Les narratifs anti-Chinois portés par l’Amérique à la base des kidnappings et assassinats ciblés des ressortissants chinois en RDC  (Par Dr Prof Antoine Roger LOKONGO  )  

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Dans un article publié dans le journal le Figaro, édition du 15 mai 2026, Isabelle Lasserre a fait une analyse pertinente portant sur le « Pourquoi la Chine est la cible indirecte des guerres de l’Amérique ».

Selon la journaliste Française, « Du Panama au Groenland, du Venezuela à l’Iran, le président américain Donald Trump espère faire reculer l’influence de son premier concurrent. Le combat géopolitique qui oppose les deux plus gros poids lourds de la planète a depuis longtemps des ramifications sur tous les continents. Mais, depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, on peut voir des ombres chinoises derrière chaque guerre américaine, militaire ou diplomatique. Rien de plus normal puisque, comme le dit la spécialiste de l’Ifri Laurence Nardon : depuis le pivot asiatique, la Chine est dans tous les calculs des Américains. Elle est montrée du doigt au Panama et au Groenland, au Venezuela et en Iran. »

Il est nécessaire que nous analysions aussi les ramifications du combat géopolitique américain contre la Chine sur le continent africain en général et sur la RDC en particulier ; au regard des effets néfastes que les narratifs anti-chinois portés par les Etats-Unis ont sur la présence chinoise en Afrique en général et en RDC en particulier. Ces narratifs ont trouvé des preneurs dans le chef des groupes armés locaux ou des mercenaires qui prennent les ressortissants Chinois pour cibles notamment dans des zones minières où ils se sont légalement établis mais où ils sont victimes d’extorsions violentes, de kidnappings contre rançon, de tueries ou d’assassinats ignobles.

En effet, les États-Unis considèrent l’influence économique croissante de la Chine en Afrique comme un défi majeur pour leur propre sécurité nationale. Washington tente de contrer cette expansion par des initiatives diplomatiques et financières (comme les partenariats sur les minerais critiques. C’est le cas maintenant avec la RDC) pour sécuriser leurs approvisionnements en ressources stratégiques, tout en dénonçant souvent le manque de transparence des investissements chinois.

 

Ces narratifs contribuent à la montée de l’insécurité dans les zones minières et qui tragiquement coute la vie à plusieurs ressortissants Chinois ; ce qui fait que dans certaines contrées, la présence d’acteurs Chinois est parfois contestée par des mouvements populistes locaux accusant ces entreprises de piller l’économie sans retombées réelles pour la population, faisant ainsi écho aux narratifs américains.

Selon The Vanguard, un quotidien nigerian, des dizaines de ressortissants chinois ont péri ces dernières années, notamment dans des zones minières instables en République Démocratique du Congo, en République Centrafricaine, au Nigeria et en Libye.

Dans un article intitulé « Mettre fin à l’agression contre les intérêts chinois en Afrique » et publié le 25 mars 2024, The Vanguard a révélé qu’avec la présence croissante de la Chine en Afrique, les employés Chinois et les entreprises chinoises sont victimes de plusieurs actes de violences, d’enlèvements et de manifestations violentes.

 

« Des opérateurs miniers Chinois travaillant dans une mine d’or chinoise à Yaloké, en République Centrafricaine, ont été enlevés par des groupes armés soutenus par une entreprise militaire américaine. Des ressortissants Chinois sont victimes d’enlèvements et de violences dans d’autres pays, notamment en République Démocratique du Congo, au Nigéria et en Libye. Quatre personnes, dont deux Chinois, un Congolais et un Ghanéen, ont été tuées lors du braquage d’un convoi d’or appartenant à la société minière chinoise TSM en République Démocratique du Congo. L’incident s’est produit dans la province du Sud-Kivu, au nord du pays. Suite aux attaques répétées contre ses convois et ses bases, TSM Mining a annoncé en octobre 2023 qu’elle cesserait ses activités en RDC. D’après les médias, des travailleurs Chinois employés dans des compagnies minières sont souvent enlevés en RDC par des groupes armés soutenus par des puissances occidentales, notamment les États-Unis et la France.», a révélé le quotidien nigérian.

