République démocratique du Congo : Une indépendance économique et financière non-réalisée après 65 années de souveraineté internationale

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Après avoir accédé à la souveraineté internationale en 1960, la République démocratique du Congo (RDC) avait l’obligation d’assurer sa prospérité en modifiant fondamentalement son modèle économique et en réalisant une croissance forte, soutenue et inclusive grâce à un contexte politico-institutionnel et sécuritaire rassurant, une gouvernance étatique de qualité, un cadre macroéconomique stable et prévisible, et un climat des affaires propice à l’investissement. Malheureusement, en plus de 60 ans, elle n’a pas pu transformer son économie de rente en une économie moderne et intégrée reposant sur une industrie performante, diversifiée et compétitive comme l’ont fait certains pays asiatiques qui, en 1960, avaient le même niveau de développement qu’elle, notamment la Corée du Sud. Sur 65 années d’indépendance, la RDC a affiché, pendant 20 années, une croissance négative et pendant 15 années, une croissance positive mais inférieure à l’expansion démographique, soit au total, 35 années de contreperformance justifiant un taux de pauvreté de 72 %, un taux de malnutrition de 48 % pour les enfants de 0 – 5 ans et un indicateur de développement humain (IDH) de 0,481.

Compte tenu de cet aperçu général peu reluisant et de la nécessité pour la RDC – au regard de ses ressources tant naturelles qu’humaines – de vaincre la pauvreté ainsi que de relever en toute responsabilité, le défi de son développement, il serait important, pour les Congolais [de cœur], de chercher des réponses appropriées ou satisfaisantes aux six questions ci-après. (i) Comment a évolué l’économie congolaise sur la période allant de 1960 à 2024/2025 ? (ii) Comment s’est-elle positionnée par rapport à la moyenne de l’Afrique subsaharienne aussi bien en 1960 qu’en 2024 ? (iii) Quels sont ses principaux traits caractéristiques et ses faiblesses structurelles et conjoncturelles ? (iv) A-t-elle été en mesure de rencontrer efficacement les préoccupations majeures et les principales attentes de la population ? (v) Qu’est-ce qui explique les contreperformances de l’économie congolaise ? (vi) Comment la rendre réellement indépendante, plus robuste, plus performante et plus compétitive ? Ce papier présente les données disponibles et les fait parler de manière à apporter des réponses convaincantes aux questions posées. Il formule également des recommandations de politique publique.

1. Performances socioéconomiques peu reluisantes

De l’indépendance du pays à ce jour, soit de 1960 à 2025, l’économie de la RDC a présenté un profil temporel assez irrégulier et très préoccupant. En effet, des courtes périodes de prospérité et de longues périodes de contreperformances se sont enchevêtrées durant ces soixante-cinq dernières années laissant derrière elles plusieurs malaises et maux aussi bien sur le plan humain que matériel, financier et social. Lorsque l’on se rapporte à son PIB par tête d’habitant à prix constants (de 2015) et que l’on tient compte des ressources naturelles dont elle dispose ainsi que de leur importance relative sur le marché mondial, on se rend compte que son économie est engagée sur une mauvaise trajectoire et n’arrive pas à se mettre au service de sa population.

Son PIB par habitant qui était de 1255,7 USD en 1960 est tombé à 550,1 USD, soit une division par 2,18. Cette incapacité de la RDC à utiliser ses atouts pour sa prospérité montre qu’il se trouve confronté à de sérieux problèmes de gouvernance. Ces derniers ont été entretenus dans le temps par plusieurs facteurs dont la fragilité de la situation politico-institutionnelle et sécuritaire du pays.

