Sit-in mouvementé de C.64 : qui a mobilisé la « Force du progrès » pour piéger finalement Félix Tshisekedi !
Après les incidents du 12 juin 2026, Augustin Kabuya a tenté de dédouaner cette « structure » alors que la veille du sit-in, Fils Mukoko l’a appelée pour contrer la manifestation de l’Opposition. La vidéo existe…Finalement, jamais expression péjorative kinoise : »mbwa asui mbwa » (les chiens se mordent) ne se sera révélée aussi vraie que par rapport à ces incidents au centre d’une querelle des clochers relevant de la distraction, ou plutôt d’une fuite en avant…
Laissons parler les faits, rien que les faits
Au regard des faits qui se sont produits avant et pendant le sit-in du 12 juin 2026, il sera facile de constater comment les proxys de Félix Tshisekedi se sont « suicidés » faute de s’adapter aux exigences de la gestion de l’État. Tenez !
1. Après la JVM (Journée Ville Morte) du 3 juin, C.64 annonce le 4 juin une plainte à charge du Président de la République Félix Tshisekedi à déposer le 9 juin à la Cour constitutionnelle et un sit-in à tenir le 12 juin devant le Palais du peuple, site réputé inviolable.
2. Le 5 juin, la CCN de l’archibishop Ejiba organise une marche des églises du réveil avec pour destination le même Palais du peuple pourtant réputé site inviolable.
3. Le 11 juin, les autorités urbaines décident de délocaliser le sit-in pour le terrain municipal Assossa, dans la commune de Kasa-Vubu.
4. Le même jour, dans une vidéo, Fils Mukoko lance un appel aux combattants de l’Udps et – c’est clairement dit – aux éléments de FP (Force du Progrès) de se rendre au Palais du peuple le 12 juin pour contrer la manifestation prévue.
5. Le 12 juin, au matin, les médias officiels congolais signalent le déploiement des éléments des Fardc au terrain municipal Assossa avant la publication des premières images photos et vidéos sur les affrontements autour du Palais du Peuple, exactement dans le tronçon Bd Triomphal avenues Kasa-Vubu et Assossa, tronçon ayant la particularité d’abriter les sièges de la plupart des partis de l’Opposition.
Les images du direct confirment des affrontements entre civils et civils, en dehors de ceux entre civils et policiers.
La logique impose l’obligation de chercher à identifier qui sont-ils, les civils « agressés » et qui sont-ils, les civils « agresseurs ».
Lors de son meeting le 14 juin 2026, Augustin Kabuya – président intérimaire et secrétaire général de l’Udps – les a identifiés à sa façon en accusant les opposants d’avoir recruté « des miliciens Mobondo et de leur avoir remis des armes blanches dans le but, selon lui, d’incendier le Palais du Peuple » et de «créer des troubles dans le pays» !
Il ne prend pas conscience des conséquences d’une telle déclaration ; les Mobondo étant du Grand Bandundu, ex-province dont Fayulu est ressortissant.
Il a même affirmé que » l’opposition avait créé sa propre Force du Progrès», avant de révéler que « Martin Fayulu, Delly Sesanga et Jean-Marc Kabund auraient été financés par Joseph Kabila et Moïse Katumbi pour organiser le sit-in »; la phrase dernière étant mise subtilement au conditionnel. Il va prononcer cette phrase imprudente : »J’ai passé toute ma jeunesse dans l’opposition. Je sais comment on pousse un régime à la faute ! ». Véritable uppercut au menton des Occidentaux qui sanctionnaient les acteurs des régimes précédents accusés de réprimer les opposants.
On peut analyser aisément ces faits à partir de l’ évidence suivante : la manifestation était de C.64 et non de la Majorité au Pouvoir. Elle devait mettre face-à-face, d’un côté, ses membres (munis d’armes blanches, soit-il) et, de l’autre, les éléments de la Police chargés de les empêcher de se déployer.
Question : que sont venus faire les civils (munis d’armes blanches eux aussi) et qui se sont rangés du côté de la Police alors que la manifestation ne les concernait pas ?
Seraient-ils des « mobondo » recrutés par C.64 pour piéger les forces de l’ordre ?
Force du progrès ici, forces de progrès là !
Cette affaire de « Force du Progrès » est une épine dans le pied de l’Udps. En voici quelques preuves :
1.Le 24 mai 2023, réagissant aux attaques subies par les Opposants lors d’une marche organisée le 20 mai (les images avaient présenté des jeunes habillés d’effets militaires et munis de machettes et de bâtons), le VPM en charge de Intérieur et de la Sécurité Peter Kazadi avait fixé l’opinion en ces termes : »J’ai grandi au sein de l’Udps. Je connais la mentalité des membres de l’Udps. Le phénomène ‘Forces du progrès’ aujourd’hui n’est pas le même qu’Etienne Tshisekedi avait créé. Tout le monde aujourd’hui se constitue en membre de Force du progrès, tous les shégués, tous les gens qui étaient membres du Pprd qui étaient sur le boulevard du 30 juin, sont devenus membres des Forces de progrès. Et ils sont manipulés par les opposants ».
