frères et sœurs. Comme lui, il a été blessé à la jambe par une milice.

La différence entre la réalité et le film ? La caméra. Et un concours musical qui devient la seule lumière dans un couloir d’obscurité.

L’écriture s’est construite en collaboration avec le scénariste français Tommy Baron, qui a aidé à transformer ce matériau brut et intime en narration cinématographique sans en trahir l’authenticité. Pour le tournage, Rafiki a fait le choix du réel : des figurants locaux, une mise en scène nourrie par sa formation documentaire, de l’improvisation structurée.

La RDC au cœur du film

Si Congo Boy est officiellement une coproduction centrafricaine, française, congolaise et italienne, il porte l’ADN de la RDC à chaque plan. Le titre lui-même est un acte politique : revendiquer son identité congolaise dans un pays qui ne te reconnaît pas. C’est un film sur l’exil africain — pas l’exil vers l’Europe que le cinéma occidental connaît bien, mais l’exil à l’intérieur du continent.

La coproduction congolaise est portée par Dieudo Hamadi, le cinéaste de Kinshasa lui-même plusieurs fois primé à Berlin pour ses documentaires sur la guerre à l’Est. Deux enfants du Kivu, deux trajectoires différentes, une même urgence de filmer.

Un symbole pour toute une génération

Sur la Croisette, Rafiki Fariala n’est pas venu chercher la gloire. Il est venu porter un message. Et il l’a dit clairement, les yeux dans les caméras du monde entier : «Étant jeunes, africains, on peut rêver d’arriver à Cannes !» — une phrase simple qui a résonné comme un coup de tonnerre dans une édition où aucun film africain ne figurait en compétition pour la Palme d’Or.

Congo Boy a été salué comme une révélation de la section Un Certain Regard. Les critiques l’ont décrit comme une œuvre qui transforme la galère, la peur et l’exil en désir de cinéma — et en désir de vivre. Pas de misérabilisme. Pas de victimisation. Un héros qui chante, qui lutte, qui espère.

À 28 ans, Rafiki Fariala s’impose comme l’une des voix les plus singulières du cinéma africain contemporain. Autodidacte. Deux fois réfugié. Rappeur. Documentariste primé à Berlin. Et maintenant, à Cannes. La suite, elle est déjà en train de s’écrire.

🔥 Ce que peu de gens savent

Après la sortie de Nous, étudiants !, Rafiki Fariala a dû fuir Bangui une seconde fois. Le film n’avait pas plu aux autorités centrafricaines. Il est ainsi devenu réfugié pour la deuxième fois de sa vie — cette fois en France. Aujourd’hui encore, il vit avec ce statut sur les épaules.

🎤 La musique comme personnage

Toutes les chansons du film ont été écrites par Rafiki Fariala lui-même. La musique n’est pas une bande-son : c’est une arme narrative. Dans les rues de Bangui telles que le film les montre, le rap règne en maître. Les scènes musicales transforment les trottoirs en scènes de concert. C’est peut-être là que le rappeur et le réalisateur ne font plus qu’un.

Proposé par Félix Caleb Djamany

#CalebAfroPulse

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