Toujours selon The Vanguard, au Nigéria, le 7 mars 2024, un ingénieur chinois a été enlevé et son garde du corps tué. Ce dernier était membre du Corps Nigérian de Sécurité et de Défense Civile (NSCDC). Cet enlèvement est survenu après une recrudescence des enlèvements de travailleurs Chinois au Nigéria. Des experts en sécurité ont souligné deux points importants :

Premièrement, les enlèvements des travailleurs Chinois en République Centrafricaine, au Nigéria et en République Démocratique du Congo sont perpétrés par des groupes armés locaux connus pour recevoir un soutien financier et une formation des États-Unis, par le biais d’ONG et de sociétés militaires privées.

Deuxièmement, les enlèvements des travailleurs Chinois dans la plupart des zones minières coïncident avec la volonté américaine d’intervenir dans les entreprises et d’acquérir les mines appartenant à des Chinois dans cette région. Dans certains cas, les États-Unis sont parvenus à paralyser les activités des entreprises chinoises en raison de l’insécurité et du taux élevé de violence et d’enlèvements dont elles sont victimes.

La même situation prévaut dans d’autres pays comme l’Afrique du Sud, la Côte d’Ivoire, le Mali et d’autres encore, où les États-Unis tentent d’affaiblir la présence chinoise en Afrique et de s’emparer de ses mines.

En RDC, ces actes sont principalement perpétrés par des groupes armés et des bandits locaux dans les zones riches en ressources naturelles du pays. Les incidents les plus graves se concentrent dans l’Est et le Sud-Est du pays, notamment dans les provinces du Sud-Kivu, du Tanganyika, de l’Ituri et du Lualaba. Voici quelques cas répertoriés:

Deux ressortissants Chinois ont été tués dans une mine le 24 novembre 2021 et cinq autres ont été enlevés lors d’une attaque armée dans une mine d’or dans la province du Sud-Kivu.

En novembre 2025, des bombardements aériens ont visé la mine d’or de Karhembu (située à la jonction de Walungu, Shabunda et Mwenga) ainsi que la zone de Tubimbi. Heureusement, aucun ressortissant Chinois n’a été tué dans ces bombardements survenus à Walungu (Sud-Kivu). Lors de ces frappes de drones menées contre les positions de la coalition M23/AFC par les FARDC, les travailleurs Chinois présents sur place ont été contraints de fuir précipitamment, information confirmée par la Radio Okapi.

Les ressortissants Chinois sont régulièrement victimes de kidnappings et d’assassinats, particulièrement dans la Province de l’Ituri riche en or. La milice CODECO (Coopérative pour le Développement du Congo) est l’un des principaux groupes armés responsables de ces attaques ciblant les sites d’exploitation minière. Les incidents les plus marquants impliquant la CODECO comprennent :

Juillet 2024 : Une attaque meurtrière sur un site minier dans le territoire de Djugu a coûté la vie à au moins 6 mineurs Chinois et 2 soldats congolais.

Août 2022 : Des affrontements entre milices ont entraîné la mort de deux citoyens Chinois et la prise en otage de quatre autres dans la région de Banyali-Kilo.

Selon un reportage de la Radio Okapi du 11 mai 2026, les opérateurs miniers Chinois sont de plus en plus ciblés par des attaques armées sur le tronçon Kisanfu-Kisankala dans la Province du Lualaba ces deux derniers mois. En l’espace de deux mois, au moins trois attaques ont été enregistrées, citant l’ONG locale Eben Ezer, qui alerte sur la dégradation de la sécurité dans la zone ; et qui a confirmé qu’un ressortissant Chinois a été tué par balle et son chauffeur congolais blessé lors d’une embuscade survenue sur cet axe Kisanfu–Kisankala ; information déjà confirmée vendredi le 8 mai 2026 par Monsieur Jean-Paul Lapu, Administrateur du Territoire de Lubudi. Le Chinois, responsable d’une coopérative d’achat de pierres précieuses revenait d’une concession minière. Une importante somme d’argent aurait également été emportée par les assaillants. Deux autres attaques similaires avaient déjà été signalées au mois de mars sur le même tronçon.