Émue, la CENCO va se dire « écœurée de constater que beaucoup de manifestants ont marché avec les armes blanches (machettes, bâtons, pierres…) au vu et au su de la Police sans être interpellés. Pire encore, certains éléments de la Police nationale étaient porteurs des mêmes outils de violence qu’ils échangeaient visiblement avec des individus en tenue civile, dont certains portaient le dorsal B.S.U ou Brigade Spéciale de l’UDPS, Force du progrès. Avec une telle complicité affichée publiquement, on se demande si cette Brigade Spéciale n’est pas une milice officiellement entretenue”.
Même Georges Kapiamba de l’AJAC va demander au VPM « d’enjoindre les bourgmestres, chefs de quartiers et la police, à mettre fin aux activités de la structure ‘Force du Progrès’».
2.Dans la foulée de la campagne électorale, « Force du Progrès » avait vandalisé la résidence de Franck Diongo et les installations d’une église à la Cité des Combattants.
Réagissant au cours d’une conférence de presse le 17 décembre 2023, Augustin Kabuya avait fait cette déclaration : «Je profite de cette occasion pour fixer l’opinion tant nationale qu’internationale, qu’il n’existe pas une structure officielle, statutaire au sein de l’UDPS dénommée Forces du Progrès», ajoutant même :«Quand nous étions à l’opposition, nous n’avions pas pensé à la création d’une milice. Et aujourd’hui que nous sommes au pouvoir, nous ne pouvons plus créer une milice. Il y a l’armée, la police et les services qui peuvent bien nous sécuriser. La preuve, moi comme secrétaire général, je suis sécurisé par la Police. Notre siège de même. Et tout cela montre clairement que nous n’avons pas intérêt à créer une milice…».
Pourtant, après la prise du pouvoir en janvier 2019, il avait averti l’opinion que s’il faut prendre des armes pour défendre cet acquis, l’Udps le fera.
3.En février 2024, les installations de la Monusco et les chancelleries des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France avaient été vandalisées à l’initiative des Mes Richard Mpinda et Joël Kitenge, membres de l’Udps. Au banc des accusés : « Force du Progrès ».
4.D’ailleurs, cette structure a été impliquée dans la tentative d’invasion de la résidence Kabila, à GLM, après avoir offert ses services au déguerpissement forcé dans un immeuble à Gombe, se substituant à la Police judiciaire.
5.Ça ne va pas s’arrêter là. Elle a été accusée d’assassinat de Kabasele Wampanga le 6 juin 2025.
Les derniers exploits en date se sont produits au district de La Tshangu à Kinshasa au cours du mois de mai 2026. D’abord des menaces ouvertes, ensuite la rétractation biaisée, enfin la mort par lapidation d’un combattant du parti présidentiel. À la base, le débat autour de la Constitution. D’où, du reste, la matinée politique du 28 mai 2026 animée par Augustin Kabuya qui a fini par reconnaître l’existence et l’activisme de Force du Progrès dans l’Udps.
Voici sa déclaration à cette occasion, s’adressant directement au chef de cette structure : « Président Muselu, tu vas appeler tes collaborateurs des forces du progrès puisque j’ai un message à vous transmettre. Parce que ce qui se passe est inacceptable. Avant que je prenne d’autres décisions… Puisque ce qui se passe sur terrain fait la honte du parti et du régime même. Et vous devez faire très attention… ».
Ainsi, après la négation de 2023, l’aveu d’appartenance en 2026 !
C’est à se demander finalement pourquoi l’Udps ne verse-t-il pas carrément dans l’Armée, la Police ou le Service National cette force alors qu’il dispose de tous les moyens de l’État pour le faire. Le parti présidentiel sait quand même que par son mode opératoire, elle fonctionne en violation de la Constitution !
La responsabilité, ça s’assume
Vraisemblablement, le leadership de l’Udps a du mal à intérioriser les exigences du fonctionnement d’un parti au pouvoir.
Ces exigences ne sont pas compatibles avec celles de l’opposition.
Hier, l’Udps-Opposition pouvait rabattre le caquet à la Majorité en soutenant, pour chaque manifestation programmée, qu’on était en régime déclaratif. De ce fait, l’autorité n’avait à imposer ni un itinéraire, ni un point de chute, encore moins une date, et surtout pas l’attente d’une autorisation !
Hier, l’Udps-Opposition jouissait du soutien des puissances gouvernementales, des ONG et des médias d’obédience occidentale qui estimaient qu’en cas de mort, de blessé grave ou de casses, la responsabilité incombait d’abord au Gouvernement censé détenir le droit d’utiliser les moyens de répression.
Aujourd’hui aux affaires, il n’a pas à espérer un droit à l’exception.
Au demeurant, dans le cas présent, l’initiative du changement de la Constitution n’est pas de l’Opposition et même pas de la Société civile. Le choix du forcing (passage en force) n’est non plus ni de l’une, ni de l’autre.
Par conséquence, l’Udps n’a pas à rejeter la responsabilité des incidents sur C.64, ni sur Kabila et Katumbi. La responsabilité, ça s’assume. Ça ne se fuit pas au risque d’indisposer les partenaires dans tous les domaines de la vie. Cas, on s’en doute, des Américains qui, à en croire Félix Tshisekedi lors de sa conférence de presse du 6 mai dernier, « sont très bien informés ».
Ils savent, par exemple, que dans le deal avec la RDC, ils ont proposé la révision et non le changement de la Constitution.
Les événements du 3 et du 12 mai 2026 sont consécutifs à celui-ci et non à celle-là !
Omer Nsongo die Lema
