Mbuta Kamoka : « Don’t Forget n’était pas seulement un album… c’était une prière » 23 ans après, l’album culte continue de traverser les générations

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Publié il y a maintenant 23 ans, Don’t Forget reste l’un des albums gospel congolais les plus marquants de sa génération. Dans les soirées chrétiennes, les mariages, les réunions familiales ou les grands événements de la diaspora, ses chansons continuent de résonner avec une étonnante fraîcheur. Parmi elles, “Libala” demeure un classique incontournable, chanté, repris et commenté encore aujourd’hui pour son message lucide sur le mariage, l’exil et les illusions européennes.

Dans cette interview exclusive au ton intime et spirituel, l’artiste Mbuta Kamoka revient sur les coulisses de cet album mythique, son écriture en détention en France, sa foi, le triomphe inattendu au Zénith, sa vision de la musique chrétienne et sa relation fraternelle avec les autres figures majeures du gospel congolais. Entre confidences, anecdotes inédites et sagesse artistique, l’homme ouvre son cœur avec sincérité.

Interview

23 ans après sa sortie, “Don’t Forget” continue de toucher les gens. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur cet album devenu culte ?

Je rends d’abord gloire à Dieu. Franchement, cet album, je l’ai porté dans la prière. J’ai travaillé sérieusement, mais surtout… j’ai beaucoup prié. À cette époque-là, j’étais en détention en France pendant trois mois à cause d’un problème de papiers. On voulait même me refouler.

C’est dans cette période difficile que beaucoup de chansons sont nées. J’avais le temps de méditer, de lire la Bible, des livres poétiques, des ouvrages culturels. Je priais énormément. Et aujourd’hui encore, je dis toujours aux jeunes artistes : si tu veux faire un album qui marque les gens, ne néglige pas la prière. Quand le travail est sérieux et que la prière accompagne tout cela, l’onction suit naturellement.

Parlons de “Libala”, devenu un titre incontournable. Quelle est l’histoire derrière cette chanson ?

“Libala”, c’est une histoire vraie inspirée de ce que j’ai vu en Europe. Quand je suis arrivé en France, j’ai parlé avec plusieurs femmes qui étaient venues rejoindre leurs maris. Mais certaines m’ont confié qu’elles n’étaient pas venues par amour… elles étaient surtout attirées par l’Europe.

Avec le temps, beaucoup de ces couples ont fini par divorcer. En discutant avec ces femmes, j’ai compris certaines réalités de la diaspora. Alors j’ai voulu en parler dans une chanson. Ce n’était pas pour juger qui que ce soit, mais pour ouvrir les yeux des gens.

“Libala” était donc presque un avertissement social ? Quel impact le morceau a-t-il eu à sa sortie ?

Oui, exactement. Beaucoup de couples se reconnaissaient dedans. Certains riaient en l’écoutant, mais au fond, le message était sérieux. La chanson parlait des motivations cachées derrière certains mariages. Et quand une chanson dit la vérité, les gens se l’approprient vite.

Aujourd’hui encore, quand je vois comment “Libala” est joué dans les fêtes ou repris par les jeunes générations, je comprends que le message est resté vivant.

Pourtant, certaines personnes pensent qu’il n’existe pas de clips de vos chansons…

(Rires) Mais il y en a ! Nous avons tourné des clips et ils sont sur YouTube. Seulement, à l’époque, les moyens techniques n’étaient pas ceux d’aujourd’hui. Avec l’évolution de la technologie, les gens trouvent peut-être que la qualité a vieilli.

Mais les clips existent bel et bien. Simplement, l’album avait déjà tellement explosé avant leur sortie que le public avait adopté les chansons sans forcément attendre les images.

Le succès du groupe Prince de la Paix et le concert au Zénith ont marqué toute une génération. Comment avez-vous vécu cette ascension ?

Nous n’avons jamais forcé les choses. Le Zénith est arrivé naturellement grâce au travail et à l’amour du public. Nos prestations au pays étaient fortes, les albums fonctionnaient bien, notamment Prince de la Paix et Pesa Munu Passage.

À cette époque-là, nous étions vraiment dans notre moment. Le Seigneur nous avait élevés. On jouait bien, le public suivait… et le Zénith est venu presque tout seul.