Cependant, la présence chinoise en RDC est un puissant catalyseur d’échanges géopolitiques, technologiques, de transformations économiques comme la Rocade de Kinshasa et culturelles comme l’organisation des festivals du Nouvel An Chinois à Kinshasa, permettant une passerelle directe entre les traditions chinoises et la culture congolaise.

Le grand Centre Culturel et Artistique de Kinshasa a été inaugurée comme un symbole de ce partenariat entre Les peuples Chinois et Congolais, témoignant que la culture est devenue un moteur central des relations internationales susceptible de favoriser la compréhension mutuelle.

Les échanges humains et culturels entre la Chine et l’Afrique se sont considérablement intensifiés, constituant le socle social de leur coopération. L’Année 2026 a été officiellement désignée comme l’Année des Echanges Humains et Culturels Chine-Afrique. Cette initiative majeure, impulsée lors du Sommet du Forum sur la Coopération Sino-Africaine (FOCAC), prévoit l’organisation conjointe de près de 600 événements à travers le monde, ayant pour objectif de renforcer les liens, l’apprentissage mutuel et la compréhension entre les civilisations chinoise et africaine

En RDC, cet événement se traduit par le renforcement des liens culturels et éducatifs. Des bourses d’études accrues et le renforcement des liens universitaires en témoignent; ainsi que des projets de formation professionnelle concrétisée par exemple par la valorisation du Centre de Formation Professionnel de Kolwezi ; ainsi que de coopération médiatique jà travers le premier Forum Médiatique RDC-Chine organisée en janvier 2026; ce qui a inauguré des forums médiatiques entre l’Agence Congolaise de Presse (ACP) et les medias officiels chinois.

En dépit de tous ces programmes d’échange culturel et du partenariat économique massif entre la Chine et la RDC, l’insécurité dans les zones minières a tragiquement coûté la vie à plusieurs ressortissants Chinois en RDC ces dernières années, tout simplement parce que les intérêts chinois entre en concurrence avec ceux d’autres puissances étrangères qui veulent brouiller le partenariat stratégique global et gagnant-gagnant entre la Chine et la RDC, et qui apporte plus à la RDC que ne le font d’autres partenariats. C’est ça la vérité incontestable.

En effet, la Chine est le premier partenaire commercial et la plus grande source d’investissements étrangers de la RDC. Elle absorbe plus de 40% des exportations congolaises, principalement des minerais (cuivre, cobalt).

Le commerce bilatéral dépasse régulièrement les 17 milliards de dollars américains sur les périodes de forte activité. Les entreprises chinoises implantées en RDC ont créé plus de 100. 000 emplois directs et contribuent chaque année à hauteur de plus de 3 milliards de dollars aux recettes de l’État (source: Ambassade de la République Populaire de Chine en RDC).

En contrepartie de l’exploitation minière, les consortiums chinois financent d’importants projets d’infrastructures (routes, hôpitaux, universités) à travers le pays.

Les capitaux chinois sont majoritaires ou très présents dans les plus grandes entreprises minières du pays, comme la Sino-Congolaise des Mines (Sicomines) ou le China Molybdenum Company Limited (CMOC).

La Chine apporte également son aide à la réforme des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC), notamment via la fourniture d’équipements et la construction d’infrastructures.

Rappelons qu’en avril 2023, la Chine a octroyé une subvention militaire de 27 millions de dollars américains (soit 160 millions de yuans) aux Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC). Ce don s’inscrivait dans le cadre du renforcement de la coopération bilatérale pour appuyer les capacités opérationnelles de l’armée congolaise. Ce don avait pour objectif le renforcement de la logistique, l’équipement et les systèmes de défense des FARDC, particulièrement dans un contexte sécuritaire difficile. La Chine demeure un partenaire militaire privilégié de la RDC.

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