Il ressort de la figure 1 ci-dessus que, de 1960 à 2024, le PIB et le PIB par tête d’habitant à prix courants de la RDC ont été respectivement multipliés par 21,78 et 3,15 alors que le PIB à prix constants (en USD de 2015) a été multiplié par 3,1 et le PIB par habitant à prix constants (en USD de 2015) a été divisé par 2,28. Ce contraste évolutif des chiffres montre clairement que la RDC a connu, sur la période considérée, un accroissement relativement lent de sa production réelle (par rapport à sa croissance démographique) ainsi qu’une forte inflation et par ricochet, une forte dépréciation de la valeur de sa monnaie vis-à-vis du dollar américain justifiant également la détérioration des conditions de vie de sa population. La figure montre par ailleurs que c’est au cours de la décennie 1990 que l’économie congolaise a affiché les plus grandes contreperformances avec un taux de croissance négatif de près de 6 % face à une croissance démographique rapide orchestrée à un taux moyen de 3,1 %, ce qui suppose une diminution moyenne du PIB par tête de près de 10 %. Durant cette même décennie, l’inflation a atteint des niveaux record, avec une moyenne annuelle de 822,1 %.

2. Perte de vitesse par rapport à l’Afrique subsaharienne

Comme l’indique la figure 2 ci-après, la RDC a connu une importante perte de vitesse entre 1960 et 2024 en termes de niveau de vie s’expliquant en grande partie, par les contreperformances de son économie. Ce recul s’est illustré par le passage d’un positionnement au-dessus à un positionnement en-deçà des réalisations moyennes de la région Afrique subsaharienne. Alors que son PIB par habitant était supérieur à la moyenne subsaharienne en 1960, aussi bien à prix courants qu’à prix constants, en 2024, la situation s’est renversée avec des écarts considérables qui attestent des contreperformances congolaises au plan de la croissance et de la préservation de la stabilité macroéconomique. Aux prix de 2015, le PIB par habitant congolais s’est situé à 1255,7 USD en 1960 contre une moyenne subsaharienne de 1142,7 USD. En 2024, il a représenté – toujours aux prix de 2015 – pratiquement le tiers de la moyenne régionale, soit 550,1 USD contre 1626,3 USD. Ce changement a eu plusieurs implications sur les conditions de vie des Congolais, c’est du reste ce qui explique un taux de pauvreté en RDC estimé à plus de 70 % et un IDH inférieur à la moyenne subsaharienne.

Il importe également de relever qu’au cours de ces 22 dernières années, soit de 2002 à 2024, la RDC a réalisé une croissance économique ininterrompue (nonobstant divers chocs exogènes : guerres à répétition, crise économico-financière, crise sanitaire de la Covid-19, crise en Ukraine, crise en Proche-Orient, etc.) et supérieure à la moyenne affichée par la région Afrique subsaharienne (6,3 % contre 4,1 %). Malgré cette performance continue et résiliente, le niveau de prévalence de la pauvreté en RDC demeure encore très élevé et de loin supérieur à la moyenne régionale. Ceci tient essentiellement à l’ampleur de la stagnation et du recul économique que le pays a connue durant les années 1980 et 1990 ainsi que de son impact sur le revenu, l’emploi, la qualité de la consommation et les inégalités socio-humaines. L’insécurité alimentaire a progressivement gagné du terrain dans le pays, surtout dans les zones en proie des conflits armés, portant ainsi le taux de malnutrition aigüe à plus ou moins 48 % pour les enfants âgés de moins de 5 ans (contre une moyenne subsaharienne de 21,6 %).

