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PDL-145T : Mwando alerte sur le risque d’une ambition inachevée

PDL-145T : Mwando alerte sur le risque d’une ambition inachevée

Pensé comme un choc d’équité territoriale, le Programme de développement local des 145 territoires (PDL-145T) devait rompre avec la vieille fracture entre une République des capitales provinciales et un pays profond laissé à lui-même. Conçu en 2021, salué par les partenaires techniques et financiers comme l’un des projets les plus structurants de l’après-décentralisation, il ambitionnait de replacer le territoire au cœur de la stratégie nationale, irriguer les campagnes, relancer les économies locales et freiner l’exode rural.  

Mais cinq ans après son lancement, l’exécution du PDL-145T apparaît heurtée, minée par des arbitrages budgétaires contestés et une dilution progressive de sa philosophie initiale.

Un programme contre l’abandon rural

Pour Christian Mwando, ancien ministre d’État au Plan et principal architecte du projet, tout part d’un constat brutal : l’abandon structurel du monde rural congolais. Pendant des décennies, les politiques publiques ont privilégié les centres urbains, concentrant les investissements là où la pression politique est la plus visible, au détriment des territoires – pourtant socle démographique, agricole et social du pays.

Le PDL-145T devait corriger cette trajectoire. Sa logique était systémique : réduire les inégalités spatiales, créer de la richesse localement, stimuler l’entrepreneuriat rural, améliorer l’accès aux services sociaux de base et désenclaver les territoires par les routes de desserte agricole.

Mwando, ancien président de la commission Infrastructures de l’Assemblée nationale et ex-ministre provincial du Budget, des Finances et du Plan dans l’ex-Katanga, y a transposé une méthode éprouvée : planifier avec rigueur, sécuriser les financements, encadrer l’exécution et exiger des résultats mesurables.

Un diagnostic sévère

Le constat qu’il dresse aujourd’hui est sans appel : la philosophie de solidarité territoriale s’est dissoute au profit de priorités urbaines coûteuses et politiquement plus visibles.

Les chiffres qu’il avance sont parlants : depuis 2023, moins de 10 % des crédits budgétaires votés pour le programme auraient été effectivement décaissés. Les écoles et centres de santé en construction sont financés principalement par les DTS réaffectés en 2022 sous l’impulsion de la Banque mondiale, et non par les crédits ordinaires. Quant aux routes de desserte agricole, colonne vertébrale du développement rural, elles restent largement à l’arrêt.

Pour Mwando, le problème n’est pas technique mais politique et budgétaire : « La rupture est intervenue lorsque l’État n’a plus respecté ses propres arbitrages », affirme-t-il.

L’homme de méthode

Ce qui distingue Christian Mwando dans le paysage politique congolais, c’est sa culture de la méthode et du résultat. Pour lui, la relance du PDL-145T est possible, mais à des conditions claires : exécuter intégralement les budgets votés, hiérarchiser les fondamentaux (routes, eau, activités génératrices de revenus), respecter les calendriers et renforcer le suivi.

Cette exigence s’appuie sur une expérience concrète. Dans l’ex-Katanga, sous la gouvernance de Moïse Katumbi, Mwando fut l’un des artisans d’une révolution silencieuse des finances provinciales : création de la Direction des recettes, discipline budgétaire, planification triennale, décentralisation financière. Résultat : des recettes locales multipliées et une capacité d’investissement accrue.

Portrait d’un technicien devenu homme d’État

Né à Lubumbashi le 27 mars 1965, ingénieur commercial et de gestion diplômé de l’Université catholique de Louvain, Mwando a d’abord fait ses armes dans le secteur privé international (Unilever/Marsavco, Sintexkin-Cotolu-UPAK). Cette école de rigueur managériale forge sa vision pragmatique de l’État.

Ministre du Budget, du Plan puis des Finances au Katanga, il impose une orthodoxie financière saluée pour ses résultats. Élu député national en 2011, il devient une référence sur les questions économiques et budgétaires. Ministre d’État au Plan en 2021, il pilote des réformes structurantes : PDL-145T, Politique nationale de l’aide, cadre juridique des PPP, plan de retrait responsable de la MONUSCO.

Aujourd’hui président du groupe parlementaire Ensemble (Opposition), il incarne une opposition de contrôle et de proposition, fondée sur l’expertise et la cohérence budgétaire.

Un avertissement pour l’État

Derrière sa critique du PDL-145T, une conviction demeure : le programme reste un levier crédible de transformation de la RDC s’il retrouve sa cohérence initiale. À défaut, il risque de rejoindre la longue liste des ambitions inachevées.

« Le développement ne se décrète pas, il se planifie, se finance et s’exécute », martèle Mwando.

Le PDL-145T apparaît ainsi comme un miroir de la capacité – ou de l’incapacité – de l’État congolais à tenir ses engagements envers ses territoires. Et Christian Mwando, fidèle à sa méthode, rappelle qu’au-delà des slogans, le développement est avant tout une affaire de rigueur budgétaire et de constance politique.

 

Par Didier Mbongomingi

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