Je crois qu’il y a des moments où l’homme de l’onction ne force pas les portes. Quand Dieu décide d’élever quelqu’un, les choses arrivent naturellement.

Vous comparez souvent votre fonctionnement à celui du groupe Kassav’. Pourquoi ?

Parce que chacun peut évoluer individuellement sans casser l’unité du groupe. Moi, je poursuis ma carrière solo, mais je reste membre de Princes de la Paix.

C’est comme Kassav’ : chaque artiste développe sa propre identité, mais quand il faut se retrouver pour jouer ensemble, tout le monde revient. C’est une liberté dans l’unité. Et je trouve cette formule très belle.

Vous avez aussi multiplié les collaborations…

Oui, énormément. J’ai travaillé avec Thomas Lokofe, Jolly Mubiala, René Lokua, Kool Matope… et beaucoup d’autres encore.

La musique, c’est aussi le partage. Depuis le début jusqu’à aujourd’hui, les featurings ont toujours existé dans notre parcours.

Vous semblez avoir une réflexion très profonde sur l’évolution de la musique chrétienne congolaise…

Oui, parce qu’à notre époque, faire de la musique chrétienne demandait énormément de recherches. Nous venions tous de l’école de la rumba, mais dans le gospel, nous cherchions davantage la variété musicale.

Jean Goubald l’explique très bien : dans la musique chrétienne, il y a une richesse harmonique et mélodique qu’on ne retrouve pas toujours ailleurs. Beaucoup d’orchestres populaires jouent souvent sur les mêmes structures rythmiques. Tandis que nous, nous travaillions énormément les arrangements, les textes, les atmosphères.

Aujourd’hui, tout a changé avec la technologie. Les studios sont nombreux, les ingénieurs du son aussi. À notre époque, c’était beaucoup plus compliqué.

Les mentalités ont-elles également changé autour du gospel ?

Complètement. Avant, faire un concert payant dans le milieu chrétien pouvait créer un scandale ! Même certains anciens comme frère Patrice n’aimaient pas qu’on “taxe” la musique chrétienne.

Aujourd’hui, les jeunes artistes remplissent des salles avec des billets à 60 ou 70 euros. Les temps ont changé. Comme on dit : autre temps, autres mœurs.

Vous évoquez souvent une rencontre décisive avec Debaba…

Oui. Debaba nous avait invités à participer à une grande croisade d’évangélisation au Palais du Peuple. Et c’est grâce à ce concert que le producteur Blaise Manzambi m’a repéré et m’a proposé de venir en France depuis l’Angola.

C’était une rencontre très importante dans mon parcours. Et je me souviens aussi que nous avions chanté avec Papa Wemba lorsqu’il s’était converti.

Le public congolais rêve encore de vous revoir sur scène à Kinshasa. Est-ce envisageable ?

Bien sûr. À l’époque, il y avait des problèmes administratifs, les papiers n’étaient pas en ordre. Mais aujourd’hui, ça va beaucoup mieux.

Donc s’il y a un producteur sérieux, des mécènes ou un bon contrat, nous sommes disponibles pour rentrer jouer au pays. Le Congo reste notre maison.

Et aujourd’hui, quels artistes écoute Mbuta Kamoka ?

(Rires) J’écoute presque tout le monde ! Si je commence à citer des noms, certains amis artistes vont se vexer.

Moi, j’écoute surtout la bonne musique. Tant que c’est bien fait, que ça touche le cœur et qu’il y a une âme dedans, j’écoute avec plaisir. Surtout le gospel.

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À travers cette conversation, Mbuta Kamoka apparaît comme un artiste profondément spirituel, façonné par l’épreuve, la prière et l’exigence artistique. Derrière le succès populaire de Don’t Forget se cache un homme qui a écrit une partie de son œuvre dans l’isolement d’une cellule de détention, transformant l’attente et l’incertitude en inspiration musicale.

Son témoignage éclaire aussi une époque charnière du gospel congolais : celle où la musique chrétienne passait encore par les veillées, les croisades et les circuits communautaires avant de devenir une véritable industrie culturelle capable de remplir les grandes salles européennes.

Vingt-trois ans après, “Libala” continue de traverser les générations comme un miroir des réalités de la diaspora. Et Don’t Forget, lui, porte toujours aussi bien son nom : un album que le public n’a jamais oublié.

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