3. Croissance à ressorts fragiles, secouée par divers chocs

La trajectoire parcourue par la RDC au cours de ces 65 dernières années a été parsemées de beaucoup de facteurs perturbants, internes et externes, comme le montre la figure 3. Ceux-ci n’ont pas manqué de peser sur l’économie tant au plan de la croissance que de la préservation du pouvoir d’achat et de la valeur de la monnaie, et de la création des emplois. De 1960 à 1965, l’économie était en récession en raison des troubles postindépendances et de la sécession katangaise. Après la réforme monétaire de 1967 et l’édiction du code des investissements de 1969, la croissance a repris jusqu’en 1974, avec la survenue du 1er choc pétrolier et la prise des mesures de zaïrianisation qui ont tiré l’économie vers le bas, l’amenant à évoluer en dents de scie jusqu’en 1989. La démocratisation qui a débuté en 1990 a engendré beaucoup de maux dont les pillages de 1991 et 1993 qui ont davantage affaibli l’économie et l’ont conduit à la dépression. La reprise a été amorcée en 2002 et grâce à un ensemble de réformes (nouveaux codes des investissements, minier et des hydrocarbures) et à un contexte extérieur favorable (cours élevés des minerais), la croissance s’est poursuivie jusqu’en 2024 en restant volatile.

Les ressorts sur lesquels la croissance économique congolaise s’est reposée depuis son indépendance sont relativement fragiles. Parmi les plus importants, on compte la demande mondiale de minerais qui n’est pas sous contrôle du pays ou du gouvernement mais qui exerce une influence certaine sur leurs cours internationaux (étant donné que le marché des matières premières a une structure de monopsone) et partant, sur les recettes d’exportation ainsi que sur les recettes publiques. Les investissements étrangers ont également beaucoup contribué à la réalisation de l’activité économique du pays compte tenu du déficit de son compte extérieur consolidé, de la faiblesse de l’épargne intérieure (privée et publique), et du faible développement de l’esprit d’entreprise (ou d’entreprenariat). A la suite de la zaïrianisation et des pillages, il s’est dessiné pendant plusieurs années, un mouvement de sortie nette de capitaux étrangers qui s’est arrêté durant la décennie 2000, notamment grâce aux réformes implémentées. Les investissements et entreprises de l’Etat ont joué un rôle mais pas assez soutenu à cause des problèmes de gouvernance et de qualité des dépenses publiques.

4. Structure économique inchangée entretenant des inquiétudes

En 65 années d’indépendance, la RDC n’a pas pu transformer fondamentalement son économie. Comme l’indique la figure 5 ci-dessous, malgré quelques mutations, sa production est restée dominé par le secteur primaire (71 % du PIB en 1960 et 56,3 % en 2024). La part revenant au secteur secondaire n’a pratiquement pas changé, elle est passée de 13 % en 1960 à 16,4 % en 2024. La Corée du Sud qui avait le même niveau de développement économique que la RDC en 1960 a porté la part de son secteur secondaire à 43 % de son PIB en 2024, soit une multiplication par 3,1. Il convient de noter que depuis 1960, la RDC connait un processus de désindustrialisation : le nombre de ses entreprises industrielles est passé de 9600 unités à 527 unités en 2019, soit une destruction de 95 %. Plusieurs pans de la chaîne industrielle du pays ont été détruits par les pillages de 1991 et 1993. S’agissant du secteur tertiaire, sa part a augmenté de 11 points de pourcentage, passant de 16 à 27,3 % du PIB de 1960 à 2024. Cette évolution a été entretenue essentiellement par des activités spéculatives qui ont une incidence limitée sur la structure de l’économie.

La part de l’agriculture dans le PIB a considérablement baissé, passant de 59,3 % entre 1970 – 1980 à 13,5 % en 2024 pendant que le nombre de personnes à nourrir a augmenté ainsi que le nombre de personnes vivant dans la pauvreté et la faim. Le déficit de l’offre alimentaire intérieure est résorbé aujourd’hui par des importations alimentaires se chiffrant à plus de 2 milliards USD par année. La balance de transactions alimentaires de la RDC avec l’étranger qui était excédentaire an e année 1960 et devenue déficitaire à partir en 1973 et depuis, le déficit s’est continuellement creusé. Malgré cela, 48 % des enfants congolais sont touchés par la faim aigüe, ce qui entrave en partie, leur processus de scolarisation ou d’apprentissage. Il est également important de relever qu’entre 1970 et 1980, un Congolais consommait en moyenne, 2700 kcal/jour, et en 2024, il consommait en moyenne, 1836 kcal/jour contre une norme minimale de 2300 kcal/jour. Tout ceci montre que la diminution de la part de l’agriculture dans le PIB n’a rien d’une transformation positive de l’économie congolaise. En Corée du Sud, la part de l’agriculture dans le PIB a été de 2 % en 2024 et elle n’est pas confrontée à l’insécurité alimentaire.

