Le pouvoir, cette illusion fragile
L’actualité congolaise démontre une fois de plus que le pouvoir est une illusion fragile. Hier adulés, aujourd’hui convoqués, plusieurs dignitaires découvrent la mince frontière entre l’autorité d’hier et la reddition des comptes d’aujourd’hui. Les poursuites visant des figures jadis intouchables en sont la preuve. L’impunité n’est jamais acquise. À tort ou à raison, chacun est rattrapé par ce qu’il a incarné, protégé ou dissimulé.
Car gouverner n’est pas simplement accumuler des privilèges, c’est avant tout assumer une responsabilité. Pourtant, combien de dirigeants congolais confondent puissance et impunité ? Ils oublient que les palais ne sont pas des forteresses éternelles, mais des prisons dorées dont les clés finissent toujours par se perdre. Ils oublient surtout que le peuple observe, que l’Histoire écrit, et que la justice des temps futurs est plus intransigeante que celle des juges d’aujourd’hui.
Un jour, tout s’arrête. Le cortège s’évapore, la garde disparaît, les flatteurs s’éclipsent. Et soudain, l’homme de pouvoir marche seul. Face à lui, non plus les applaudissements forcés des cérémonies officielles, mais les regards lourds de ceux qu’il avait ignorés, humiliés, écrasés. C’est là que se mesure la vérité d’un règne. Inspire-t-il le respect ou suscite-t-il la peur et le ressentiment ?
Le vrai pouvoir ne se mesure pas à la terreur qu’il inflige, mais à la dignité qu’il laisse dans son sillage. Les Congolais le savent mieux que quiconque. Leurs dirigeants passent, mais la mémoire collective demeure. Elle rattrape aussi bien les fausses accusations que les crimes authentiques. Elle expose la lâcheté des règnes faibles comme la brutalité des pouvoirs autoritaires. Elle n’oublie ni les humiliations ni les trahisons.
Et quand les juges hésitent, il reste un arbitre suprême. Koffi Olomidé l’a si bien chanté dans un refrain devenu avertissement prophétique : “Dieu voit tout.” Il voit surtout ce que la fonction cache, ce que l’orgueil refuse d’admettre, ce que les bilans maquillés ne peuvent plus dissimuler.
Peu importent les titres, les galons et les cortèges, l’Histoire est implacable avec ceux qui confondent pouvoir et impunité. Elle efface les faux héros, expose les imposteurs et ne retient que ceux qui ont gouverné avec humanité. Gouverner avec humilité est la seule manière d’échapper à cette malédiction. À défaut, on finit prisonnier de ses propres excès ou victime de ses propres héritiers.
Nico Minga



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