Cette responsabilité découle d’une longue histoire : le soutien à l’élimination de Lumumba, puis à Mobutu pendant trente ans, puis, en 1996-1997, le soutien politique et militaire au Rwanda et à son proxy, l’AFDL qui perpétrèrent des massacres de grande ampleur contre des réfugiés hutu, dont une trés grande partie étaient des civils désarmés mais aussi contre des populations civiles congolaises.
Les estimations les plus citées font état de plus de 230 000 morts hutu.
Le rapport de Human Rights Watch et de la FIDH de 1997, What Kabila Is Hiding, documente ces tueries et le rôle des troupes rwandaises.
Le même rapport précise qu’en août et septembre 1997, des journalistes européens accusérent les États-Unis d’avoir envoyé des soldats au Congo.
Des témoins à Kinshasa et à Goma déclarérent à Human Rights Watch et à la FIDH avoir vu des militaires américains sur le territoire congolais à plusieurs reprises entre novembre 1996 et août 1997.
Un témoin oculaire, ayant une solide expérience militaire, affirma avoir vu des membres des forces spéciales de l’armée américaine, en uniforme, dans les villages de Walikale et de Kanyabayonga, au Nord-Kivu, les 23 et 24 juillet 1997, apparemment en train de conseiller et d’entraîner des soldats de l’APR.
D’autres témoins ont signalé la présence de militaires américains à Goma dès novembre 1996, ainsi qu’aux côtés de troupes ougandaises dans la zone du Ruwenzori jusqu’en août 1997.
Des livraisons d’armes par avions C-5 Galaxy et C-130 Hercules via Entebbe auraient également eu lieu.
Plusieurs spécialistes considèrent comme établi que les États-Unis ont, au minimum, donné un feu vert politique à la coalition rwandaise-ougandaise et lui ont fourni de l’entraînement, du matériel et du temps.
Gérard Prunier, l’un des historiens les plus cités sur ces guerres, décrit les États-Unis comme étant « dans la boucle » : ils savaient, ils ont détourné le regard et ils ont empêché une intervention internationale qui aurait pu freiner l’offensive.
Selon lui, Washington a laissé faire parce que Kagame et Museveni promettaient de régler le problème des camps et de Mobutu.
Ainsi, les États-Unis ont soutenu une opération qui a coûté la vie à des centaines de milliers de civils congolais et rwandais sur le sol congolais puis à des millions par la suite.
Aujourd’hui, cette histoire pèse sur la politique américaine.
Si Washington reconnaît cette responsabilité, il devrait en tirer une ligne claire : obtenir par tous les moyens le retrait des forces rwandaises du Congo, cesser de traiter Kigali comme un partenaire intouchable dans l’est congolais et soutenir le rétablissement de l’autorité de l’État central congolais sur son territoire.
Quant à l’attentat du 6 avril 1994 contre l’avion de Juvénal Habyarimana, si les États-Unis détiennent des informations classifiées incriminant Paul Kagame, les publier ou les laisser filtrer serait une décision politique salutaire.
Utiliser un tel dossier pourrait affaiblir définitivement Paul Kagame et détruire ce qui lui reste d’aura et d’influence indûment acquises.
Encore une fois, les États-Unis ont une dette morale réelle envers le Congo.
Cette dette devrait pousser Washington à défendre concrètement et durement la souveraineté congolaise, à forcer le retrait des troupes étrangères et le désarmement de leurs supplétifs.
Elle justifie, le cas échéant, la déclassification, s’ils existent, de tous les documents établissant la responsabilité de Paul Kagame dans l’assassinat du président en exercice du Rwanda.