L’exploitation minière en RDC a commencé il y a plus d’un siècle, et constitue une part significative de son économie. Vers 1920, elle était 3ème producteur mondial de cuivre et 1er producteur mondial de cobalt. Dans les années 1980, le secteur minier procurait 22 % du PIB, 25 % des recettes fiscales et 75 % des exportations. Il a fortement régressé durant la décennie 1990, à cause des pillages, des conflits armés et des pertes réalisées par les entreprises minières du fait de leur gouvernance et de la charge fiscale qui ne leur ont pas permis d’entretenir leurs équipements. S’agissant de la Gécamines, le repli de ses activités a débuté avec l’éboulement de la mine de Kamoto en 1989. De 1988 à 1995, la production de cuivre a chuté de 90 %, passant de 470.000 à 34.000 tonnes. Celle de zinc et de cobalt s’est presque totalement arrêtée. Grâce aux efforts conjugués au début des années 2000 pour assainir l’environnement des affaires, notamment grâce à la diffusion d’un nouveau code minier et à la reconstruction de certaines infrastructures, l’activité minière a repris. Elle a bénéficié de la relance de la demande mondiale de cuivre et de cobalt sous l’effet des besoins des pays émergents asiatiques.

La production du cuivre a affiché une évolution explosive assez spectaculaire au cours de ces 22 dernières années, nonobstant quelques épisodes de baisse de son prix sur le marché l’international. Elle a franchi la barre de 1 million de tonnes en 2015 alors que sous la deuxième république (pendant le règne du Président Mobutu), son niveau maximal était de 500.000 tonnes. De 2015 à 2023, elle a été multipliée par pratiquement 3, passant de 1,03 à 2,84 millions de tonnes. La production de cobalt s’est également accrue tendanciellement durant ces deux dernières décennies mais à un rythme moins important que la production de cuivre. De 83.529 tonnes en 2015 à 140.121 tonnes en 2023, la production de cobalt a été multipliée par 1,67, soit un accroissement de plus de 60 % en 8 ans. Comme le montre bien la figure 8 ci-dessus, la pandémie de la Covid-19 n’a pas conduit à une diminution de la production de ces deux matières premières nonobstant le resserrement des débouchés internationaux. Les exportations du cuivre ont continuellement augmenté de 2015 à 2023, notamment du fait de l’entrée en production de SICOMINES et Kamoa Kakola ainsi que du bon comportement de la demande.

De 1960 à 2024, le secteur primaire est resté le principal pourvoyeur d’emplois en RDC, particulièrement dans l’agriculture en dépit de sa faible productivité et de son faible rendement par hectare, expliquant la petitesse des rémunérations y payées. Il convient tout de même de relever que la part du secteur primaire dans le total des emplois créés par l’économie congolaise a légèrement diminué depuis les années 1960 – 1970, passant de plus de 80 % à plus ou moins 71 % dans les années 1990 – 2000 et estimée à 69 % en 2023 – 2024. Cette diminution s’est faite principalement au profit du secteur tertiaire et non en la faveur du secteur secondaire ou manufacturier. Une telle dynamique n’a rien d’une mutation structurelle positive. En effet, quoique le secteur tertiaire ait souvent joué le rôle de levier de la croissance économique en RDC, le secteur industriel demeure le plus déterminant pour la transformation structurelle de l’économie et pour la réalisation d’une croissance soutenue, notamment en raison de son incidence sur la productivité, la complexité ou la sophistication économique et sur le développement du marché de l’emploi.

