Référendum ou élection présidentielle en temps de guerre: Germain Kambinga pose un débat crucial pour la RDC

0
IMG_202605135_113845754

Alors que la République démocratique du Congo fait face à une guerre d’agression et à l’occupation d’une partie de son territoire par le Rwanda et ses supplétifs du M23, la question de l’opportunité d’une élection présidentielle dans un tel contexte suscite un débat de fond. L’analyste politique Kambinga Katomba Germain apporte une contribution salutaire en distinguant nettement la tenue d’un scrutin présidentiel de celle d’un référendum constitutionnel.

Dans une récente analyse qui ne manquera pas de faire réfléchir les acteurs politiques et la société civile congolaise, Kambinga Katomba Germain rappelle une évidence trop souvent ignorée : l’organisation d’une élection présidentielle en période de guerre et d’occupation partielle du territoire n’a rien à voir, ni dans ses modalités ni dans ses effets, avec l’organisation d’un référendum constitutionnel.

« Une campagne présidentielle, par nature, polarise le débat public et oppose des camps politiques concurrents autour de la conquête du pouvoir », écrit-il. En temps de paix, cette compétition est déjà susceptible de diviser la nation. En temps de guerre, les risques sont démultipliés.

L’argument central de Kambinga Katomba repose sur une donnée institutionnelle fondamentale : le Président de la République est également le Commandant suprême des Forces armées de la RDC (FARDC). Or, une élection présidentielle transforme cette fonction stratégique en enjeu de rivalité politique directe. Les candidats, en critiquant la gestion de la guerre par le pouvoir sortant, peuvent affaiblir le moral des troupes, semer le doute dans les états-majors, voire créer des lignes de fracture au sein même de l’armée.

« Cette dynamique peut fragiliser davantage l’unité nationale et même affecter la cohésion de l’armée », prévient l’analyste. Dans un contexte où les forces ennemies occupent déjà des villes comme Goma, Bunagana ou d’autres localités du Nord-Kivu, toute division au sommet de l’État ou dans les rangs militaires joue objectivement en faveur de l’agresseur.

À l’inverse, le président du Centre voit dans l’organisation d’un référendum constitutionnel une approche radicalement différente. « Un référendum constitutionnel peut être présenté comme une démarche centrée sur les institutions et l’organisation de l’État », souligne-t-il. Loin de la lutte personnelle pour le pouvoir, il s’agit de soumettre au peuple souverain des questions touchant à l’architecture même de la nation.

L’objectif affiché d’un tel scrutin ne serait pas la conquête d’une fonction, mais le renforcement de la résilience nationale face aux conséquences de la guerre et de l’occupation. Concrètement, il pourrait s’agir de modifier certains articles de la Constitution pour donner au pays les moyens institutionnels de faire face à la crise : statut des zones occupées, organisation de la défense, pouvoirs spéciaux en temps de guerre, mécanismes de reconstruction post-conflit, ou encore questions liées à la citoyenneté et à l’intégrité territoriale.

L’histoire récente offre d’ailleurs des exemples éclairants. En 2005, l’Irak a organisé un référendum constitutionnel alors que le pays était en pleine insurrection et sous occupation étrangère partielle. En 2016, la Colombie a tenu un plébiscite sur l’accord de paix avec les FARC alors que le conflit n’était pas totalement éteint. Ces scrutins référendaires, aussi contestés fussent-ils, avaient pour vocation de sortir de la guerre par le haut, et non d’élire un chef en pleine bataille.

À l’inverse, organiser une élection présidentielle sous les bombes pose d’immenses problèmes pratiques et politiques. Comment voter dans les territoires occupés ? Quelle légitimité pour un président élu sans la participation de millions de citoyens vivant sous occupation ? Le précédent ukrainien est instructif : Kiev a maintenu son calendrier électoral mais dans des conditions très encadrées et avec un large consensus national sur la priorité absolue donnée à la guerre.

La réflexion de l’ancien ministre de l’industrie arrive à point nommé alors que la RDC se prépare pour un cycle électoral chargé. Faut-il maintenir à tout prix l’élection présidentielle à la date prévue, quitte à organiser un scrutin partiel et potentiellement déstabilisateur ? Ou faut-il envisager des solutions alternatives, comme la prorogation du mandat actuel dans le cadre d’un consensus national, ou encore l’organisation d’un référendum constitutionnel permettant à la fois de légitimer des mesures exceptionnelles et de renforcer l’unité nationale ?

Ce débat, aussi sensible soit-il, ne peut être éludé. Le Constitutionnaliste et analyste politique ne propose pas de réponse toute faite, mais il pose le cadre d’un débat que les forces vives de la nation congolaise se doivent d’ouvrir, sans passion partisane, avec le seul intérêt supérieur du pays en ligne de mire.

En temps de guerre, toutes les échéances électorales ne se valent pas. Certaines peuvent sauver une nation ; d’autres, mal calibrées, risquent de l’achever. Il appartient aux Congolais – responsables politiques, société civile, forces religieuses, académiques – de peser ces enjeux avec le sérieux qu’ils méritent.

 

Corinne Ontande

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *