Moyen-Orient : la reprise des hostilités menace de rouvrir le front yéménite  

Pendant des mois, le Yémen était resté à la périphérie de la guerre qui oppose les États-Unis et Israël à l’Iran. Alors que les détroits, ports et bases militaires du Moyen-Orient s’embrasaient les uns après les autres, la trêve conclue en 2022 entre les rebelles houthistes et l’Arabie saoudite résistait encore. Cette exception pourrait toucher à sa fin.

Mardi, le Conseil de sécurité de l’ONU a renouvelé pour six mois le mécanisme de surveillance des attaques houthistes contre les navires marchands en mer Rouge. Le vote, approuvé par 13 membres et marqué par les abstentions de la Russie et de la Chine, s’est déroulé dans un contexte bien plus explosif que ne le laissait présager cette décision technique.

La veille, les houthistes, soutenus par l’Iran, avaient accusé l’Arabie saoudite d’avoir bombardé l’aéroport international de Sanaa, la capitale yéménite sous le contrôle du groupe rebelle, afin d’empêcher l’atterrissage d’un avion iranien. Quelques heures plus tard, les houthistes ripostaient par des tirs de missiles balistiques en direction du royaume. Une séquence qui menace directement l’équilibre précaire ayant permis au Yémen d’échapper jusqu’ici à une reprise de la guerre à grande échelle.

Cette montée des tensions intervient alors que le cessez-le-feu entre Washington et Téhéran semble lui-même s’effondrer. Selon la presse, les frappes ont repris entre les deux pays et le détroit d’Ormuz, par lequel transite en temps de paix près d’un cinquième du pétrole mondial, est de nouveau paralysé.

L’Organisation maritime internationale (OMI) a indiqué mardi être « gravement préoccupée » par les attaques signalées dans la nuit contre des navires dans et autour du détroit. Selon l’agence spécialisée de l’ONU, ces attaques ont fait au moins deux morts parmi les marins et plusieurs blessés.

Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a quant à lui qualifié le retour le regain de violence d’« immense revers » pour les civils du Moyen-Orient. Dans un communiqué, le responsable onusien s’est dit particulièrement alarmé par les informations faisant état d’attaques contre des navires commerciaux dans le détroit d’Ormuz et contre des infrastructures civiles dans plusieurs pays de la région.

La fermeture du détroit, a-t-il averti, menace bien au-delà du Golfe. « Il s’agit d’une artère vitale dont dépendent des millions de personnes », a-t-il souligné, estimant que les perturbations de l’approvisionnement en nourriture, médicaments et autres biens essentiels pourraient avoir des conséquences humanitaires et économiques à l’échelle mondiale. L’OMI a également appelé l’ensemble des parties à faire preuve de retenue afin de protéger les marins et préserver la liberté de navigation, avertissant que les conséquences de l’escalade actuelle se feraient sentir « dans toute la région et bien au-delà de ses frontières ».

Dans ce contexte, les États-Unis ont accusé les houthistes de vouloir reproduire en mer Rouge ce que l’Iran tente d’imposer dans le Golfe persique.

« Si l’Iran est prêt à menacer le détroit d’Ormuz, combien de temps faudra-t-il avant que les houthistes décident à nouveau d’imiter leurs bienfaiteurs, leurs mentors, leurs modèles à Téhéran en tentant de fermer la mer Rouge ? », a lancé Mike Waltz, l’ambassadeur américain auprès de l’ONU, devant le Conseil.

La mer Rouge au cœur de la confrontation régionale

Depuis l’automne 2023, les attaques houthistes contre les navires commerciaux ont profondément bouleversé l’une des principales artères du commerce mondial. Si aucun incident majeur contre la navigation marchande de la mer Rouge n’a été signalé depuis la fin de l’année 2025, selon la Russie, la question reste hautement sensible.

Pour Washington, les récents tirs de missiles contre l’Arabie saoudite démontrent que la menace demeure intacte. L’ambassadeur américain a accusé les rebelles de « terroriser la région au nom de Téhéran » et de vouloir décider unilatéralement quels navires peuvent circuler en mer Rouge.

Le représentant du Bahreïn a lui aussi dénoncé une « dangereuse escalade », qualifiant les frappes contre l’Arabie saoudite de violation flagrante du droit international et réaffirmant son soutien total à Riyad.

Mais Moscou et Pékin ont contesté la lecture américaine de la crise.

La représentante de la Russie a estimé que le mécanisme de rapport mensuel sur les activités houthistes en mer Rouge n’apportait plus de valeur ajoutée dans le contexte actuel, soulignant l’absence d’attaques récentes contre la navigation commerciale. Pour Moscou, l’urgence consiste désormais à relancer le processus politique yéménite et à favoriser une désescalade entre Washington et Téhéran.

La Chine est allée plus loin, accusant les États-Unis d’avoir aggravé les tensions régionales par leurs opérations militaires au Yémen puis contre l’Iran. Pékin a également rejeté les accusations américaines selon lesquelles des entreprises chinoises alimenteraient les capacités militaires des houthistes.

Depuis 2014, ces derniers et les forces gouvernementales yéménites, soutenues par une coalition menée par l’Arabie saoudite, se disputent le contrôle du pays. Les autorités reconnues par la communauté internationale sont principalement installées à Aden, dans le sud, tandis que les milices houthistes pro-iraniennes contrôlent Sanaa, ainsi que de vastes territoires du nord et de l’ouest du pays.

Une passe d’armes entre Washington et Pékin

La réunion du Conseil s’est achevée sur un échange inhabituellement direct entre les États-Unis et la Chine.

Washington a affirmé que plus de 70 % des biens saisis entre janvier 2025 et avril 2026 par le mécanisme onusien de vérification et d’inspection du Yémen provenaient de Chine. Selon Mike Waltz, ces composants alimentent les programmes de missiles, de drones et de surveillance des houthistes.

Pékin a dénoncé des accusations « totalement infondées » et répliqué en attribuant aux États-Unis une « responsabilité irréfutable » dans la détérioration de la situation en mer Rouge et au Yémen.

Derrière cette querelle diplomatique se dessine un risque plus large. Pendant plusieurs années, la guerre civile yéménite s’était progressivement figée, laissant entrevoir la possibilité d’un règlement politique. Mais la reprise mardi des affrontements entre l’Iran et les États-Unis menace désormais de réactiver les lignes de fracture régionales qui avaient alimenté le conflit.

À mesure que le détroit d’Ormuz se referme et que les frappes se multiplient dans le Golfe, le Yémen pourrait cesser d’être un conflit périphérique pour redevenir l’un des principaux théâtres de la confrontation entre Riyad, Téhéran et Washington.

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