5. Facteurs explicatifs des contreperformances

Plusieurs facteurs sont à la base des contreperformances affichées par l’économie de la RDC de 1960 à ce jour. Parmi ceux-ci, on compte la fragilité de la situation politico-institutionnelle et sécuritaire du pays qui est une des principales causes des faibles progrès accomplis et même du retard enregistré. En effet, ses problèmes politiques, institutionnels et sécuritaires récurrents ont agi sur le fonctionnement de l’économie, en passant notamment par la conduite de l’action gouvernementale (qualité de la gouvernance économico-financière), par le fonctionnement et l’efficacité de l’administration (qualité des services rendus), par la gestion et la performance des entreprises publiques (qualité des produits et services offerts), par le climat des affaires (obstacles pour investir et faire du business) et sur la gestion des ressources naturelles du pays (rationalité et profitabilité de l’exploitation faite). Divers chocs émanant de la fragilité de la situation sécuritaire du pays ont pesé sur la croissance, sur les comptes extérieurs, sur les finances publiques, sur la situation monétaire et sur le secteur privé par la destruction des infrastructures et le resserrement des pans de l’économie.

Les faiblesses du modèle économique du pays hérité de la colonisation (économie de rente centrée sur l’Etat) n’ont pas permis de réaliser des gains soutenus de productivité, d’approfondir le capital technologique, d’intégrer les différentes branches d’activités, de diversifier les sources de croissance, et de mieux positionner l’économie nationale sur le marché extérieur (régional et international). Au-delà des progrès affichés de 2002 à 2024 ainsi que des perspectives de poursuite de la croissance dans le court, moyen et long terme, l’économie congolaise demeure peu diversifiée, peu créatrice d’emplois décents, et assez vulnérable vis-à-vis des chocs exogènes. Sa forte dépendance vis-à-vis des industries extractives, particulièrement de l’exploitation minière (plus ou moins le tiers du PIB) expose le pays aux éventuels risques de retournement de la conjoncture internationale étant donné la structure monopsonique du marché des matières premières. Les chaînes de valeurs du pays sont par ailleurs très limitées et ne favorisent pas une grande création d’emplois ainsi qu’une réduction rapide de l’incidence et de la profondeur de la pauvreté.

En grande partie, les contreperformances de l’économie congolaise de 1960 à 2024/2025 ont été la résultante des erreurs de politique économique. En effet, plusieurs choix opérés par les décideurs ont eu une incidence négative sur l’investissement, sur l’efficacité économique, sur la stabilité macroéconomique, sur la croissance et sur le bien-être socio-humain. Les mesures de zaïrianisation ont beaucoup affecté l’investissement privé depuis la moitié des années 1970 ; la politique des grands travaux a donné lieu à plusieurs éléphants blancs ; le recours incontrôlé à la planche à billets pour financer le déficit public a nourri l’inflation de manière quasi permanente dans les années 1990 ; la politisation de la gouvernance des entreprises publiques a entamé leur efficacité, ne leur permettant plus d’accomplir leurs principales missions ; la faible rationalité des choix budgétaires n’a pas permis à l’Etat de développer les infrastructures devant soutenir l’activité économique ainsi que contribuer à l’amélioration des conditions de vie des ménages ; le manque de discipline budgétaire et de rigueur a favorisé les détournements, rendant ainsi le pays très dépendant de l’aide pour financer des projets structurants.

