Le projet du FRN n’est pas de prendre Kinshasa, mais de dépecer le Congo

L’histoire bégaye souvent avant de se répéter. Mais cette fois, elle ne bégaye pas, elle révèle les secrets de polichinelles. La création du Front pour la Réfondation de la Nation (FRN) par l’ancien Président Joseph Kabila n’est pas un fait politique anodin. C’est un tournant doctrinal. C’est l’acte de naissance officiel d’une entreprise qui a cessé de se cacher derrière les faux-semblants d’une opposition républicaine. Nous sommes passés de l’ambiguïté à l’aveu.

  1. 1997 n’est plus 2026: La fin du mythe de la marche sur Kinshasa

En 1996-1997, l’AFDL a pu marcher sur Kinshasa parce que trois conditions étaient réunies: un régime Mobutu moribond et haï par le peuple, une communauté internationale complice qui a ouvert l’espace aérien et terrestre, et un peuple congolais qui, par naïveté ou par désespoir, a vu dans cette rébellion une libération.

Aujourd’hui, ces trois conditions n’existent plus.

Le régime actuel, malgré ses faiblesses que nous critiquons nous-mêmes, jouit d’une légitimité populaire et d’une assise nationale incontestables. Le Président de la République Félix Tshisekedi, qu’on l’aime ou non, incarne aux yeux de millions de Congolais la résistance contre l’agression. Aucune rébellion, même lourdement armée, ne peut prospérer et prendre Kinshasa sans l’adhésion populaire. Or, cette adhésion, Kabila et ses parrains ne l’ont plus comme ce fut le cas en 1996-97.

Ils le savent. C’est pourquoi leur stratégie a changé…

  1. Le véritable objectif: Le rêve inavoué de Kigali

Pourquoi créer un mouvement politico-militaire alors que l’on sait qu’on ne prendra pas le pouvoir central ?

La réponse est géostratégique et cynique. Il ne s’agit plus de conquérir le Congo, il s’agit de l’amputer.

L’objectif n’est plus Kinshasa, bien au contraire c’est de proclamer, depuis les zones occupées du Nord et du Sud-Kivu, une entité indépendante ou autonome. Une « République du Kivu » ou un « Azania » bis. Ce serait l’accomplissement ultime du vieux rêve expansionniste du régime de Paul Kagame: créer un glacis sécuritaire, un État tampon vassalisé, qui lui donnerait un accès légal et direct à nos minerais stratégiques – cobalt, coltan, lithium, indispensables à la transition énergétique mondiale dont il veut demeurer le sous-traitant pillard.

Dans ce schéma, Kabila n’est pas le cerveau, Il est l’outil de légitimation congolaise. Un visage congolais pour un projet anti-congolais. Ses parrains, qui prospèrent dans le pillage, ont besoin d’un ancien Chef de l’État pour donner une coloration interne à une agression externe.

Quand Kabila dit:

Tout ce qui a été fait avec le M23 sera fait avec le FRN, il ne menace pas Kinshasa. Il annonce la véritable couleur de cette entreprise criminelle: la partition de la RDC.

III. Le piège du dialogue: Innocenter Kabila, c’est trahir le peuple

On nous parle désormais d’un dialogue national inclusif annoncé par le Président de la République. Dialogue que nous appelons de tous nos vœux, car un pays ne se construit pas sans parler.

Mais avec qui dialoguer et à quelles conditions ?

Le droit et la morale républicaine sont clairs. M. Joseph Kabila est sous le coup d’accusations graves de la République: crimes de guerre, haute trahison, complicité avec une armée étrangère d’agression. Il a été condamné à mort.

Pour qu’il participe à un dialogue comme acteur politique normal, il y a deux voies légales et seulement deux:

  1. La réouverture de son procès pour qu’il se défende et soit innocenté par la justice.
  2. Ou la grâce présidentielle, qui effacerait ses condamnations.

La deuxième voie est un piège mortel. Si le Président Tshisekedi gracie Kabila pour lui permettre de participer au dialogue, il s’éloignera définitivement du peuple. Le peuple congolais a aujourd’hui une conscience nationale aiguë, presque viscérale, de la menace existentielle qui pèse sur l’intégrité de notre territoire. Il ne pardonnera jamais à celui qui blanchira celui qu’il considère comme le complice de la balkanisation.

Gracier Kabila, ce serait dire au Congolais que les crimes contre la Nation sont négociables. Ce serait démobiliser la Nation toute entière, notamment l’armée loyaliste qui a perdu et perd encore des soldats au front au moment où elle a le plus besoin d’unité.

La justice doit rester la boussole. Le dialogue, oui. L’impunité, non.

  1. Que faire ? La doctrine de la résistance républicaine

Face à ce projet de partition, l’histoire nous enseigne une chose, de Lumumba, Étienne Tshisekedi à Mobutu un Congo divisé est un Congo mort.

La réponse doit être double, philosophique et pratique.

  1. Sur le plan militaire: Il faut accélérer sans complaisance le renforcement de nos Forces Armées et de sécurité. La montée en puissance des FARDC, l’équipement, la solde, les nouvelles technologies, et la fin de l’infiltration sont une urgence vitale. Il n’y aura pas de solution politique sans rapport de force militaire crédible sur le terrain;
  2. Sur le plan populaire: C’est le peuple qui est le premier rempart contre la balkanisation. Il faut décréter la mobilisation générale des consciences. Chaque Congolais, de Kinshasa à Goma, de Lubumbashi à Bunia, de Popo KABAKA à Ngandajika doit comprendre que ce qui se joue à l’Est n’est pas une guerre lointaine, c’est une guerre pour l’existence même du Congo. C’est une guerre d’agression pour nos terres et nos richesses.

En philosophie politique, Machiavel disait que la guerre est le prolongement de la politique par d’autres moyens. Kabila et ses parrains l’ont compris. À nous de comprendre que la résistance du peuple est le prolongement de la souveraineté par tous les moyens.

Le FRN n’est pas un front pour refonder la Nation congolaise, c’est un front pour la dépecer. Le peuple congolais ne se laissera pas faire. La mort du Congo voulue par Kabila et ses parrains, ne sera constatée que dans leur propre camp, car le Congo est Un et Indivisible.

Vive la République;

Vive la République Démocratique du Congo.

Henry MUTOMBO MIKENYI, Écrivain et Chercheur en Fiscalité et Acteur Politique. Cadre à ADESCO.

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