6. Indépendance économico-financière fragile

Nonobstant ses multiples ressources naturelles, la RDC n’est pas indépendante sur le plan économique et financier. Son économie fonctionne essentiellement avec des capitaux étrangers, elle ne dispose pas d’une classe moyenne comprenant des hommes d’affaire pouvant porter le processus de création des richesses dans son économie. La plupart des grandes entreprises du pays sont à capitaux étrangers (entreprises minières, banques, entreprises manufacturières, entreprises de télécommunications, etc.). Le secteur minier est soumis aux aléas du marché mondial. Le recul tendanciel de l’activité agricole a accru de manière pré

occupante la dépendance vis-à-vis des importations alimentaires. La désintégration de l’industrie entretient aussi une forte dépendance envers les importations en produits manufacturés. Il est par ailleurs important de noter que certaines mesures de politique économique devant être prises par les dirigeants nationaux ne le sont pas spontanément, elles sont envisagées à la suite des programmes conclus avec les partenaires extérieurs, ce qui montre également une dépendance sur le plan de la conduite des politiques et réformes.

7. Défis et perspectives d’avenir

La transformation structurelle de l’économie est l’un des plus grands défis à relever par le pays, car avec l’organisation et le fonctionnement actuel de l’économie congolaise ainsi que les modalités de son pilotage, le pays ne peut pas tirer meilleur parti de tous ses atouts alors qu’avec ses potentialités, son économie devrait répondre avec satisfécit aux exigences de sa population et jouer un rôle important dans le développement de l’Afrique. Il y a pour ce faire nécessité de bâtir un nouveau système ou modèle économique qui – sur fond d’une gouvernance efficace et d’une situation politico-sécuritaire stable – garantirait (i) une meilleure utilisation de toutes les ressources du pays aussi bien naturelles qu’humaines, (ii) de plus larges opportunités d’affaires aux entreprises (tant sur le marché intérieur qu’extérieur), (iii) une diversification des ressorts ou sources de la croissance, (iv) une meilleure position extérieure au pays tant au plan commercial qu’ au plan financier, (v) un progrès socio-humain soutenu et distribué de manière équitable, et (vi) de meilleures conditions de vie à la population (aussi bien en milieu urbain qu’en milieu rural).

Pour arriver à ce nouveau modèle économique, des réformes courageuses devront être envisagées de manière séquencée et soutenue pour imprimer de nouvelles orientations comportementales à tous les acteurs, tant dans le secteur public que dans le secteur privé. Un nouveau mode de gouvernance s’avère important tout comme un nouvel esprit d’entreprise (reposant sur la recherche permanente de l’efficacité et se nourrissant des innovations pour des gains de compétitivité) visant à bâtir une société économiquement prospère et juste. Il faudrait par ailleurs adresser des réponses cohérentes et pertinentes aux faiblesses et menaces identifiées ci-dessus qui limitent les performances économiques et socio-humaines du pays et plombent son processus de développement. Les efforts pour transformer et diversifier l’économie nationale devront porter sur l’amélioration de la productivité et la compétitivité des entreprises (privées et publiques), de façon à réaffecter les ressources entre les entreprises à faible et à forte productivité, tant dans les branches d’activité existantes que dans les branches à créer.

Aussi, les efforts devront s’orienter vers le progrès technologique et la baisse des coûts de transport en vue d’un dégroupement de la production et de l’apparition de chaînes de valeur où des activités et des tâches distinctes seront réalisées dans différents lieux en fonction des impératifs de rentabilité. Les efforts viseront aussi la création des cadres d’affaires plus concurrentiels et la baisse des coûts en vue d’une meilleure participation au commerce, notamment par le canal des activités caractérisées par une productivité supérieure à celle des activités agricoles ou manufacturières traditionnelles. Le processus de transformation devant conduire à ce nouveau modèle économique va requérir des stratégies appropriées et une forte implication de la part de tous les acteurs, tant publics que privés, ainsi que des actions bien pensées et bien coordonnées. L’Etat devra jouer un rôle central compte tenu de sa capacité à mieux appréhender l’ensemble de l’économie et à impulser les changements structurels nécessaires. Il est attendu de l’Etat la création d’un environnement des affaires qui permettra d’attirer davantage de capitaux privés et de mieux exploiter les ressources du pays par les entreprises.

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